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QUESTION D'ACTU

Mémoire

Et si l'on pouvait oublier nos pires souvenirs ?

Les mauvais souvenirs peuvent parfois nous "bloquer", c’est-à-dire nous empêcher de passer à autre chose. Et si les nouvelles technologies pouvaient nous permettre de "supprimer" des souvenirs qui nous tirent vers le bas ? Un scénario qui pourrait devenir une réalité…

Et si l'on pouvait oublier nos pires souvenirs ? Maksym Azovtsev / istock

  • Publié 06.04.2019 à 21h00
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Les souvenirs sont peut-être nos biens les plus intimes et personnels. En effet, ils font tellement partis de nous qu’ils façonnent notre regard sur le monde. Voilà pourquoi de nombreux chercheurs s’intéressent à la manipulation des mémoires. Cet exploit est-il possible ? Mais surtout, pourquoi vouloir manipuler nos souvenirs ? Selon les scientifiques, dont l'étude a été publiée dans Medical News Today, l’oubli peut parfois être le meilleur moyen d’avancer… Surtout dans le cas de souvenirs traumatisants qui entraînent une maladie mentale

Comment fonctionne la mémoire ?

Il y a encore beaucoup de choses que nous ne comprenons pas vraiment autour des processus de la mémoire. Des chercheurs ont commencé ces dernières années à étudier la possibilité de la manipuler afin d’affaiblir, voire supprimer, certains souvenirs. De nombreuses découvertes ont déjà été faites : nous savons aujourd’hui que lorsque le cerveau code des informations, ces données sont stockées dans des groupes de neurones qui se connectent ensemble. Les scientifiques associent généralement ces synapses, (liens qui permettent aux cellules du cerveau de communiquer) plus fortes à une meilleure mémoire, ce qui veut dire que le cerveau "met à jour" constamment les connexions synaptiques, en créant de nouvelles connexions ou en renforçant les anciennes. Cependant, les synapses peuvent également s'affaiblir si elles ne sont pas activées assez souvent : c’est comme ça qu’on oublie des souvenirs. Mais la mémoire cache de nombreuses énigmes. Par exemple, tous nos souvenirs ne sont pas "réels" : des recherches antérieures ont montré que les interactions sociales peuvent influencer la mémoire d'un événement, tout comme ce que d'autres personnes se souviennent - ou prétendent se souvenir - du même événement. De plus, parfois notre cerveau déclenche des oublis en tant que mécanisme de défense.

L'oubli comme mécanisme d'adaptation

Avez–vous remarqué que les souvenirs d'événements traumatiques perdent progressivement leur tonalité émotionnelle ? C’est un mécanisme de défense : cela nous aide à réévaluer l'expérience acquise et à en tirer profit sans avoir à revivre toutes les émotions associées en même temps. Mais que se passe-t-il lorsque des souvenirs traumatiques persistent et refont surface de manière inattendue ? Les experts appellent cela "la réexpérience intrusive d'un traumatisme ". Cela peut causer une grande détresse émotionnelle et causer des dépressions. Pour cette raison, certains scientifiques se sont demandés quelle approche ils pourraient adopter pour affaiblir ou manipuler les mémoires négatives et atténuer leurs effets. Et, nous savons déjà qu'il est possible d'interférer avec une mémoire et de l'empêcher de se solidifier.  Sam Berns, chercheur, explique que le médicament Propranolol, que les médecins peuvent prescrire aux personnes souffrant de stress post traumatique et d'anxiété, contribue déjà à affaiblir les souvenirs pénibles afin d’atténuer leurs effets. Il empêche les émotions de réapparaître. Mais pour tenter de comprendre si nous pouvons ou non manipuler artificiellement des souvenirs, une équipe de chercheurs du Massachusetts Institute of Technology à Cambridge a tenté de supprimer des souvenirs chez des souris, ce qui a été un succès.

Supprimer des souvenirs, oui, mais dans un contexte précis

Plus récemment, une équipe de recherche composée de trois pays a tenté d’affaiblir les souvenirs négatifs, cette fois chez l’homme, et non chez des souris. Dans leurs expériences récentes, les scientifiques ont exposé les volontaires à un contenu désagréable, afin de créer des souvenirs négatifs. Ensuite, ils ont demandé aux participants de rappeler ces souvenirs, afin de déclencher le processus de consolidation de la mémoire. Cependant, à ce stade, l’équipe a administré un anesthésique - du propofol - à certains participants. Ils ont constaté qu'après cette intervention, les volontaires ne pouvaient plus se rappeler correctement le contenu déplaisant qu'ils avaient mémorisé auparavant. Cela a conduit les chercheurs à conclure que la sédation pouvait, dans certains cas au moins, contribuer à perturber la reconsolidation des souvenirs traumatiques chez l'homme si elle était délivrée au bon moment.

 

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