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Décryptage

Mémoire et traumatisme : mieux comprendre nos processus mémoriels après un choc

Qu'est-ce que le syndrome de stress post-traumatique qui survient après un choc ? Quel rôle joue notre mémoire après un traumatisme ? Voici de quoi mieux comprendre nos processus mémoriels après un évènement traumatique. 

Mémoire et traumatisme : mieux comprendre nos processus mémoriels après un choc Iaremenko/iStock

  • Publié 26.09.2018 à 08h00
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Comment un traumatisme impacte-t-il notre mémoire ? Quels sont les processus mémoriels qui nous obligent à revivre continuellement un événement qui nous a traumatisé ? La Semaine de la Mémoire organisée par l’Observatoire B2V, qui a eu lieu du 17 au 21 septembre à Montpellier, a rassemblé plus de 40 chercheurs, scientifiques, médecins, historiens et philosophes, venus présenter leurs travaux et échanger sur le domaine très complexe de la mémoire. Au terme de plusieurs expositions, conférences et tables rondes, ont été abordés des sujets variés comme la maladie d’Alzheimer, les mémoires migratoires, les mémoires individuelles et collectives, l’apprentissage chez l’enfant ou encore, comme en traite cet article, le rôle de la mémoire après un traumatisme.  

Mardi 18 septembre, le neuropsychologue Francis Eustache et l'historien Denis Peschanski ont présenté les premiers résultats de leur programme de recherche lancé après les attentats du 13 novembre. Ce projet titanesque et longitudinal, qui regroupe 7 études coordonnées, vise à mieux comprendre le syndrome de stress post-traumatique et les mécanismes mémoriels qui y sont associés. Car la mémoire saine, telle que nous en sommes dotés, collecte tous nos souvenirs et représente de façon générale notre passé, alors que la mémoire traumatique qui survient chez les personnes en état de stress post-traumatique est, elle, "figée" dans le temps, ponctuée "d'intrusions" mentales brutales qui les font constamment revivre l'évènement traumatique. 

Les processus mémoriels du syndrome de stress post-traumatique 

"Ce trouble de la mémoire est le symptôme cardinal du syndrome de stress post-traumatique", précise Francis Eustache. "Les personnes traumatisées revoient des images de la scène, se souviennent des bruits ou des odeurs". Ces souvenirs s'imposent à leur esprit et ramènent en permanence cet événement passé, au présent. Comme si la scène se répétait encore et encore. "Prisonnières" de ces intrusions mentales qui les font revivre l'instant traumatique, certaines personnes ont tendance à éviter tout ce qui peut leur rappeler ce douloureux souvenir.

Cette "manie de les inhiber", les incite alors à réorganiser leur vie, leur quotidien et leurs habitudes. Plus précisément, une personne atteinte du syndrome de stress post-traumatique peut aller jusqu'à opérer des changements importants dans sa vie, de façon à éviter tout ce qui pourrait lui rappeler l'événement traumatique. Les chercheurs ont par exemple constaté que certains témoins ou victimes avaient changé d'emploi après les attentats du 13 novembre. D'autres, ayant témoigné dans les médias, ont expliqué n'avoir plus revu la personne qui les accompagnait au Bataclan ce soir-là. 

"L'étude Remember", dirigée par Francis Eustache, consiste justement à étudier ces intrusions mentales et la capacité de ces personnes à lutter contre elles. A terme, nous concède-t-il, "toutes ces recherches pourraient peut-être contribuer à la découverte d'un traitement contre l'état de stress post-traumatique". 

Le rôle de la mémoire collective

"L’étude 1000", qui consiste elle, à suivre l’évolution de 1000 personnes touchées de près ou de loin par les attentats du 13 novembre jusqu’en 2026, a démontré que la mémoire collective (qui contribue à façonner l'identité d'un groupe) joue également un rôle important dans le processus de mémorialisation d'un événement. Pour explorer ses mécanismes, les chercheurs ont réparti les participants en quatre catégories distinctes : 

- Celles directement exposées aux attentats (victimes, témoins, policiers, parents endeuillés…),

- Les habitants et usagers des quartiers visés "qui ont par la suite été exposés à la mémorialisation de ces attentats avec la présence des journalistes, de fleurs et d’hommages sur les lieux",

- Les habitants des quartiers périphériques et de la banlieue,

- Des personnes vivant à Caen, Metz et Montpellier, donc ayant été touchées de loin.

Parmi elles figurent des personnalités politiques comme François Hollande, à l’époque des faits président de la République, Bernard Cazeneuve, alors ministre de l’Intérieur ou encore Anne Hidalgo. 

Au terme de 1431 heures d'entretien, les chercheurs ont constaté que les attentats survenus ces trois dernières années (2015, 2016 et 2017) sont hiérarchisées dans la mémoire collective, "la mémoire de Monsieur Tout-le-monde" : les attentats du 13 novembre sont les attaques les plus présentes dans la mémoire collective entre 2016 et 2018. Précisément, 40% des Français estiment actuellement que ces attaques sont l'acte terroriste le plus marquant depuis 2000, devant les attentats du 11 septembre. En affinant davantage la recherche, les chercheurs ont constaté que l'attaque du Bataclan reste l'événement le plus marquant du soir du 13 novembre dans la mémoire collective. 

L'oubli fait partie de la mémoire

Non qu'ils soient moins importants, mais l'étude met également en évidence un "décrochage mémoriel" concernant les attentats de janvier 2015, qui rappelons le, avaient soulevé un mouvement de solidarité national. Selon Denis Peschanski, le fait que ces attentats soient perçus comme moins marquants en 2018, s'explique par le fait que l'oubli fait partie de la mémoire. Au fil du temps, le cerveau opère naturellement une sélection et ne retient que ce qui lui semble important, ou indispensable. L'émotion ressentie et la pertinence personnelle (si l'on est, ou se sent concerné) peuvent piloter ce processus de mémorisation-oubli.

"Notre mémoire est puissante : elle a le pouvoir de synthétiser toutes les informations que nous recevons. Elle ne peut pas tout garder, ce serait impossible, alors elle fait le tri", nous explique Francis Eustache. "C'est une espèce de 'jeu' entre mémoire et oubli. Certains événements vont prendre le pas sur les autres. Mais ces derniers ne sont pas complètement oubliés, car il suffit qu'il se passe quelque chose pour qu'ils remontent". En résumé, nous avons une "mémoire forte et une mémoire faible".

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