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QUESTION D'ACTU

Antibiorésistance

Comment notre dentifrice rend les bactéries résistantes aux antibiotiques

Une nouvelle étude pointe la responsabilité du triclosan, un agent antibactérien très présent dans nos produits d’hygiène, dans la résistance des bactéries aux antibiotiques.

Comment notre dentifrice rend les bactéries résistantes aux antibiotiques TomFreeze/iStock

  • Publié 27.02.2019 à 20h15
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Gel douche, dentifrice, rince-bouche, cosmétiques et même vêtements et jouets pour bébés… Vous n’avez peut-être jamais entendu parler de lui, et pourtant il est partout : le triclosan.

Ajouté par les industriels dans la plupart de nos produits d’hygiène, ce puissant antibactérien ne nous veut pas que du bien. D’après une nouvelle étude menée par l’Université Washington de Saint-Louis et publiée dans la revue Antimicrobial Agents & Chemotherapy, il contribuerait même grandement à rendre les bactéries résistantes à des concentrations d’antibiotiques qui devraient pourtant leur être mortelles. Pire : cette résistance antibactérienne concernerait aussi les agents infectieux responsables de troubles courants, comme les infections urinaires ou celle des voies respiratoires.

Le triclosan, un composant controversé

D’abord introduit dans les années 1970, notamment dans les gels nettoyants à destination des chirurgiens, le triclosan est désormais largement utilisé dans les produits de beauté et d’hygiène, au grand dam des associations de consommateurs et des autorités de santé.

En 2017, la US Food and Drug Administration a ainsi évoqué à la fois des problèmes de sécurité et un manque d'efficacité en recommandant de ne pas ajouter de triclosan à des savons destinés aux consommateurs, mais ces directives n'ont pas dissuadé les entreprises de l'ajouter à d'autres produits. "Afin de tuer efficacement les cellules bactériennes, le triclosan est ajouté à des concentrations élevées dans les produits", relève Petra Levin, professeure de biologie et auteure principale de l’étude.

Le triclosan réduit de 100 fois l’efficacité des antibiotiques

Pour mesurer à quel point le triclosan limite la capacité de l’organisme à répondre à un traitement antibiotique, les chercheurs ont commencé par traiter des cellules bactériennes exposées au triclosan avec des antibiotiques bactéricides et ont surveillé leur capacité à survivre dans le temps. Ils ont alors constaté que le triclosan avait permis à de nombreuses cellules bactériennes de survivre.

"Normalement, une cellule sur un million survit aux antibiotiques, et un système immunitaire en bon état peut la contrôler. Mais le triclosan a modifié ce nombre de cellules. Au lieu de seulement une bactérie survivante sur un million survivant, un organisme sur dix survit après 20 heures. Maintenant, le système immunitaire est dépassé", analyse Petra Levin.

L’inquiétude des chercheurs réside notamment dans le fait que le triclosan augmente la tolérance des bactéries à un large éventail d’antibiotiques, notamment ceux traitant les infections urinaires. Celles-ci sont courantes et apparaissent quand des bactéries, principalement Escherichia coli (E. coli), pénètrent et infectent les voies urinaires.

En menant une seconde expérience sur des souris présentant une infection urinaire, les auteurs de l’étude se sont aperçus que celles qui avaient bu de l’eau enrichie au triclosan n’étaient pas sensibles au traitement antibiotique. "L'ampleur de la différence de charge bactérienne entre les souris qui ont bu de l'eau traitée au triclosan et celles qui ne l'ont pas prise est frappante. Nous avons trouvé 100 fois plus de bactéries dans l'urine des souris traitées au triclosan, ce qui est beaucoup", note le Pr Levin.

Des bactéries moins sensibles aux antibiotiques

Mais comment le triclosan interfère-t-il avec le traitement antibiotique ? Les chercheurs ont découvert que le composant stimulait une petite molécule des bactéries surnommée ppGpp (guanosine tétraphosphate), qui les rend moins sensibles aux antibiotiques.

En période de stress (quand la bactérie est attaquée), ppGpp réagit en fermant les voies de biosynthèse de la cellule, qui lui permettent habituellement de proliférer. Cette réponse permet à la bactérie de survivre aux attaques antibiotiques, mais aussi de se renforcer.

Or, c’est justement par ces voies que le traitement antibiotique s’infiltre dans les bactéries pour les détruire. Lorsqu’elles ont été exposées au triclosan, les bactéries ont déjà fermé les voies de biosynthèse : impossible, donc, pour le traitement antibiotique bactéricide d’agir efficacement.

Des études cliniques seraient nécessaires pour prouver définitivement que le triclosan interfère avec les traitements antibiotiques chez l'homme, estime Petra Levin. "J'espère que cette étude servira d'avertissement qui nous aidera à repenser l'importance des antimicrobiens dans les produits de consommation."

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