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Polyarthrite rhumatoïde : une anomalie génétique associée à une maladie du poumon

Dans la polyarthrite rhumatoïde, une anomalie génétique est associée à une maladie du poumon qui essouffle progressivement, la fibrose pulmonaire idiopathique. Elle permet pour la première fois d’espérer un diagnostic précoce, ainsi qu’un traitement spécifique.

Polyarthrite rhumatoïde : une anomalie génétique associée à une maladie du poumon Koldunov/istock

  • Publié 11.12.2018 à 22h17
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L’atteinte de poumon, qu’elle soit responsable d’un essoufflement ou non, est une atteinte extra-articulaire commune de la polyarthrite rhumatoïde (PR). Le scanner à haute résolution révèle, en effet, des anomalies pulmonaires chez plus de la moitié des malades souffrant de PR. Une atteinte interstitielle invalidante des poumons se développera chez environ 10% des patients.

Malheureusement, il est actuellement difficile d'identifier chez quels malades l’atteinte des poumons va se compliquer et donc il est encore impossible d’intervenir tôt dans le cours évolutif de la maladie des poumons.

Une étude génétique pourrait bien changer cela car elle montre qu’une anomalie du gène codant pour une protéine importante du mucus est plus fréquente chez ces malades à risque pulmonaire. Cette étude a eu les honneurs de différents congrès et d’une publication dans le New England Journal of Medicine.

Une maladie chronique du poumon

La fibrose pulmonaire idiopathique est la plus fréquente des maladies non-infectieuses du poumon touchant le tissu interstitiel : les « pneumopathies interstitielles diffuses idiopathiques ». Dans la population générale, elle peut survenir vers l’âge de 65 ans avec un essoufflement à l’effort, d’installation progressive.

Le mécanisme d’apparition de la fibrose pulmonaire idiopathique implique plusieurs problèmes, notamment des anomalies de la sécrétion du surfactant (le liquide qui garde ouvert les alvéoles pulmonaires), une prédisposition au vieillissement des cellules (raccourcissement des télomères) et une perturbation du nettoyage des bronches par le mucus et les cils à la surface des cellules bronchiques, ces derniers remontant le mucus dans la gorge comme un tapis roulant (clairance ciliaire).

Les mucines sont des protéines qui sont un composant important du mucus qui tapisse les bronches dans le poumon. Ce mucus est une barrière défensive, ainsi qu'un mécanisme d'élimination des particules inhalées et des agents pathogènes. Comme le montrent une étude, la protéine MUC5B est très fréquente dans les cellules qui tapissent les bronches au sein des lésions typiques de la fibrose pulmonaire dans une maladie auto-immune comme la polyarthrite rhumatoïde et il est probable que sa surexpression est contrôlée par la génétique et que ces anomalies peuvent perturber ce fameux processus de nettoyage des poumons ou clairance ciliaire.

Une anomalie très souvent associée

L’hétérogénéité clinique caractérise de nombreuses maladies auto-immunes. La réalisation d'études à la recherche d’anomalies génétiques impliquées dans ces maladies auto-immunes et inflammatoires a permis de récolter des centaines d'associations génétiques. Cependant, la plupart de ces associations n’ont qu’un effet extrêmement modeste et leurs implications pratiques ont été lentes à émerger. Dans le cas de la PR, l'effet des anomalies HLA l'emportent sur les 100 autres anomalies génétiques identifiées, mais leur effet sur une maladie pulmonaire est modeste.

L’étude de Pierre-Antoine Juge, premier auteur de cette publication, constitue une exception intéressante à cette règle de la faible influence génétique sur les maladies. L’anomalie du gène codant pour la protéine MUC5B (rs35705950) représente environ 30 à 35% du risque génétique de développement d'une fibrose pulmonaire idiopathique en population générale. Étonnamment, dans les polyarthrites rhumatoïdes, ceux qui portaient cette anomalie ont un risque multiplié par 3 de pneumopathie interstitielle diffuse (Odds ratio de 3,1 avec un intervalle de confiance à 95%, 1,8 à 5,4), même lorsque les chercheurs prennent en compte le tabagisme qui est un facteur de risque majeur, l’âge et le sexe.

Une nouvelle piste thérapeutique

Chez les patients souffrant de polyarthrite rhumatoïde, cette forte association de l’anomalie du gène codant pour la protéine MUC5B avec la fibrose pulmonaire idiopathique pose la question de savoir si tous les malades souffrant de PR ne devraient pas être testés pour le statut d’anomalie de MUC5B. C’est l’idéal si le dépistage précoce permet des traitements de prévention.

De plus, une fois la maladie du poumon authentifiée, le génotypage de MUC5B peut fournir des informations sur le pronostic et, à mesure que la compréhension de la pathogenèse s'améliore, pourrait guider le traitement. Cette étude soutien le concept selon lequel la génétique peut désormais réellement contribuer à une meilleure compréhension des maladies auto-immunes et de nouvelles perspectives dans le futur.

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