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Cancer : découverte d'un code tueur pour pousser les cellules cancéreuses au suicide sans chimiothérapie

La découverte d'un code tueur, sous forme d'une courte séquence d'ARN interférent, permet d'envisager le traitement des cancers les plus rebelles aux traitements actuels. Cet ARN interférent est capable de bloquer les anomalies génétiques portées par certaines cellules cancéreuses, sans possibilité de résistance même quand il y en a plusieurs, et de les pousser au suicide.

Cancer : découverte d'un code tueur pour pousser les cellules cancéreuses au suicide sans chimiothérapie Artem_Egorov/iStock

  • Publié 10.11.2018 à 11h01
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Une révolution est en marche. Pour la première fois, des chercheurs affirment avoir trouvé le moyen de pousser les cellules cancéreuses au suicide au lieu d’essayer de les détruire par la chimiothérapie ou l'immunothérapie.

Pour cela, un simple fragment d'ARN (de code génétique), qui est présent partout dans l'ADN et l'ARN des cellules, suffirait pour pousser les cellules cancéreuses au suicide. Ce suicide interviendrait en bloquant plusieurs gènes, ce qui rendrait impossible l'acquisition de résistances par la cellule cancéreuse et permettrait de traiter plus efficacement des cancers comme le pancréas, le cerveau et l'ovaire, qui dépendent de plusieurs anomalies génétiques et que les traitements actuels ne peuvent pas tous bloquer.

L’étude, réalisée par des scientifiques de la Northwestern University de Chicago aux Etats-Unis, a été publiée en octobre dans les revues eLife et Nature communications.

Un mécanisme cellulaire qui existait avant le système immunitaire

De nombreuses cellules non fonctionnelles naissent régulièrement dans notre organisme au gré du hasard. A long terme, elles peuvent devenir dangereuses et se multiplier très vite, ce qui peut provoquer un cancer, explique l’étude en préambule. Paradoxalement, nos cellules « efficaces » sont capables de détecter la non-fonctionnalité des autres et d’activer des micro-molécules, appelées ARN interférents, pour les détruire. Ce suicide cellulaire concerne surtout les cellules qui se multiplient très vite et pas les cellules qui se développent à un taux normal.

Les scientifique ont découvert quels sont les 6 nucléotides (des éléments constitutifs de l'ADN et de l'ARN) à l'origine de ces ARN interférents capables de déclencher le processus de suicide cellulaire. Ils les ont surnommé DISE, pour "Death by Induced Survival gene Elimination". Cette courte séquence est contenue dans de nombreux ARN plus longs (3%) et les scientifiques ont découvert comment rendre cette courte séquence libre et active grâce à une "protéine du cycle de la mort cellulaire", CD95L, capable de les libérer des séquences d'ARN plus longues dans lesquelles ils sont contenus.

"Death by Induced Survival gene Elimination"

Une étude de faisabilité de cette nouvelle voie a été réalisée chez la souris l'année dernière avec un ARN interférent qui a été placé sur des nanoparticules lipoprotéiques à même de délivrer ce DISE à des cellules de cancer de l'ovaire greffées chez des souris. Ils ont alors observé que ces cellules malignes se mettaient à mourir au lieu de développer des résistances aux traitements censés les anéantir en se multipliant comme c’est normalement le cas.

Car les ARN interférents ont en effet la capacité d’éliminer simultanément plusieurs gènes dont les mauvaises cellules ont besoin pour survivre. Ceci complique la possibilité d'acquisition de résistances car les cellules cancéreuses peuvent devenir résistantes à un mécanisme d’action mais pas à plusieurs différents agissant en même temps. "C'est comme se suicider en se poignardant, en se tirant dessus et en sautant d'un bâtiment en même temps. Vous ne pouvez pas survivre", explique Marcus E. Peter, auteur principal de l’étude.

"Concevoir des micro ARN artificiels encore plus puissants"

Enfin, après avoir examiné 4096 combinaisons possibles de cette séquence, les scientifiques ont trouvé la plus toxique pour les cellules cancéreuses. Et si cette dernière existe déjà dans l’organisme humain, elle y réside en quantité suffisante. Il s’agirait donc désormais de la compléter artificiellement pour permettre à notre système immunitaire de lutter au mieux contre le cancer, explique l’étude.

Et les chercheurs sont optimistes. "Sur la base de ce que nous avons appris au cours de ces deux études, nous pouvons maintenant concevoir des micro ARN interférents encore plus puissants contre les cellules cancéreuses que ceux développés par la nature", se réjouit ainsi Marcus E. Peter. Un tel processus devrait toutefois prendre de nombreuses années.

Le cancer constitue la deuxième cause de mortalité dans le monde. D’après l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), il a fait 8,8 millions de morts en 2015, 70% de ces décès ayant eu lieu dans des pays à revenus faibles ou intermédiaire.

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