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QUESTION D'ACTU

The American Journal of Psychiatry

Dépression et kétamine : évaluer le risque d’addiction avant de généraliser le traitement

L'efficacité de la kétamine contre la dépression pourrait provenir de son interaction avec le système opioïde du cerveau. Une donnée à prendre avec précaution, au vu des risques de dépendance.

Dépression et kétamine : évaluer le risque d’addiction avant de généraliser le traitement AntonioGuillem / istock

  • Publié 17.09.2018 à 12h00
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Une nouvelle recherche, publiée dans The American Journal of Psychiatry, s’est employée à déterminer si "l'antagonisme des récepteurs opioïdes avant l'administration de kétamine par voie intraveineuse atténue ses effets antidépresseurs ou dissociatifs actifs*". En d’autres termes, les scientifiques ont voulu savoir si l'efficacité de la kétamine contre la dépression provenait de son interaction avec le système opioïde du cerveau.

Le système opioïde contrôle la douleur, la récompense et les comportements addictifs. Jusqu’ici, l’efficacité de la kétamine contre la dépression résistante était attribuée à son action sur le système de glutamate du cerveau, impliqué dans l'apprentissage et la mémoire. 

Perfusion intraveineuse

Une douzaine d’adultes souffrant de dépression résistante au traitement ont participé à l’essai. Un premier groupe témoin a ingéré un placebo avant une perfusion intraveineuse de 0,5 mg/kg de kétamine. Le deuxième a pris 50 mg de naltrexone avant une perfusion intraveineuse de 0,5 mg/kg de kétamine.

La réponse aux deux traitements a été évaluée sur l'échelle HAM-D (Hamilton Depression Rating Scale). Les réductions des scores HAM-D en 6 et 17 points chez les participants au traitement à la kétamine et à la naltrexone étaient significativement inférieures à celles des participants au traitement à la kétamine et au placebo un et trois jours après la perfusion.

Sept des 12 patients ont vu leurs symptômes dépressifs diminuer d'au moins 50% par jour après avoir pris la kétamine seule. En revanche, ceux qui ont ingéré la naltrexone en premier n’ont ressenti "pratiquement aucun effet", explique Carolyn Rodriguez, l'un des auteurs de l'étude et professeur adjoint de psychiatrie et de sciences du comportement à Stanford. Comme la naltrexone a bloqué de façon spectaculaire l'antidépresseur, mais pas les effets dissociatifs de la kétamine, l'essai a été interrompu lors de l'analyse intermédiaire.

Dépendance

"Les résultats suggèrent que l'effet antidépresseur aigu de la kétamine nécessite l'activation du système opioïde", indiquent les chercheurs. "Nous pensons que la kétamine agit comme un opioïde", résume encore Alan Schatzberg, l'un des auteurs de l'étude et professeur de psychiatrie et de sciences du comportement à Stanford. "C'est pourquoi vous obtenez ces effets rapides." On parle ici de quelques heures, là ou les antidépresseurs conventionnels tels que le Prozac peuvent prendre des semaines pour fonctionner.

Initialement, la kétamine est un anesthésique fréquemment utilisé aux urgences. Elle est aussi détournée comme drogue récréative. Actuellement, aucun pays n’autorise la kétamine dans le traitement de la dépression. Le seul moyen pour recevoir ce traitement consiste à participer à un protocole de recherche. Attention cependant, ces résultats suggèrent que la prise de kétamine pour la dépression pourrait mener à une dépendance. De nouvelles recherches sont donc impérativement nécessaires.

30% des patients ne répondent pas au traitement

30% des patients souffrant de dépression majeure ne répondent pas au traitement (plus de 5,3 millions de personnes aux États-Unis seulement). L’OMS (Organisation mondiale de la Santé) estime que les troubles dépressifs représentent le 1er facteur de morbidité et d’incapacité sur le plan mondial. Ainsi, on compte plus de 300 millions de personnes souffrant de dépression dans le monde, un chiffre en augmentation de plus de 18 % par rapport à 2005. 

La dépression est une maladie qui touche tous les âges, depuis l’enfance jusque très tard dans la vie. 7,5% des 15-85 ans auraient vécu un épisode dépressif, avec une prévalence deux fois plus importante chez les femmes que chez les hommes (source : Institut national de prévention et d’éducation pour la santé). La prévalence des troubles dépressifs est estimée entre 2,1 à 3,4% chez l’enfantet à 14% chez l’adolescent.

*perte de la sensation physique de son propre corps, c’est-à-dire une déconnexion conscience/corps.

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