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Santé publique

Papillomavirus : pourquoi les jeunes garçons doivent aussi se faire vacciner

Le transmission sexuelle du papillomavirus relance la question de la pertinence d'une vaccination des garçons autant que des filles, selon le même principe que l'on doit toujours traiter les 2 partenaires lors d'une infection sexuellement transmissible si l'on veut l'éradiquer.

Papillomavirus : pourquoi les jeunes garçons doivent aussi se faire vacciner jarun011 / iStock

  • Publié 12.06.2018 à 15h30
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  • Mise à jour le 13.06.2018 à 17h44
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Le papillomavirus humain (HPV) qui se transmet surtout lors des rapports sexuels, est à l'origine de 99% des cancers du col de l'utérus chez la femme et fait l'objet d'une campagne de prévention par la vaccination des jeunes filles dans tous des cabinets de gynécologie.

Regroupant 200 génotypes différents - les cancers sont liés à un petits nombre de sérotypes -, le HPV se transmet par contact direct de la peau et des muqueuses, en particulier lors de rapports sexuels et il est responsable de nombreux autres cancers. La transmissibilité sexuelle de ce virus soulève aujourd'hui une vraie question de santé publique : faut-il ou non vacciner les garçons ?

Une infection pas toujours évidente et des cancers multiples

Les manifestations cliniques de la contamination sexuelle les plus visibles sont les condylomes acuminés, également appelées "verrues génitales", déjà décrites dans l'Antiquité par Hippocrate, mais les lésions peuvent être plus discrètes, ce qui est souvent le cas sur la peau.

Mais le papillomavirus n'est pas seulement responsable des cancers du col de l'utérus : il peut aussi provoquer des cancers de la vulve, de l'anus, le la bouche, de la gorge et du pénis. Si certains de ces cancers sont assez rares (pénis), l'addition des autres cancers (vulves, anus, 80% des cancers de la bouche et de la gorge chez les hommes) justifie d'envisager une protection plus large de la population.

Une couverture vaccinale encore trop faible

La protection par la vaccination contre les sérotypes oncogènes (6, 11, 16, 18) du papillomavirus est recommandée depuis 2006 chez les jeunes filles (entre 11 et 14 ans, avec rattrapage éventuel entre 15 et 19 ans) et pour cause : environ 8 femmes sur 10 sont exposées à ces virus au cours de leur vie - 60% le sont au début de leur vie sexuelle

L'efficacité du vaccin pour empêcher l’infection est proche de 100%* et sa tolérance est excellente. Malgré cela son administration reste encore trop faible (20% seulement des jeunes filles sont vaccinées, alors que l’objectif fixé par le Plan cancer 2014-2019 est de 60%). Si dans certains cas on peut rendre responsable de ce défaut de vaccination la méfiance généralisée actuelle contre les vaccins, les principaux obstacles sont le prix, le non-remboursement et le caractère "sexuel" de ce vaccin : certains parents perçoivent ce vaccin comme une autorisation donnée à leur fille adolescente d'avoir des rapports sexuels...

Certains pays ont généralisé la vaccination

Si certains pays comme l'Australie ou le Canada préconisent la vaccination pour tous les adolescents, quel que soit leur sexe, aucun engagement officiel n'a été pris en ce sens en France alors que la prise de conscience se fait que ce vaccin n'est pas seulement responsable du cancer du col de l'utérus.

Les jeunes garçons sont-ils susceptibles d'être contaminés ? "Bien sûr, ce virus circule entre les garçons et les filles", confirme à Libé la professeure Elisabeth Bouvet, présidente de la nouvelle Commission technique des vaccinations (CTV). Les garçon peuvent ensuite transmettre cette infection qui n'est pas toujours apparente à d'autres jeunes filles ou d'autres jeunes garçons. "Tout ça nous incite à nous reposer la question de la vaccination HPV chez les garçons".

Homosexuels et hétérosexuels dans le même sac

Du fait de leurs comportements sexuels souvent "à risque", le vaccin est plus fortement recommandé chez les jeunes hommes homosexuels, 20 fois plus exposés au risque de développer un cancer anal lié aux virus du papillomavirus que les hétérosexuels. Pourtant, les verrues ano-génitales ont une fréquence similaire chez les femmes comme chez hommes, qu'ils soient gays ou non, et peuvent altérer temporairement la qualité de vie et générer un cancer anal à distance. Les lésions se manifestent également sur le pénis, autour des testicules, de la région anale ou plus largement sur le haut des cuisses. Du fait des rapports sexuels bucco-génitaux, le virus peut infecter la bouche et la gorge où il fait le lit de nombreux cancers : 80% des cancers ORL de l'homme sont en rapport avec un papillomavirus.

Globalement, l'infection de l'homme est favorisée par les rapports sexuels non protégés (homosexuels ou hétérosexuels) et en cas d'immunodépression (notamment d’infection au VIH). Comme dans de nombreuses maladies, la consommation d’alcool et de tabac augmente également les risques.

Efficacité de la vaccination des 2 sexes

De fait, comment ne pas recommander le vaccin aux jeunes garçons ? "Peut-être que si on propose un schéma de vaccination différent, impliquant les filles et les garçons, l’acceptabilité du vaccin sera supérieure", suppose la Dr Elisabeth Bouvet, évoquant une "désexualisation" d'un vaccin administré tant aux filles qu'aux garçons. 

Un essai clinique mené par Matti Lahtinen, de l’Institut Karolinska (Suède), publié en janvier dernier, montre en effet que la vaccination des garçons associée à celle des filles améliore la protection de la population féminine contre l’ensemble des papillomavirus.

En somme, réveiller les consciences et élargir la couverture vaccinale à l'ensemble des adolescents réduirait les risques chez les deux sexes et notamment pour les jeunes filles, principales concernées par le cancer du col, cancer qui ne résume pas tous les risques du papillomavirus, loin de là. 

* La vaccination ne protège pas contre tous les HPV liés au cancer du col de l’utérus, contrairement au dépistage par frottis qui doit être réalisé tous les trois ans entre 25 ans et 65 ans, que l’on soit vaccinée ou non.

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