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QUESTION D'ACTU

Une première mondiale

Greffe : un médecin français greffe avec succès des trachées artificielles sur 12 patients

Un médecin français de l’hôpital Avicenne (Bobigny) est parvenu à mettre au point une technique de greffe de trachée artificielle grâce à des artères. La plupart des patients soignés peuvent désormais respirer normalement.

Greffe : un médecin français greffe avec succès des trachées artificielles sur 12 patients magicmine /iStock

  • Publié 22.05.2018 à 11h20
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Après 10 ans de recherches, le Pr Emmanuel Martinod, chef sur service de chirurgie thoracique et vasculaire universitaire Avicenne - AP-HP (Bobigny), a mis au point une technique de greffe de trachée artificielle permettant aux patients vivant avec une trachéotomie de respirer normalement. Une première mondiale. Le fruit de son travail a été présenté le 20 mai au congrès de l'American Thoracic Society, à San Francisco (Etats-Unis) et publié dans le célèbre Journal of the American Medical Association.

"Ce n'est pas de la magie"

Cette technique novatrice consiste à fabriquer une trachée à partir de tissus aortiques. Au total, 20 patients  âgés de 24 à 79 ans ont participé à l’étude. Pour sept d’entre eux, le traitement a finalement été conventionnel. Parmi les treize autres, 5 ont bénéficié d’une reconstruction de la trachée, sept des bronches souches (celles qui sont les plus proches de la trachée) et le dernier patient a reçu une carène trachéale. 

Pour réaliser cette greffe, les chercheurs ont utilisé des aortes, prélevées sur des patients décédés puis conservées par cryogénie (qui correspond à une température de - 80°C). Celles-ci ont ensuite été transformées, grâce à l’ingénierie tissulaire, en trachée. Ces tissus ont ensuite été greffés sur les patients et un stent a été posé, un tuteur vasculaire qui permet de maintenir un vaisseau ouvert. "On est allés de surprise en surprise"indique le chirurgien dans le JDD. "L'aorte s'est transformée en trachée" grâce à sa "matrice extraordinaire. Ce n'est pas de la magie" mais "personne ne croyait vraiment à tout ça." 

Une mortalité à 90 jours de 5%

Quelques temps après l’opération (entre 5 et 39 mois), l’organe artificiel implanté est devenu une structure proche de la trachée et des bronches. La membrane interne naturelle, appelée épithélium, s’est reconstituée et de nouveaux cartilages se sont formés, remplaçant ainsi le travail effectué par le stent. 

D’après les résultats de l'étude, la mortalité à 90 jours a été de 5%, aucune complication grave n’a été constatée. Au bout de 18,2 mois en moyenne, le stent posé a pu être enlevé chez les patients. Pour une grande majorité, les résultats de la greffe sont positifs. Certains patients pour qui aucun traitement n’était envisageable, sont aujourd’hui considérés comme guéris par les médecins.

C’est notamment le cas d’Eric Volery. Alors que les médecins considéraient qu’il était en "impasse thérapeutique", qu’il n’avait que la respiration par trachéotomie comme perspective, la greffe artificielle l’a guéri.  "Il m’avait prévenu que ce ne serait pas un parcours de santé mais j’ai eu confiance et j’ai accepté l’opération... Enfin, les opérations", confie-t-il au Parisien. Depuis, le stent lui a été retiré et aujourd’hui, il peut même courir.

Essais ratés en Italie

La véritable avancée de cette étude est l’utilisation de ce tissu aortique pour reconstruire la trachée. Jusqu’ici, les essais de greffe étaient conduits en utilisant des bioréacteurs externes, des dispositifs qui recréent artificiellement les conditions biologiques. Le professeur italien Macchiarini avait d'ailleurs fait scandale en utilisant cette méthode. Il avait cultivé une trachée en plastique "colonisée" par des cellules-souches en laboratoire : sept des patients opérés entre 2011 et 2014 sont morts, le huitième et dernier n’a pas été retrouvé. Des fraudes dans la présentation des résultats ont par la suite été révélées.

Les travaux de l’équipe du professeur Martinod devraient permettre de généraliser l’utilisation de ce genre de traitements. Mais de nouvelles études sont nécessaires pour mieux comprendre les mécanismes qui permettent ces résultats. 

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