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QUESTION D'ACTU

Une malade en soins palliatifs grelotte...

Crise des hôpitaux : échanges glacés à l’hôpital Beaujon

On pourrait presqu’en rire, si ce n’était pas tragiquement triste. Un malade en fin de vie qui grelotte dans un des hôpitaux de l'Assistance Publique parce que tout se dégrade, mais surtout parce que la situation n'est pas vraiment anticipée car il y a une "perte de sens" au niveau des décideurs. Quand on travaille dans un hôpital, c'est pour s'occuper des malades.

Crise des hôpitaux : échanges glacés à l’hôpital Beaujon Une chambre d'hôpital/ anonyme

  • Publié 03.03.2018 à 15h00
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Un chef de service Parisien, fait état, dans un blog privé animé par le Pr André Grimaldi (agitateur d’idées très respecté du monde des chefs de service Parisien) d'un témoignage qui émeut, même les plus endurcis de ses confrères. Nous décidons d’en faire l’écho. La suite, mais probablement pas la fin...

Les faits

« Nous sommes aujourd'hui le 28/2/18. Dans la chambre d'un service dit "de pointe" hébergeant des malades graves, en l'occurrence en fin de vie, il fait 17°C. Un de nos malades a froid dans son lit ;  un manteau, un pull en laine, une écharpe  autour du cou, ne lui facilitent pas la tâche pour vomir. Il a les mains trop froides pour manipuler son ordinateur et essayer de trouver les heures moins longues.

On lui a promis de scotcher les fenêtres, un traitement très moderne et esthétique pour assurer l’étanchéité.  Ce n'est pas fait. 

On lui a promis un chauffage d'appoint. Il n'y en a pas. 

On lui a promis... une couverture. Il n'y en a pas non plus. 

J'oubliais que ce sont des conditions extrêmes. -7 °C en Février, il est vrai que c'est difficilement prévisible.  L'hôpital n'est-il pas là pour répondre à ces situations. Qu'en serait-il en cas d'épidémie ou de plan blanc à activer ?  Une dernière question : dans quel pays sommes -nous ? » 

Le commentaire de Pourquoi docteur dans la première publication:

C’est vrai qu’une vague de froid en février est une surprise totale ! C’est vrai qu’on est hospitalisé pour être soigné et que c’est indécent de se plaindre du lit, de la nourriture ou de la température. Mais là, c’est un chef de service qui se plaint (gentiment), parce qu’il  a du mal à comprendre la dérive de nos hôpitaux.

Même Agnès Buzyn, notre ministre de la santé, dit que l’hôpital va mal… Elle parle en connaissance de cause, pour avoir fait toutes ses études et sa carrière de professeur de médecine, dans ce qui est supposé être le fleuron de nos établissements de soin : l’APHP, les hôpitaux de Paris. Elle abonde d’ailleurs dans le même sens ; elle déclare au professeur Grimaldi venu lui apporter l’appel des 1000 : « Si j’étais encore une hospitalière, j’aurais probablement signé l’appel des 1000 »…

La  publication  du chef de service  nous apporte de nombreuses réactions indignées de la part de nos internautes. Mais la médiatisation de cette information,  confidentielle,  a aussi d’autres effets et provoque plus d’émoi  auprès de la direction des hôpitaux que toutes les notes de service des médecins exposés à ce type de problème. Le directeur de l’hôpital apporte une réponse dont nous publions quelques éléments

«  Un chef de service a alerté la direction ce matin à 10H47 du froid particulier dans la chambre d’une patiente. Je lui ai répondu par mail à 10H50 et les services techniques et logistiques sont intervenus dans les minutes qui ont suivi cet appel. Des couvertures supplémentaires et des radiateurs d’appoint ont été distribués et de nouvelles fenêtres ont pu être calfeutrées avec de l’adhésif pour limiter les flux d’airs froid. Des interventions avaient eu lieu ces derniers jours dans d’autres services de Beaujon (…)

(…) Compte tenu de l’état général du bâtiment, l’AP-HP prévoit sa reconstruction avec l’hôpital Bichat, dans le cadre du projet d’hôpital nord, à horizon 2025 pour un coût total de 750 millions d’euros. Les enjeux énergétiques font partie des raisons qui rendent impossible toute réhabilitation des bâtiments existants. »

Et il ajoute à l'adresse du chef de service

« Concernant les fenêtres de Beaujon, il n’est certes ni moderne ni esthétique de les scotcher mais nous le faisons tous les ans et répèterons cela tous les hivers jusqu’à l’ouverture de HN2 (Nouvel Hôpital Nord NDR) dont, rappelons-le, c’est l’état visible et invisible de Bichat et Beaujon qui a justement justifié l’opportunité. "

Le chef de service lui répond:

« Donc, plus que 8-10 hivers à tenir... Prévoir le stock de scotch en fonction ainsi que l'équipe de scotcheurs à l'écoute de la météo. Espérons que nous n'arriverons pas au bout du rouleau avant. Merci en tout cas d'éviter ce qui aboutit à une situation de maltraitance de nos patients. »

Qu'en penser ?

Que ce ne sont pas des "mesures palliatives pour accueillir les patients dans les meilleurs conditions possibles" car ce terme palliatif sous-entend des soins de confort, mais que cela  aboutit, au contraire, à des conditions d'hospitalisation tout simplement indignes et donc à de la maltraitance de patients.

Les hôpitaux Beaujon et Bichat pourrissent sur pieds en attendant un hypothétique hôpital Nord dont on peut douter de la date d'ouverture. Un directeur qui protège son personnel administratif et technique (lui-même sans aucun doute très contraint) est dans ses fonctions. Protéger les malades et le personnel médical devrait aussi en faire partie, voire être prioritaire.

Nous laisserons la conclusion à un autre chef de service qui nous écrit:

« Ce directeur fait ce qu’il peut, mais il peut peu. C’est une constante dans le fonctionnement hospitalier actuel que les alertes de toutes sortes ne soient pas systématiquement traitées. Nous aurions tous de tels exemples à citer. On attend trop souvent que la situation pourrisse ou éclate au grand jour pour s’en occuper.  Cela est vrai des questions matérielles comme des questions humaines. Les causes sont multiples et complexes, bien sûr, mais c’est aussi et surtout un état d’esprit. »

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