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QUESTION D'ACTU

La peste à Madagascar

Faut-il avoir peur du retour de la peste en France et en Europe ?

L’épidémie de peste qui a flambé à Madagascar inquiète les spécialistes de cette maladie qui a ravagé le monde il y a très longtemps. Mais pas panique : le traitement antibiotique reste très efficace et les mesures de prévention sont bien connues. Toutefois la vigilance contre cette maladie doit être maintenue.

Faut-il avoir peur du retour de la peste en France et en Europe ? stocco.claudio.libero.it/epictura

  • Publié 07.01.2018 à 19h32
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La récente épidémie de peste qui a flambé à Madagascar a été inquiétante pour les spécialistes car elle a été très inhabituelle.
Inhabituelle tout d’abord de par son ampleur : chaque année, ce sont plus de 300 cas de peste qui sont recensés à Madagascar pendant la saison épidémique, laquelle court de septembre à avril. Mais cette année, ce sont 2 348 Malgaches ont été infectés par la bactérie Yersinia pestis, et parmi eux, 202 ont succombé à la maladie.
Autre atypie, contrairement aux années précédentes, les trois quarts des malades étaient cette année atteints de la forme pulmonaire de la peste, nettement plus contagieuse, plus grave et plus mortelle que la forme bubonique.
Enfin, l’épidémie 2017 de peste à Madagascar a été quasi-générale et elle a touché également les grandes villes, notamment la capitale, Antananarivo, alors qu’elle touchait uniquement les zones rurales les autres années.

La peste de Madagascar va-t-elle se propager ? Y a-t-il d’autres cas aujourd’hui dans d’autres pays ?

JFL : Les dernières données de l’OMS montrent que cette effroyable maladie n’appartient pas qu’au passé. Chaque année dans le monde, environ 600 personnes sont touchées. Selon les derniers chiffres de l’Organisation Mondiale de la Santé, de 2010 à 2015, on a enregistré 3248 cas de peste dans le monde, dont 584 mortels.
Après la mise en place de mesures drastiques (avec le soutien de l’OMS), le gouvernement malgache a officiellement proclamé le 27 novembre « la fin de cette épidémie de peste pulmonaire urbaine », mais la surveillance doit absolument continuer.

Ce n’est pas comme la variole qui a complètement été rayée de la carte ?

JFL : Effectivement la variole a été éradiquée grâce à la vaccination, mais le choléra et la poliomyélite sont toujours là et comme pour ces maladies, les cas de peste apparaissent surtout dans des endroits insalubres et associés à une grande misère. Aujourd’hui, c’est en Afrique, par exemple au Pérou, en République démocratique du Congo et aussi à Madagascar que la maladie frappe le plus.
Mais plusieurs pays développés comme les Etats-Unis ou la Russie, rapportent régulièrement de nouveaux foyers de peste. Cela est lié à l’existence d’un animal sauvage (une espèce différente de rongeur selon les pays) qui sert de réservoir à la maladie

Est-ce que cela signifie que la peste est aux portes de l’Europe ?

JFL : Actuellement l’Europe est épargnée, mais on n’en est pas complètement à l’abri parce que la peste réapparait dans des pays où elle avait complètement disparu, parfois depuis 80 ans. Par exemple elle est revenue en Algérie où il n’y en avait pas eu depuis la fameuse peste décrite par Camus à Oran (qui succédait à celle d’Alger) (1944-45). Idem en Jordanie. Avec la multiplication des foyers de guerre et les transferts massifs de populations, la peste pourrait réapparaître à grande ampleur, y compris en France.

Est-ce que l’on risque quelque chose en France ?

JFL : La dernière grande épidémie en France date d’il y a 3 siècles ! Entre 1720 et 1723, une épidémie de peste à Marseille et de sa région avait fait près de 120 000 morts sur les 400 000 habitants que la région comptait à cette époque !
Mais le dernier cas français n’est pas enfoui dans l’histoire dans l'Hexagone puisqu’il se situe en Corse en 1945. Donc le risque d’une résurgence de la peste n’est absolument pas exclu.
De plus, quand on voit la prolifération des rats à Paris, on se dit qu'il ne faudrait pas grand chose pour que cela reparte

Comment expliquer cette réémergence de la forme pulmonaire à Madagascar ?

JFL : L’une des explications pourrait être la baisse de la vigilance des autorités de santé au fil des ans. Tant qu’un pays se sait infecté par la peste, de nombreuses mesures de surveillance sont mises en place et les traitements antibiotiques mis en place ? Avec ces précautions, l’épidémie ne prend pas. Mais comme les cas deviennent rares, certains pays baissent la garde.
On évoque aussi le réchauffement climatique. Plusieurs études ont montré que les changements de températures pourraient favoriser le développement du réservoir animal et son expansion, voire un changement de virulence des bactéries qui deviennent plus agressives.

Ce réservoir animal comme vous dites, ce sont les rats ? La peste reste quand même associée à la misère ?

JFL : Et à une bactérie ! Yersinia Pestis, du nom de son découvreur Alexandre Yersin. Cette bactérie vit souvent dans le sang de mammifères, notamment les rats et les animaux apparentés qui sont le réservoir où persiste la bactérie. Mais il faut un vecteur pour transférer la bactérie à l’homme. Ce vecteur est une puce qui a sucé le sang contaminé du rongeur et peut transférer le bacille à l’Homme si celui-ci s’approche trop près des rats.
Dans les causes de réapparition de la peste, viennent les dégradations sanitaires majeurs (les guerres), les grandes migrations humaines et le commerce international. Ils pourraient aider la bactérie à se retrouver en Occident.

Quels sont les symptômes de la peste ?

JFL : Les premiers symptômes de la peste apparaissent plus ou moins rapidement, de quelques heures à cinq jours après la contamination.
La peste bubonique est la forme de la maladie la plus fréquente (80% à 93%). Elle se manifeste par une forte fièvre, un mauvais état général et une augmentation de volume du ganglion lymphatique qui draine la zone de piqûre de la puce. Ce ganglion hypertrophié et douloureux est appelé « bubon ». Il peut se mettre à suppurer puis guérir.
Dans les cas de forme pulmonaire de la peste, la maladie commence comme une pneumonie particulièrement sévère (fièvre, toux, douleurs dans la poitrine), qui évolue très rapidement vers une septicémie, qui est une infection généralisée, mortelle en quelques jours… et surtout très contagieuse. C’est ce qui s’est passé à Madagascar.

Est-ce que l’on dispose d’un traitement?

JFL : Oui, heureusement, le bacille de la peste est toujours sensible aux antibiotiques, ce qui a permis avec des mesures d’hygiène de ne plus avoir ces terribles vagues épidémiques. Mais faut-il avoir accès à ces médicaments, ce qui n’est pas toujours le cas dans certaines régions. D’où la persistance de foyers.

La solution idéale réside dans le vaccin ?

JFL : Plusieurs vaccins contre la peste ont déjà été mis au point au cours des années, mais ils présentent des effets secondaires graves. De plus, ils n’ont aucune efficacité sur la peste pulmonaire.
Une équipe de l’Institut Pasteur a déjà obtenu des résultats très prometteurs sur un vaccin potentiel, mais faute de financement, il est pour le moment impossible de le tester chez l’homme. Les industriels ne s’intéressent pas à ce marché de la peste qui reste peu développé, il faut l’avouer.

En conclusion, pas de panique, la peste n’a pas disparu, pour autant, une épidémie de peste n’est pas pour demain.

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