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500 dollars et on n'en parle plus

Tabac : être payé pour arrêter de fumer, ça marche

Une étude auprès de populations défavorisées a montré que des incitations financières couplées à une médiation pouvaient multiplier par six le taux de sevrage.

Tabac : être payé pour arrêter de fumer, ça marche Portrait de Che Guevarra par Réné Burri (1963)

  • Publié 04.11.2017 à 13h23
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Et si, une fois de plus, l’argent était le nerf de la guerre ? Pour dissuader les fumeurs, il est d’usage d’augmenter le prix du tabac : pour peu qu’elle soit suffisamment brutale, une hausse a toutes les chances de se répercuter mécaniquement sur la consommation. Mais tout récemment, des chercheurs de Boston se sont penchés sur une méthode autrement plus douce : rémunérer les fumeurs…

L’étude a pris place au célèbre centre médical de Boston. Pendant un an, 352 patients désireux d’arrêter le tabac, et de faible niveau socio-économique, se sont prêtés à l’expérience. La moitié d’entre eux – les malchanceux du tirage au sort – a eu droit à une prise en charge classique : quelques brochures d’information et un conseil « minimal » de la part du médecin traitant.

Pour les autres, c’est une prise en charge largement améliorée qui a été mise en place. Ils étaient contactés par des intervenants-pivots – des médiateurs de santé publique, fréquents en Amérique du nord –, qui pouvaient leur dispenser des conseils et les orienter au besoin vers une prise en charge médicale.  Mais surtout, ils recevaient une récompense sonnante et trébuchante en cas de succès.

Six fois plus d’interruptions

Ceux qui parvenaient à arrêter de fumer dans les six mois recevaient ainsi 250 dollars (environ 215 euros) pour leur peine. Mieux, s’ils tenaient six mois supplémentaires, ils recevaient une prime doublée, de 500 dollars (430 euros). Un test salivaire permettait de s’assurer de la réalité de la chose – on n’est jamais trop prudent quand il s’agit d’argent.

Et une fois de plus, le billet vert a montré son pouvoir. Au bout d’un an, 12 % des patients ainsi encadrés avaient arrêté de fumer, soit six fois plus que dans le groupe contrôle. Une étude précédente, réalisée avec des employés de General Electric en Pennsylvanie, avait permis de tripler le taux d’interruption du tabac, grâce aux seules incitations financières.

« Notre étude montre que pour aider les personnes de faible statut socio-économique à arrêter de fumer, on devrait adopter une stratégie à plusieurs facettes, qui combine des interventions d’assistance mais aussi, quand c’est possible, des incitations financières », conclut Karen Lasser, interniste au Boston Médical Center et premier auteur de l’étude.

À l'étude chez nous 

Et s’il fallait, en matière de prévention, adjoindre la carotte au bâton ? L’idée semble faire doucement son chemin, y compris sous nos latitudes. En France, une étude similaire est en cours auprès de femmes enceintes, qui toucheront jusqu’à 300 euros pour s’abstenir de fumer au cours de leur grossesse. Les premiers résultats devraient être connus au printemps prochain.

Reste que passer d’une politique de hausse du prix du tabac, qui a l’avantage de remplir les caisses de l’État, à une politique de prévention fondée sur des incitations financières, il faudra plus que quelques études expérimentales.  Un changement complet de philosophie, agrémenté d’études médico-économiques serrées, sera sans doute nécessaire.

En attendant, Agnès Buzyn a annoncé son objectif : un paquet à dix euros d’ici 2020, avec une première hausse prévue le 13 novembre prochain.

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