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QUESTION D'ACTU

Rémy Slama

Perturbateurs endocriniens : des effets sur le comportement des petits garçons

ENTRETIEN - Des troubles émotionnels et comportementaux sont associés à une exposition prénatale aux perturbateurs endocriniens, comme le bisphénol A, selon une étude.

Perturbateurs endocriniens : des effets sur le comportement des petits garçons EugeneGensyurovksy/epictura

  • Publié 01.10.2017 à 15h15
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Repli sur soi, hyperactivité, troubles relationnels… Ces problèmes émotionnels et comportementaux seraient davantage observés chez les petits garçons exposés à des quantités importantes de perturbateurs endocriniens lors de la grossesse, rapporte une étude française publiée dans Environmental Health Perspectives.

Ces travaux menés par l’Inserm s’appuient sur le suivi de plus de 500 enfants nés entre 2003 et 2006 ainsi que de leur mère dans la région de Poitiers et de Nancy. Aux 3ème et 5ème anniversaires des participants, les mères ont rempli des questionnaires visant à évaluer certains aspects du comportement du leurs enfants. Les résultats de ces questionnaires ont ensuite été comparés aux dosages de perturbateurs endocriniens dans les urines des mères.

Ces échantillons révèlent qu’entre 70 et 100 % des mères incluses dans la cohorte Eden ont été exposées à ces substances toxiques. Leurs urines contenaient, notamment, du bisphénol A (une molécule interdite depuis 2015 en France dans les contenants alimentaires), de triclosan (substance présente dans les savons antibactériens) et de méthylparabène (plastifiant dans le PVC ou le vernis à ongle).

Ces phtalates et phénols influenceraient le neurodéveloppement des enfants en perturbant l’axe thyroïdien des mères, explique à Pourquoidocteur Rémy Slama, responsable des travaux et président du conseil scientifique du Programme national de recherche sur les perturbateurs endocriniens (PNRPE).

Quels sont les principaux enseignements de votre étude ?
Rémy Slama : Nous avons constaté que l’exposition au bisphénol A est associée à une augmentation des troubles relationnels à 3 ans et de l’hyperactivité chez le petit garçon de 5 ans.
Nous avons également trouvé que le DBP, un autre phtalate, est lié à davantage de troubles émotionnels, relationnels et comportementaux de repli à 3 ans. Cela avait déjà été montré chez une cohorte d’enfants New Yorkais il y a quelques années.

Pour le triclosan, de même que le DEHP, nous mettons surtout en évidence des troubles émotionnels à 3 et 5 ans. C’est la première fois qu’un tel effet est observé pour le triclosan car peu d’équipes ont réussi à le doser à une si grande échelle chez des femmes enceintes et suivre sur le long terme les enfants.

Ecoutez...
l'intégralité de l'entretien avec Rémy Slama, président du conseil scientifique du Programme national de recherche sur les perturbateurs endocriniens (PNRPE)

La quasi-totalité des femmes ont été exposées à ces molécules. Pour autant, cela ne veut pas dire que tous les enfants présentent des troubles ?
Rémy Slama : Non effectivement. Les chiffres sur cette exposition ne sont pas surprenants. On sait que nous sommes exposés à des centaines de produits chimiques, et que certaines, dont des perturbateurs endocriniens, sont capables de traverser le placenta et atteindre le fœtus.

En revanche, ce n’est pas parce que tout le monde est exposé que les effets vont être visibles chez tout le monde. Il faut, par ailleurs, insister sur le fait que dans notre étude nous n’étudions pas des pathologies mais l’augmentation de certains comportements comme une hyperactivité déclarée par les parents. Les enfants que l’on étudie ne sont pas des enfants malades.

Reste que les effets sont observés à des doses faibles, et le fait d’observer une perturbation du système nerveux peut faire craindre à l’augmentation de certains troubles cliniques.

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Comment ces perturbateurs endocriniens influencent-ils le neurodéveloppement de l’enfant ?
Rémy Slama : Dans le cas du Bisphénol A et du triclosan, il a été montré que ces substances pouvaient perturber l’axe thyroïdien. Or lors de la grossesse, les hormones thyroïdiennes contrôlent le développement du cerveau du fœtus.

Par le passé, nous avions constaté une réduction du périmètre crânien chez des nourrissons en lien avec une exposition au triclosan. Ce sont ces résultats qui nous ont incité à faire cette étude.

Dans la nature, d’autres molécules semblent agir de la même manière. Il s’agit par exemple du mercure, dont les effets sur le neurodéveloppement ont été mis en évidence lors du drame de Minamata au Japon (des milliers de personnes ont été empoisonnées par le déversement de mercure dans l’eau de la baie, ndlr). Ou encore des déficiences en iode, notamment dans les Alpes, qui entraînaient ce qu’on appelait à l’époque des cas de crétinisme.

Quelles sont les suites de vos travaux ?
Rémy Slama : Le suivi s’est poursuivi chez ces enfants. Vers 8 et 10 ans, ils ont passé des tests neurologiques sur ordinateur que nous sommes en train d’analyser. Ces travaux sont menés dans le cadre du projet européen Helix.

Nous allons également mener des études complémentaires à Grenoble aux cours desquelles nous allons demander à des femmes enceintes de fournir des échantillons d’urines 40 fois au cours de la grossesse. C’est important car on sait que ces substances chimiques ont une forte variabilité d’un jour à l’autre, et même au cours de la journée. Avec un seul prélèvement, nous risquons de sous-estimer l’effet de ces substances sur la santé.

Ces travaux intégreront-ils des petites filles, absentes de l’étude présentée aujourd’hui ?
Rémy Slama : Effectivement, nous nous sommes intéressés seulement aux garçons car la littérature scientifique montre que la sensibilité aux perturbateurs endocriniens varie en fonction des sexes. De ce fait, toutes les analyses doivent se faire séparément et dans le mesure où nous avions un budget limité nous avons choisi d’étudier un effectif important d’enfant d’un seul sexe, plutôt que d’avoir 2 groupe de plus petite taille dans lesquels il y aurait des garçons et des filles car moins on a d’enfant à étudier moins les effets sont visibles.

Par ailleurs, dans la cohorte SEPAGES à Grenoble, nous étudions à la fois des garçons et des filles. Nous allons donc réaliser des dosages chez des petites filles et petits garçons.

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