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VIH : mieux notifier les partenaires pour freiner l'épidémie

Faire part de sa séropositivité à ses partenaires n’est pas facile. Mais cela pourrait marquer un tournant dans la lutte contre l’épidémie de VIH.

VIH : mieux notifier les partenaires pour freiner l'épidémie AV/Pourquoidocteur

  • Publié 26.07.2017 à 07h56
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La lutte contre le VIH progresse. Les objectifs fixés par la scène internationale sont désormais crédibles. Pourtant, en France, l’épidémie stagne. Chaque année, quelque 6 000 personnes découvrent leur séropositivité. Pour améliorer le bilan, la prévention – préservatif et prophylaxie pré-exposition notamment – a bien sûr un rôle à jouer.

Mais une approche complémentaire fait la preuve de son efficacité : la notification aux partenaires. Cela consiste à informer tout partenaire à risque rapidement après un dépistage positif, et les amener à se faire eux-mêmes tester.

La stratégie n’est pas nouvelle, mais elle bénéficie d’un regain d’intérêt à l’occasion du Congrès de l’International AIDS Society, organisé du 23 au 26 juillet au Palais des congrès de Paris.

La réflexion en France

Pour convaincre les sceptiques, Shona Dalal, épidémiologiste en poste à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), a comparé la lutte contre le VIH à celle contre deux autres maladies infectieuses. Les scientifiques ont éradiqué la variole, et stoppé Ebola, grâce à une recherche systématique des contacts susceptibles d’avoir été contaminés.

« La surveillance, couplée à la protection, au traçage des personnes contact et à l’identification des chaînes de transmission, a été cruciale dans la bataille », a souligné la spécialiste lors d’une session dédiée à la prévention. Mais dans le VIH, cette stratégie a été pour le moment peu suivie. « 67 pays ont adopté une stratégie, mais peu la mettent en place », a déploré Shona Dala.

La France figure au rang des Etats qui ont peu investi dans la notification aux partenaires. Cela pourrait changer. Le Conseil national du sida et des hépatites virales (CNS) réfléchit à la mise en place de recommandations en ce sens. « Depuis quelques mois, la commission de travail du CNS se penche sur le sujet, a déclaré Marie Suzan-Monti, immunologiste et membre du CNS. En France, cela relève pour le moment de la libre initiative des personnes diagnostiquées séropositives. »

Trois approches

Cette réflexion se nourrit, en partie, de l’étude réalisée sur un petit groupe d’hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH) non infectés par le VIH. Inclus dans l’étude IPERGAY – qui évalue l’efficacité de la PrEP à la demande –, ils ont été interrogés sur leurs pratiques après la découverte d’une infection sexuellement transmissible.

Sur les 250 hommes qui ont déclaré au moins une IST par le passé, la majorité (70 %) l’ont notifié à leur partenaire, eux-mêmes. A l’avenir, ils souhaiteraient pouvoir faire de même. « Ces résultats vont à l’encontre des idées reçues sur la population des HSH, relève Marie Suzan-Monti. Il s’agit d’une population avertie, et responsable, attentive à sa santé et à celle de ses partenaires. »

En matière de notification au partenaire, il y a pour ainsi dire trois approches : notifier soi-même, demander à un professionnel de santé d’alerter le partenaire, ou une approche combinée ; le patient fait alors l’annonce avec le soutien du professionnel de santé.

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Des lois sévères

Mais la transparence n’est pas toujours facile. Comme l’ont montré les résultats de ce sous-groupe d’IPERGAY, un patient en couple stable, et contaminé lors de rapports extraconjugaux, aura tendance à garder le silence. L’instauration d’un « contrat » avec le professionnel de santé pourrait être une solution, propose Shona Dalal. Le patient se charge lui-même de l’annonce. Au-delà d’un délai sans nouvelles du partenaire, le soignant contacte à nouveau ce dernier.

Mais en France, l’adoption de recommandations risque de s’avérer délicate, reconnaît Marie Suzan-Monti. Il faudra, en effet, respecter les limites du secret médical et de la protection des données personnelles. Le Conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM) et la Commission nationale de l’Informatique et des Libertés (CNIL) sont tous deux consultés sur cette question.


Dans sa réflexion, le CNS pourra aussi s’inspirer des pays qui ont déjà franchi le pas. Car l’OMS elle-même recommande l’adoption de politiques plus incitatives à l’égard de la notification au partenaire.

Certains Etats ont fait le choix de la sévérité. En Floride, au Texas ou encore au Michigan, ne pas révéler sa séropositivité aux partenaires à risque, c’est encourir le risque de poursuites judiciaires. Au total, 21 pays ont opté pour une législation en ce sens. Ce que ne soutient pas l’OMS, qui plaide en faveur d’un libre choix.

Un cercle vertueux

La ville de Lisbonne a, pour sa part, opté pour une offre plus équilibrée. Le CheckpointLX, centre dédié à la santé sexuelle, propose un ordinateur aux personnes qui viennent d’être diagnostiquées séropositives. Le patient peut alors prévenir, anonymement par mail, ses partenaires à risque et les inviter au dépistage.

« C’est un moyen efficace d’atteindre les personnes infectées par le VIH mais qui l’ignorent », estime Shona Dalal. De fait, une revue systématique réalisée pour le congrès de l’IAS montre que la notification aux partenaires augmente considérablement le taux de dépistage, particulièrement si un professionnel de santé est impliqué dans l’annonce.

Et cela peut créer un cercle vertueux. L’exemple d’une travailleuse du sexe a été présenté lors de la session. Grâce à sa notification, 9 personnes séropositives ont été diagnostiquées. Parmi elles, une autre travailleuse du sexe, qui a permis la découverte de 5 autres cas. De quoi freiner durablement l’épidémie.

Mais cette annonce doit se faire rapidement après la découverte de séropositivité. Si le patient ne notifie pas dans la semaine suivant l’événement, il a peu de chances de le faire un jour. « Ce n’est pas sexy, ce n’est pas nouveau, mais c’est efficace », a conclu Shona Dalal.

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