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QUESTION D'ACTU

Journée Internationale de Prévention des Overdoses

Addictions : les Australiens engagés dans la réduction des risques

L’Australie est à l’origine de l’organisation de la Journée Internationale de l’Overdose. Le pays s’est engagé dans une démarche de réduction des risques.

Addictions : les Australiens engagés dans la réduction des risques INNAMORATI/SINTESI/SIPA

  • Publié 31.08.2016 à 15h52
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C’est la question que tout usager se pose lorsqu’il ingère une drogue. Jusqu’où aller ? Quelle est la dose qui permettra d’obtenir les effets optimaux, sans générer de réaction négative ? Lorsqu’il teste ses limites, le consommateur craint deux choses : le « badtrip » pour son psychisme, et la surdose pour son corps. C’est un risque qu’il prend, qu’il pense maîtriser. Parfois, pourtant, il se trompe.

Quand on évoque l’overdose, on s’imagine les situations les plus terribles. On pense à la morphine, à l’héroïne, à tous ces opiacés auxquels une poignée plus ou moins importante de consommateurs est dépendante. En France, les cas sont rares. Aux Etats-Unis, au contraire, une épidémie de surdoses aux opioïdes décime la jeunesse ; 28 000 personnes sont mortes en 2014. Cela inquiète, mais rassure aussi : c’est loin de chez nous.

Mais l’overdose n’est pas le lot des injecteurs et des toxicomanes marginaux, loin s’en faut. Son ombre plane sur toutes les substances – alcool, cocaïne, amphétamines… - et menace tous les publics qui les consomment, à des degrés divers et selon des mécanismes variables. Le 31 août se tient la Journée Internationale de prévention des overdoses. Pourquoi Docteur y consacre une série d’articles afin de faire le tour de ce phénomène accidentel mal connu et sous-estimé.

 

C’est en Australie qu’est née la Journée Internationale de prévention des overdoses (« Overdose Awareness Day »). De fait, le pays s’est résolument engagé dans une démarche de réduction des risques, initiée dès les années 1980. Comme partout ailleurs, le premier réflexe de cette grande nation a été d’encadrer les consommations de drogues par des politiques sécuritaires et répressives. Avant de faire marche arrière, constatant l’inefficacité de cette approche sur le plan sanitaire.

Désormais, l’Australie fait figure de leader en matière de prise en charge des overdoses et, plus globalement, des addictions. Tous les ans, le Penington Institute, un établissement spécialisé dans l’addictologie, organise l’Overdose Day, car « il est temps de se souvenir, il est temps d’agir », selon le slogan de cette journée internationale (voir encadré). John Ryan, directeur de l’Institut, revient pour Pourquoi Docteur sur le modèle à l’australienne, sur son efficacité et ses limites.


Comment l’Australie s’est-elle engagée dans la voie de la réduction des risques ?

John Ryan : La première mesure qui vient à l’esprit concerne les programmes d’échanges de seringues (PES) à l’échelle nationale. Les preuves de l’efficacité des PES dans la prévention du VIH et de l’hépatite C sont irréfutables. Ces programmes réduisent les risques de transmission de virus par le sang, font baisser la mortalité et améliorent la qualité de vie.
En Australie, la prévalence du VIH parmi les injecteurs se situe aux alentours de 1 %, alors que dans d’autres pays, cette prévalence atteint plus de 50 %. Les PES génèrent un important retour sur investissement : pour chaque dollar dépensé, 27 dollars de soins et de coûts liés sont économisés.

Par ailleurs, sous le Premier ministre conservateur John Howard, l’Australie a réalisé des efforts importants pour extraire les consommateurs du système de justice pénale. Ces actions ont été initiées parce que le gouvernement a été frappé par l’échec du système judiciaire en matière de gestion des addictions.

Enfin, depuis le début de l’année 2016, le gouvernement australien prend presque intégralement en charge le coût élevé des nouveaux traitements contre l’hépatite C (les nouveaux antiviraux à action directe, ou NAAD). Ces fonds sont destinés à toute la population, y compris aux personnes qui s’injectent des drogues.

 

Existe-t-il encore des réticences à traiter l’addiction comme une maladie ?

John Ryan : Il est toujours très difficile d’adopter des approches sensées et fondées sur des preuves scientifiques quand il s’agit de drogues. Certaines personnes se cantonnent à soutenir la « guerre contre les drogues », qui a pourtant montré son incapacité à freiner l’accès aux substances et sa propension à exacerber les dommages liés à la consommation de drogues.
D’ailleurs, l’Australie demeure un pays majoritairement fondé sur la « guerre contre les drogues » et nous observons toujours des dégâts importants liés à la consommation de drogues comme la crystal méthamphétamine.

Il y a encore un travail considérable à réaliser pour faire en sorte que les professionnels de santé répondent aux besoins de la communauté en matière d’usage de drogues. Il existe toujours une pensée selon laquelle le système judiciaire est apte à gérer ces problématiques qui sont fondamentalement sanitaires. De nombreuses barrières freinent l’accès aux soins ; nos dépenses budgétaires restent fortement concentrées sur le contrôle du trafic.

Certes, il y a une prise de conscience croissante de la communauté et des services de police selon laquelle on ne règlera pas ce problème à grands coups d’arrestations. Mais la société a peur des problématiques liées à l’usage de drogue et les changements significatifs restent compliqués à réaliser.
Toutefois, la profession médicale s’engage de plus en plus sur le terrain de l’addition. Le gouvernement australien actuel a reconnu en 2015 la nécessité d’une rémunération spécifique pour les spécialistes de l’addiction. C’est un pas important pour la généralisation de la prise en charge de l’addiction.


Comment se déroule la prise en charge des overdoses au Penington Institute ?

John Ryan : Nous avons un programme baptisé COPE (Community Overdose Prevention and Education). Ce programme a pour objectif d’élargir l’accès à la Naloxone auprès des témoins potentiels d’overdoses, à travers une approche éducationnelle et une « formation des formateurs ».

Nous fournissons également une série de conseils ciblés pour réduire les risques d’overdoses. Par exemple, nous préconisons de ne pas mélanger d’alcool avec d’autres drogues, ou plusieurs drogues ensemble. Nous incitons aussi les usagers à connaître les dosages exacts de leurs médicaments. Une étude récente parue dans le Medical Journal of Australia a montré que l’augmentation des overdoses de méthotrexate, un médicament soumis à prescription, était liée au fait que les patients prenaient le traitements tous les jours, au lieu de toutes les semaines.

Par ailleurs, nous incitons les consommateurs à prendre conscience des changements de tolérance qui peuvent survenir dans leur organisme, notamment après une période de sevrage, mais aussi des variations de dosages et de pureté des substances. Enfin, nous fournissons d’autres conseils pratiques, comme par exemple de ne pas se droguer seul ou dans un environnement non familier, où on ne peut appeler à l’aide.

 

Overdose Day : du barbecue à la Journée Internationale

Dans les années 1980-1990, l’Australie a dû faire face à un afflux massif d’héroïne, qui s’est traduit par une hausse spectaculaire des overdoses. Cela a conduit une travailleuse médico-sociale, Sally Finn, à organiser dans le début des années 2000 un petit barbecue pour inciter ses patients et les autres professionnels de santé à commémorer les personnes décédées pendant cette épidémie.

L’événement a pris de l’ampleur, à tel point que Sally Finn ne pouvait continuer à s’occuper de son organisation, devenue trop lourde. Le petit barbecue s’est ainsi mu en un rendez-vous international, l’Overdose Awareness Day. Son slogan : « Time to remember, time to act » (il est temps de se souvenir, il est temps d’agir).
Sally Finn s’est alors tournée vers l’Institut Penington pour qu’il continue d’organiser cette journée. « Elle est venue nous voir car elle a estimé que nous étions (et que nous sommes toujours) un établissement dont le cœur de la mission repose sur le respect de la dignité humaine », explique John Ryan, directeur de cet Institut.

Plusieurs associations et structures  françaises, comme la Fédération Française d'Addictologie, se sont associées à ce rendez-vous international. Pour son président, le Pr Amine Benyamina, « cette journée vise à sensibiliser le public, et en particulier l'entourage des usagers de drogues, ainsi que les professionnels de santé à ce risque en recrudescence. »

 

 

 

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