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QUESTION D'ACTU

Région viticole de Sauternes

Pesticides : cas de cancers pédiatriques dans une commune viticole de Gironde

Un excès de cas de cancers a été constaté chez des enfants vivant dans une commune viticole de Gironde. Bien que non confirmé, un lien avec une exposition aux pesticides est soupçonné.

Pesticides : cas de cancers pédiatriques dans une commune viticole de Gironde 20 MINUTES/LIBERT/SIPA

  • Publié 14.08.2015 à 20h29
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A Preignac, petite commune girondine de 2 151 habitants, une question hante certains esprits. Les cancers constatés chez des enfants de l’école élémentaire, située au milieu des célèbres vignes du Sauternes, ont-ils un lien avec les pesticides qui servent à la viticulture locale ?

Des taux de cancers multipliés par six

C’est qu’il y a de quoi s’interroger. Un rapport publié sur le site de l’InVS (Institut National de Veille Sanitaire), en plein mois d’août et deux ans après sa rédaction, confirme certains soupçons émis par des habitants de la commune : oui, il existe bel et bien un excès de cancers pédiatriques dans la zone chez des enfants ayant fréquenté l'école primaire.

Cet excès, l’agence nationale le qualifie de « léger ». Il n’empêche : on dénombre 9 cas de cancer chez des enfants de Preignac et des communes limitrophes, dont 8 depuis 2000, là où il n’aurait dû y en avoir que 5,7. « Si l’on ne retient que les cancers pouvant être liés à une exposition aux pesticides, c'est-à-dire les hémopathies malignes et les tumeurs cérébrales, on observe au cours des 14 dernières années 3 cas de cancer à Preignac contre 0,5 attendu et 6 cas dans la zone de Preignac contre 3,6 attendus ».


Description des cas par classe d’âge, date de diagnostic et type de cancer. Preignac et communes limitrophes, 1990-2012 - InVS

 

« Les épandages ont lieu pendant la récréation… »

En 2012, le maire de l’époque, Jean-Pierre Manceau, s’est alarmé de ce « léger » surplus, « en discutant avec une institutrice sur les cas de cancers survenus dans l’école », raconte-t-il. Il saisit alors l’ARS (Autorité Régionale de Santé) d’Aquitaine ; l’InVS mène son investigation. Dans ses conclusions en demi-teinte, le lien avec une exposition aux pesticides n’est ni exclu, ni confirmé.

Jean-Pierre Manceau, lui, a peu de doutes sur la question. « Les épandages de pesticides ont lieu jusqu’à cinq ou six fois par an, parfois pendant les heures de récréation, soupire l’élu. A l’époque, nous avions essayé d’obtenir des viticulteurs qu’ils modifient les horaires d’épandage ». Une parcelle d’un hectare et demi longe le muret du bâtiment, à moins d’un mètre de l’école. La mairie souhaite la racheter afin d’arracher la vigne, rapporte France 3 Aquitaine.

L’été dernier, le préfet de Gironde a dû prendre des mesures. Un événement a choqué l’opinion : dans une école de Villeneuve-de-Blaye (Gironde), 23 élèves ont été pris de malaises et de nausées après des épandages sur les parcelles bordant l’établissement. Désormais, sauf cas dérogatoires, il est interdit de pulvériser dans le département des produits phytosanitaires à moins de 50 mètres des écoles, les jours de classe.

Des pesticides dans les cheveux

A Preignac, comme ailleurs, rien n’est plus difficile que de déterminer le lien entre l’émergence des cancers et l’exposition aux pesticides. L’enquête de l’InVS précise qu’aucune mesure n’a été réalisée dans l’air de la commune, bien que « des études réalisées sur d’autres communes viticoles de la Gironde ont montré la présence de pesticides dans l’air ambiant (notamment des fongicides) en période d’épandage, à proximité des parcelles de vignes », peut-on lire. Néanmoins, les rapporteurs, que Pourquoi Docteur n’a pu joindre en cette période de congés, ne jugent pas « pertinente » la poursuite d’investigations plus approfondies, en raison de difficultés d’ordre « méthodologique ».

« De fait, la méthode épidémiologique utilisée pour cette investigation n’est pas appropriée pour appréhender une situation locale comme celle-ci, explique-t-on au bureau parisien de Générations Futures. Elle permet seulement de rappeler des constats généraux issus de la littérature ». En 2013, l’association a elle-même mené une enquête dans les vignobles de Listrac-Médoc, et mesuré les niveaux de pesticides dans les cheveux des salariés viticoles et des riverains. Des quantités onze fois supérieures à la normale ont été retrouvées.

« On en a vu, ici, des gens mourir… »

Le sujet est délicat, dans une région dominée par sa viticulture, avec ses 7 000 propriétés viticoles en Gironde, dont 180 dans le Sauternes. « Personne ne souhaite que cela sorte, affirme Jean-Pierre Manceau. Les viticulteurs sont tout puissants, les gens ne veulent pas d’histoire. Cela a embêté beaucoup de monde, que je saisisse les autorités… pour une enquête qui, au final, n'aboutit qu'à des soupçons ».

Il existerait pourtant une vraie pression de la part de la population pour que cessent les épandages intempestifs. « Les gens sont obligés de relaver le linge qui sèche dehors parce qu’il pue les pesticides ; l’été, ils ne peuvent plus manger dans leur jardin. Lors des épandages, les viticulteurs ont une combinaison intégrale. Nous, nous n’avons rien », dénonce-t-il encore.

Ses inquiétudes ne portent d’ailleurs pas seulement sur les enfants. Car les adultes aussi sont exposés aux risques induits par les produits phytosanitaires. « Il y a une concentration étonnante de cancers de la prostate dans les environs, observe-t-il. On se pose beaucoup de questions ». Dans sa revue de littérature, l’InVS rappelle le lien fort entre l’exposition aux pesticides et ce type de pathologie. L’élu conclut, tristement : « On en a vu beaucoup, ici, des gens mourir de cancer… »

 

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