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QUESTION D'ACTU

Désordres psychologiques

Adolescents : les psychothérapies d’abord

À l’adolescence, rien n’est encore figé, il est donc primordial d’empêcher qu’un trouble devienne chronique. En privilégiant, les approches non médicamenteuses.


  • Publié 21.09.2012 à 17h37
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Chez les jeunes souffrant de troubles mentaux, les risques potentiels liés aux médicaments psychotropes sont encore plus importants que chez les adultes. C’est pourquoi la prudence est de mise. Dans la dépression par exemple, depuis qu’une méta-analyse publiée dans JAMA en 2007 a montré une légère augmentation des idées suicidaires chez les jeunes traités par antidépresseurs, leur prescription chez les enfants et les adolescents doit se faire en deuxième intention seulement, après une psychothérapie. « Des études ultérieures, réalisées dans différents pays (Etats-Unis, Angleterre, Chine, Inde…) ont montré des résultats contradictoires, le débat n’est donc pas tranché.
Mais il vaut mieux réserver les antidépresseurs aux dépressions sévères », estime Bruno Falissard psychiatre, directeur de l’unité Inserm Trouble du comportement alimentaire de l’adolescent. Par ailleurs, le recours aux somnifères et aux anxiolytiques doit rester ponctuel, car ils ont un impact négatif sur le plan cognitif (mémoire, concentration…).

Le soin adapté à la personne
Dans le service de psychiatrie de l’adolescent et de l’adulte jeune de l’Institut mutualiste Montsouris à Paris, dirigé par Maurice Corcos, les médicaments sont prescrits sans précipitation à doses minimales efficaces, avec, à terme, l’essai de « fenêtres thérapeutiques », périodes où l’on fait une pause. Les psychothérapies restent toujours la pierre angulaire du traitement. « Nous sommes pragmatiques et utilisons ce qui fonctionne : thérapies psychanalytiques ou cognitivo-comportementales, mais aussi thérapies familiales et psychodrame psychanalytique - jouer ce que l’on ne peut pas dire. Nous ne traitons pas seulement un symptôme, mais une personne dans sa globalité et ses différentes configurations, et faisons au maximum appel à ses ressources internes. Une séparation temporaire avec la famille peut être proposée, pour mieux permettre les retrouvailles une fois le temps de la crise passé, mais en aucun cas un isolement, car les parents sont des alliés thérapeutiques indispensables », souligne le psychiatre.

La moitié des patients hospitalisés dans son service souffre d’anorexie mentale, une pathologie particulièrement difficile à gérer, qui peut mettre la vie en danger. Dans les formes sévères, les thérapies familiales ont montré un intérêt particulier. Une étude réalisée par Nathalie Godard, portant sur 60 jeunes filles - de 13 à 21 ans - hospitalisées et leurs familles, a montré qu’au terme des 18 mois de l’étude, celles qui ont suivi une thérapie familiale en plus des soins habituels (hospitalisation, médicaments, psychothérapie…) se portent mieux que celles qui ont eu un parcours de soins classique. « Elles sont deux fois plus nombreuses à être sorties du stade critique en termes de poids, un bénéfice qui semble se maintenir à cinq ans, se réjouit la chercheuse. Par ailleurs, comme les jeunes anorexiques sont souvent des personnalités perfectionnistes et obsessionnelles qui manquent de flexibilité, Sylvie Berthoz, qui a travaillé avec nous, va bientôt mener une étude sur l’apport de la remédiation cognitive, pour les aider par exemple à avoir une vue synthétique plutôt que de se focaliser sur les détails. »

Prévenir les troubles chroniques
Enfin, plusieurs études s’intéressent au devenir des adolescents et jeunes adultes qui ont souffert de troubles du comportement alimentaire. L’une d’elles a porté sur une cohorte de 1 000 patients anorexiques ou boulimiques recrutés pendant vingt ans, évalués à l’entrée et à la sortie de l’hôpital Sainte-Anne à Paris, sous la direction de Frédéric Rouillon. Après dix ans de suivi, la mortalité parmi les patients anorexiques était 10 fois plus élevée que dans une population du même âge, du fait des conséquences de la dénutrition, de complications cardiaques ou de suicide. Celle des patients boulimiques était 5,5 fois plus élevée, la première cause étant le suicide. D’où l’importance d’une prise en charge précoce et d’un suivi d’au moins un an au-delà de la disparition des troubles, pour éviter qu’ils deviennent chroniques. Même si c’est loin d’être systématique : d’après une revue de la littérature publiée en 2002, deux tiers des patients s’en sortent bien et ne garderont pas de séquelles significatives à l’âge adulte.

La prise en charge de ces troubles progresse petit à petit, en particulier grâce aux recommandations de la Haute Autorité de santé parues fin 2010, qui ont mis l’accent sur cette nécessité, notamment sur la prise en charge des conséquences physiques. Egalement grâce à une sensibilisation accrue des différents acteurs impliqués (médecins généralistes, médecins scolaires, associations…) et au développement de réseaux de soins et de centres experts TCA (troubles du comportement alimentaire). La création des Maisons des adolescents. sur l’ensemble du territoire français contribue, elle aussi, à augmenter les ressources disponibles, non seulement pour les TCA, mais aussi pour les autres troubles psychiques (ou physiques) des adolescents.


 Références
J. A. Bridge et al. JAMA 2007 ; 297 : 1683-96
N.Godart et al. PLoS ONE, janvier 2012, vol 7 (1), e28249
Intérêt de la thérapie familiale dans la prise en charge de l'anorexie (communiqué de presse 28 juin 2012)


Sciences et Santé, le magazine de l'Inserm

 


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