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Douleurs articulaires : elles ne sont pas toutes liées à l'arthrose
Douleurs articulaires : elles ne sont pas toutes liées à l'arthrose
Publié le 20.03.2019
Douleurs articulaires : elles ne sont pas toutes liées à l'arthrose
©123RF-kazoka30

Les douleurs articulaires sont fréquentes (1 français sur 3), en particulier lors du vieillissement, où elles sont souvent attribuées à l’arthrose, mais une enquête doit toujours être soigneusement menée afin d'en identifier la cause.

Douleurs articulaires : CAUSES

A quoi sont dues les douleurs articulaires ?

Différents processus peuvent affecter les composants d’une articulation et donner des douleurs articulaires.

• Après un traumatisme, les douleurs d’une articulation sont le plus souvent dues à une entorse ou à une rupture ligamentaire, mais elles peuvent aussi être dues à une « fracture articulaire », c’est-à-dire une fracture qui touche les surfaces de glissement des pièces osseuses de l’articulation et qui compromet l’avenir de cette articulation.
Dans certain cas, il s’agit d’une simple contusion du cartilage liée à un choc direct, mais cette contusion peut être secondairement à l’origine d’une « chondropathie », qui peut faire le lit de l’arthrose.
L’avis rapide d’un médecin est indispensable, de même que l’intérêt d’une exploration radiologique.

• En contexte d’infection, de plaie infectée ou de fièvre, il faut absolument penser à une infection de l’articulation. Cette infection articulaire est liée, soit à une bactérie (arthrite bactérienne à streptocoque ou à staphylocoque essentiellement), soit à un virus (arthrite virale avec un virus de la grippe, de l’hépatite, un Parvovirus B19, un virus de la dengue ou le Chikungunya).
L’arthrite bactérienne est une urgence médicale : il faudra isoler le germe responsable, le plus souvent au moyen d’une ponction de l’articulation avec analyse bactériologique du liquide articulaire, puis laver et immobiliser l’articulation en plus la prescription d’un traitement antibiotique adapté sur le germe isolé lors de la ponction articulaire.

• Un tableau très proche de l’arthrite infectieuse est celui de l’arthrite à microcristaux, dont la goutte est le représentant le plus connu. La réaction brutale et très inflammatoire de l’articulation est liée à un dépôt de « microcristaux d’acide urique » dans l’articulation, en cas « d’hyperuricémie ». La goutte est une affection familiale liée à un défaut d’élimination de l’acide urique et elle peut toucher les hommes et les femmes du milieu de la vie. 
Mais chez le sujet plus âgé, il existe une « pseudo-goutte », ou « chondrocalcinose articulaire aiguë » ou CCA, qui est liée, elle, à la présence de cristaux de « pyrophosphate de calcium » dans l’articulation. Les cristaux sont retrouvés dans le liquide articulaire prélevé lors de la ponction articulaire et les radiographies des poignets, des genoux et des hanches révèlent des images de « calcifications » des cartilages articulaires et des ménisques. On peut en rapprocher les arthrites survenant lors d'une surcharge en fer ou « hémochromatose » (qui peut elle-même s'associer à une chondrocalcinose articulaire)

• Un rhumatisme inflammatoire se traduit par des douleurs inflammatoires, c’est-à-dire nocturnes et réveillant le malade en deuxième partie de nuit avec un enraidissement articulaire matinal (dérouillage matinal).
Il existe de nombreux types de rhumatisme et c’est la répartition des atteintes articulaires qui orientera vers la polyarthrite rhumatoïde, qui touche préférentiellement les petites articulations des mains et des pieds, ou vers d’autres rhumatismes comme la spondylarthrite, qui touche des articulations plus proximales des membres et la colonne vertébrale. Le rhumatisme psoriasique touche néanmoins, à la fois les petites articulations distales des mains (mais plutôt les inter-phalangiennes distales) et la colonne vertébrale.
• Dans certaines circonstances, après un traumatisme ou une chirurgie, mais parfois sans raison (en particulier chez le diabétique), peuvent apparaître des douleurs mixtes d’une articulation et de son environnement, avec douleurs diurnes et nocturnes, augmentées à l’effort et au simple effleurement. Il peut s’agir d’un « Syndrome Douloureux Régional Complexe », anciennement appelé « algoneurodystrophie ». Il s’agit d’un dérèglement du système nerveux qui contrôle normalement, et de façon inconsciente, les différentes adaptations nécessaires de la circulation sanguine et lymphatique dans la vie quotidienne.

• Rarement, une tumeur osseuse, ou une métastase osseuse, peut se révéler par une douleur articulaire, en particulier si elle est localisée au contact de l’articulation.
Dans certains cas, il peut s’agir d’un « syndrome paranéoplasique », c’est à dire qu’une tumeur, située à distance de l’articulation, va sécréter des substances à l’origine d’un œdème inflammatoire et de douleurs des mains essentiellement.

• Dans certaines population, il faut évoquer une maladie périodique peut être responsable d’une atteinte d’une seule articulation, en particulier le genou ou la cheville. Il s’agit d’une maladie familiale touchant surtout les juifs sépharades et qui commence presque toujours avant 20 ans. De la même façon, un saignement articulaire peut se voir au cours des anomales familiale de la coagulation comme l'hémophilie.

• Enfin, certains médicaments peuvent provoquer des douleurs des articulations. C’est le cas des anti-aromatases, dans le cancer du sein et, plus rarement, des médicaments contre le cholestérol (statines qui donnent surtout des myalgies).

• Lorsque la douleur est nettement aggravée par l’effort et calmée par le repos, il s’agit d’une douleur « mécanique » qui correspond le plus souvent à une arthrose, après un traumatisme chez le sujet jeune, ou d’origine familiale chez le sujet âgé.
Chez le sujet jeune, en effet, l’arthrose n’est pas si rare et elle peut être liée à une lésion du cartilage après un choc direct (chondropathie post-traumatique) ou à une lésion d’un ménisque dans le genou.
A noter que lors des poussées inflammatoires, la douleur d’arthrose peut adopter un caractère plus matinal, voire nocturne, mais généralement, l’aggravation de la douleur à l’effort est le caractère le plus patent.

• Plus anecdotiques sont les arthrites à corps étranger, par exemple après piqûre d’oursin ou piqûre d’une épine végétale. Il faut cependant les rechercher systématiquement en cas de mono-arthrite car seul le retrait du corps étranger permettra la disparition de la réaction inflammatoire à corps étranger qui provoque l’arthrite inflammatoire.

Avec quoi peut-on confondre une douleur articulaire ?

Il est facile de confondre une douleur articulaire avec une douleur liée à l’atteinte des structures qui entourent l’articulation (douleurs péri-articulaires) comme les tendons des muscles qui s’attachent sur l’os autour de l’articulation, les bourses qui séparent et protègent les structures les unes des autres (« bursites ») ou les muscles. Celles-ci sont plus fréquentes dans certaines articulations (épaules, coudes, hanches) mais elles peuvent s'y associer.
Une atteinte de l’os sous l’articulation peut donner une douleur articulaire exagérée par le mouvement et partiellement calmée par une immobilisation de l’articulation liée à la douleur. Cela se voit chez l’adulte au cours des ostéonécroses qui sont des infarctus de l’os, notamment à la hanche, au genou et aux épaules. Le diagnostic en est difficile car la radiographie reste normale pendant quelques semaines. Il peut également s’agir d’une infection de l’os, ou ostéite aiguë, en particulier chez l’enfant, mais le siège de la douleur est plutôt sous l’articulation de l’os, dans la région métaphysaire (qui est la jonction entre l’articulation et la partie longue de l’os, ou diaphyse).
Dans certains cas, ce sont des dépôts de microcristaux autour des articulations qui peuvent donner une pseudo-arthrite. C’est par exemple le cas dans la maladie des calcifications tendineuses multiples, qui se manifeste pas des douleurs aiguës des articulations, comme une pseudo-goutte, mais sans atteinte articulaire proprement dite.
Certains rhumatismes inflammatoires sont en réalité des atteintes péri-articulaires. Il en est ainsi de la « pseudopolyarthrite rhizomélique », ou PPR, qui est en réalité une inflammation des vaisseaux sanguins des muscles, ou « vascularite », et qui donne des douleurs inflammatoires avec une raideur matinale prédominant à la racine des membres (prédominance « rhizomélique »). Dans certains cas, la PPR peut s’associer à une atteinte inflammatoire des artères issues de la partie proximale de l’aorte (« maladie de Horton »).
Mais il faut aussi se méfier des douleurs d’origine neurologique qui peuvent se projeter au niveau d’une articulation. La douleur « projetée » est liée à des particularités de l’innervation neurologique, et c’est aussi un piège classique pour les médecins. C’est souvent le cas à l’épaule où une douleur d’irritation de la 5ème racine cervicale au cou se projette au niveau du moignon de l’épaule, mais on voit aussi des douleurs de la région de l’épaule en cas de tumeur du sommet du poumon ou même d’un épanchement de liquide dans le bas de l’enveloppe qui entoure le poumon (la plèvre). A noter, qu’une irritation de la racine nerveuse de la 3ème lombaire ou une souffrance de la partie antérieure de l’articulation de la hanche peut se projeter et s’exprimer uniquement au niveau de la région de la face antérieure du genou.
Enfin, un piège classique au pied et au membre inférieur chez le sportif, ou la personne qui reprend un entraînement sportif, est la fracture de fatigue, qui parfois siège près de l'articulation. Le diagnostic en est difficile car la radiographie reste normale pendant quelques semaines et c'est l'IRM qui fera le diagnostic. De la même façon, certaines maladies métaboliques osseuses (hypovitaminose D, hyperparathyroïdie) sont responsable de fractures de fragilité qui peuvent se manifester sous forme de micro-fissures au bassin ou à la hanche.

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