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QUESTION D'ACTU

Phase de déshabillage, absence de protection...

Ebola : comment les agents de santé se contaminent

L'OMS estime qu’environ 10 % des victimes d'Ebola en Afrique sont des agents de santé. De son côté, MSF prétend que ses volontaires sont en sécurité. Alors, où sont les failles ?

Ebola : comment les agents de santé se contaminent Christopher Black/AP/SIPA

  • Publié 23.09.2014 à 11h04
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L’infirmière française de Médecins sans frontières (MSF) de 29 ans contaminée au Liberia par le virus Ebola a été rapatriée dans l'Hexagone (Hôpital Bégin, 94), et prise en charge par les autorités sanitaires. Placée sous traitement expérimental, cette première victime française de l'épidémie était arrivée quelques semaines plus tôt au centre de traitement de MSF dans la banlieue de Monrovia. Elle était au contact des malades mais bénéficiait, bien sûr, de combinaisons de protection. Mais la manière dont elle a été contaminée n'a pas été dévoilée.
Différents scénarios sont possibles pour expliquer la contamination de nombreux soignants.

Combinaisons : un déshabillage crucial
« En fait, les tenues de protection qui sont utilisées sont vraiment suffisantes, même si on n'a pas beaucoup de marge de manoeuvre avec. Elles sont le "minimum syndical" pour apporter des soins aux patients sans se contaminer », confie à pourquoidocteur le Dr Sylvain Baize qui a découvert le premier la souche « Zaïre » d'Ebola.
Comme l'explique ce chercheur lyonnais, cet équipement fonctionne en temps normal « face à de petites épidémies où il n'y a pas beaucoup de patients. » Un cas de figure qui ne correspond pas à celui de l'épidémie actuelle d'Ebola en Afrique de l'Ouest où les équipes sont dépassées face au flux incessant de malades.
Une situation à haut risque car, face au virus Ebola, la moindre erreur est fatale. « Comme les gens sont fatigués, cette probabilité est beaucoup plus grande. Ainsi, comme il y a des erreurs il y a des contaminations », rajoute ce chercheur de l'Institut Pasteur.

Celles-ci se produisent le plus souvent lors de la phase de déshabillage.  « C'est souvent quand elles enlèvent la tenue contaminée que les personnes contractent le virus Ebola », confie le Directeur du Centre National de Référence (CNR) des Fièvres Hémorragiques Virales de l'Institut Pasteur à Lyon.
Pour lui, les volontaires en Afrique de l'Ouest travaillent donc dans des conditions où le risque zéro n'existe pas. A titre de comparaison, il raconte les conditions de haute sécurité d'un laboratoire P4 en France, où les chercheurs peuvent procéder à des analyses et stocker des micro-organismes de classe 4, c'est-à-dire très virulents (comme le virus Ebola ou la variole).

Ecoutez le Dr Sylvain Baize, chercheur de l'Institut Pasteur :  « Quand on travaille dans un laboratoire P4, on a plusieurs couches de protection. Eux, en Afrique de l'Ouest, c'est une protection et point barre. Ca suffit mais c'est juste. »



Des équipements adaptés au niveau de risque
Face à ce risque de contamination, l'association humanitaire MSF martèle qu'elle prend toutes les mesures de protection possibles. « Déjà avant de partir sur le terrain, nos volontaires ont une formation de deux jours au centre MSF de Bruxelles (Belgique). Ensuite, les soignants et les non-soignants vont avoir un protection plus ou moins importante en fonction du travail qu'ils vont faire sur place », souligne Brigitte Vasset, directrice adjointe du département médical de MSF.
Par exemple, dans le centre de traitements auprès des malades confirmés, c'est « "la tenue de cosmonaute", c'est-à-dire le scaphandre », explique-t-elle. Pareil pour ceux qui s'occupent des cadavres et des enterrements.
Mais quand les volontaires vont voir une personne dans un village, ils s'équipent petit à petit en fonction de ce que leur disent la famille et les voisins sur le cas suspect. D'abord un masque, des gants, puis le scaphandre avant de rentrer dans la maison du malade.

Tous les combinaisons usagers sont brûlées
Sur le scaphandre lui-même, Brigitte Vasset assure qu'il est efficace. Elle précise que l'important, c'est de n'avoir aucun morceau de peau (surtout les mains, les muqueuses ou les yeux), susceptible de recevoir des projections de liquides d'un patient. « C'est la phase de déshabillage qui est la plus délicate. Surtout qu'on met énormément de temps à enlever toutes les protections. Néanmoins, c'est pendant ces instants-là qu'il faut faire le plus attention », indique ce médecin humanitaire.


En pratique, les soignants sont toujours deux au contact du malade, pour être sûrs que l'autre ne fait pas d'erreur. Ensuite, celui qui n'a pas soigné surveille que l'autre retire correctement son équipement de protection. Et vice versa.
Ce protocole de déshabillage est très strict. D'abord la tenue ordinaire, puis le tablier, la surblouse, les deux paires de gants, la capuche, les lunettes, et enfin le masque. Le but : c'est de faire en sorte que la peau ne soit jamais en contact avec une partie souillée.
En raison de la chaleur à l'intérieur des combinaisons, les volontaires ne peuvent pas les garder plus de 45 minutes. Les équipes sur place doivent donc constamment veiller à ce que les volontaires qui ont trop chaud n'enlèvent jamais trop vite leur combinaison, au risque de se contaminer. 

Ecoutez le Dr Brigitte Vasset, directrice adjointe du département médical de MSF :  « Après utilisation, la majorité des combinaisons sont brûlées car elles sont à usage unique. Seuls les équipements en caoutchouc sont conservés mais désinfectés avec du chlore. »


Centres de traitements d'Ebola : la zone la moins à risque 
Enfin pour conclure, MSF tient à éclaircir les choses sur le risque réel de contamination en Afrique de l'Ouest. Pour le Dr Brigitte Vasset, il ne se situe pas dans les centres de traitement des malades où travaille l'association. Mais plutôt à l'extérieur de ces derniers. « Par exemple, quand on fait du triage de patients », dit-elle. Et cette dernière de rajouter que ce danger concerne essentiellement le personnel national (guinéen, sierra léonais, ou libérien) qui fait ce travail-là. Car dans ces lieux (centres de santé, hôpitaux, rue...), il n'y a pas forcément une attention majeure comme dans les centres de traitement et d'isolement des patients Ebola où tout le monde a la notion que les patients sont positifs à Ebola.
« Je tiens donc à rassurer tous les soignants et non-soignants (anthropologues, psychologues, sociologues, logisticiens, hygiénistes...) qui auraient envie de nous rejoindre. Nous les informerons sur toutes les consignes à respecter pour se protéger en fonction du lieu où ils seront amenés à travailler. Mais face à la pénurie de personnel qui nous guette, on a vraiment besoin d'eux en Afrique de l'Ouest », conclut Brigitte Vasset.

Ecoutez le Dr Sylvain Baize : « Tous les malades ne sont pas repertoriés et isolés comme d'habitude. Là-bas, des médecins font des enquêtes de terrain pour recenser les malades. Ceux-là n'ont pas toujours de protection donc ils se contaminent. »







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