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QUESTION D'ACTU

Etude publiée dans Pediatrics

Famille : quand les disputes entre enfants conduisent à la dépression

Selon une étude anglaise, être régulièrement victime d'intimidation par un frère ou une soeur augmenterait le risque de dépression à l'âge adulte. Pour éviter cela, les parents doivent agir au plus vite.

Famille : quand les disputes entre enfants conduisent à la dépression Henryk T. Kaiser / Rex /REX/SIPA

  • Publié 09.09.2014 à 10h30
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Être régulièrement victime d'intimidation par un frère ou une soeur pendant l'enfance augmenterait le risque de dépression à l'âge adulte. C'est ce qui ressort d'une étude de l'Université d'Oxford (Angleterre) publiée ce lundi dans la revue américaine Pediatrics. Pour parvenir à cette conclusion, les chercheurs ont envoyé des questionnaires à 7 000 enfants de douze ans afin de savoir s'ils avaient déjà été intimidés par leur frères ou leur sœur. Est-ce qu'ils avaient été victimes de remarques blessantes, de coups ou encore de rumeurs diffamatoires ?
La plupart d'entre eux ont dit qu'ils n'avaient jamais été victimes d'intimidation. Parmi ceux-ci, à 18 ans, 6,4 % avaient des scores de dépression cliniquement significatifs, 9,3 % de l'anxiété, et 7,6 % s'étaient infligés des blessures (automutilation) l'année précédent l'étude. 

Pour leur part, les 786 enfants qui avaient déclaré avoir été victimes d'intimidation par un frère plusieurs fois par semaine se sont révélés être deux fois plus susceptibles de souffrir de dépression, d'automutilation et d'anxiété que les autres enfants. Dans ce groupe, la dépression a en effet été rapportée par 12,3 % des sondés, les mutiliations par 14 %, et l'anxiété chez 16 % d'entre eux. 
Les filles étaient légèrement plus susceptibles d'être victimes d'intimidation que les garçons, surtout dans les familles où il y avait trois enfants ou plus. En moyenne, les victimes ont déclaré que l'intimidation avait commencé à l'âge de huit ans, selon l'étude. 
« Ce constat n'est pas étonnant car à cet âge les enfants sont particulièrement sensibles », confie le Dr Frédéric Kochman, pédopsychiatre à la Clinique Lautréamont de Loos (Nord) contacté par pourquoidocteur. Ce médecin explique aux parents comment différencier l'intimidation de la simple dispute.

Quand la dispute devient-elle maltraitance ?
Dr Frédéric Kochman : C'est le cas lorsque l'agressivité d'un frère sur un autre est répétée. Ici, on n'est pas juste dans une attaque une fois comme lors d'une récréation à l'école par exemple. Mais plutôt sur un processus répétitif, quasi quotidien qui change  bien évidemment la donne. Toute cette violence physique et psychique dans l'enfance agit comme des coups de boutoir sur un édifice psychique. C'est-à-dire sur toute la structuration de la personnalité qui à cet âge-là est encore fragile.

Pourquoi être victime d'intimidation à 8 ans est plus dangereux ?
Dr Frédéric Kochman : Autour de l'âge de huit ans, se jouent beaucoup de choses. La confiance en soi, son image. Aujourd'hui, dès huit ans, les enfants s'intéressent aux fringues de marque par exemple. A cette période, se créent des processus identitaires extrêmement importants qui peuvent être ébranlés par de la violence intra-familiale. Elle va engendrer une fragilisation de la personne maltraitée.
De plus, il y a une autre grille de lecture. Cette fois-ci sur le rôle du cerveau lors d'une situation de maltraitance. Dans ces moments-là d'agression, les zones amygdales cerebelleuses et l'hippocampe sont mises à mal. Et vers huit ans ce phénomène est d'autant plus néfaste que le cerveau est en totale ébullition sur le plan du neurodéveloppement car il découvre la vie. Du coup, à cette période, le cerveau va être plus sensible.  
Enfin, à cause de cette maltraitance, ces zones du cerveau vont devenir hypersensibles dans le futur. Et si plus tard un telle situation se répète, tout va se réveiller et le cerveau va se remettre en ébulliton. Puis au final, arrive la dépression à l'âge adulte. Mais ce n'est pas tout, sur le plan clinique ces enfants peuvent aussi développer un trouble de stress post-traumatique (TSPT).

Que doivent faire les parents ?
Dr Frédéric Kochman : Ils doivent être extrêmement vigilants car un enfant intimidé au sein d'une famille peut être fragilisé toute sa vie vis-à-vis de la dépression. La prévention est avant tout primaire. Il s'agit du rôle éducatif des parents de calmer les choses entre les enfants. Les parents doivent sans cesse rappeler qu'entre frères et soeurs ce qui doit prédominer c'est l'entraide, la solidarité, l'affection, et non pas des coups de boutoir agressifs. Ils doivent éviter que leurs enfants rentrent dans une relation dominé/dominant.
Le deuxième point c'est que les parents doivent surveiller l'enfant plus tard. Il doivent repérer des choses qui ressemblent à ce que l'enfant a subi à la maison. Par exemple, s'ils voient qu'à l'école l'enfant est victime de harcèlement, cela doit les alerter. Car si cet état de dominé se répercute aussi en dehors du foyer, cela augmente encore le risque de dépression. Elle se manifeste par un changement d'humeur marqué, une irritabilité soudaine, et un isolement constant. 

Enfin, le risque est-il moins important lorsque les deux enfants s'intimident mutuellement ?
Dr Frédéric Kochman : Dans ce cas-là, c'est un peu moins dangereux. Car celui qui est à risque de dépression c'est avant tout la victime. Quand le frère plus jeune ne se laisse pas faire, c'est un facteur qui va limiter ce risque. Même si le risque existe toujours. Ainsi, l'idéal, c'est tout de même de réussir à arrêter l'agressivité entre eux.
Surtout que c'est tout à fait possible de recréer un lien entre frères et soeurs. Notamment par la thérapie interpersonnelle (TIP) dans laquelle on va travailler tout ce qui est une souffrance psychique due à un problème entre personnes.
Ici, on va travailler par un processus de jeux de rôle ou d'analyse de la communication. On peut ainsi réparer des liens qui étaient distendus. D'ailleurs, dans la vraie vie, on peut voir des cas de fratrie qui ne s'entendaient pas dans l'enfance et qui sont devenues par la suites des familles très solides.

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