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QUESTION D'ACTU

Entretien avec le Dr Baize, découvreur de la souche « Zaïre »

Ebola : "L'épidémie est repartie avec une ampleur inquiétante"

Pour le Dr S. Baize, qui a découvert la souche de virus Ebola qui sévit actuellement, le risque de propagation à des pays africains limitrophes est inquiétant. En revanche, la menace d'une épidémie en France est « très faible ». 

Ebola : \ Michael Duff/AP/SIPA

  • Publié 12.08.2014 à 07h30
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Les chiffres sont sans appel. Depuis mars 2014,  1 603 cas et 887  décès ont été rapportés à cause de l'épidémie de fièvre hémorragique liée au virus Ebola (souche « Zaïre ») qui sévit toujours en Afrique de l'Ouest. Face à ces chiffres qui augmentent tous les jours, l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) n'hésite plus à marteler fréquemment qu'il s’agit de « la plus importante épidémie liée au virus Ebola » jamais rapportée dans la région. En effet, après avoir touché la Guinée, la Sierra Leone et le Libéria, l'épidémie s'étend depuis peu au Nigéria, le pays le plus peuplé d'Afrique. Contacté par la rédaction de pourquoidocteur, le Dr Sylvain Baize (1) qui a découvert le virus le premier dans son laboratoire lyonnais, confie son étonnement sur l'ampleur de l'épidémie actuelle. 

Etes-vous surpris par l'ampleur de cette épidémie d'Ebola ?
Dr Sylvain Baize
: Oui, effectivement, j'ai été un peu surpris de l'ampleur avec laquelle l'épidémie est repartie. Quand on était fin avril-début mai, j'avais bon espoir que l'épidémie soit endiguée puisqu'on avait plus de cas au Libéria, et très peu en Guinée (plus à Conakry). Le soucis a été qu'il restait quelques foyers pas vraiment contrôlés dans la zone de  Guéckédou (Guinée). Ensuite, il a suffi de 2 ou 3 patients qui n'ont pas été découverts à temps pour relancer l'épidémie. Et la proximité avec les frontières du Libéria et de la Sierra Leone a fait que le virus a pu se propager très rapidement en dehors des frontières guinéennes.


Pourquoi l'épidémie est à présent "hors de contrôle" selon MSF ? 
Dr Sylvain Baize :
A partir du moment où elle est repartie, elle s'est vite disséminée partout dans différents pays . Le temps que les interventions aient lieu en Sierra Leone et au Libéria, elle s'était déjà énormément étendue avec des foyers un peu partout en Afrique de l'Ouest.
Ensuite, il est très compliquée de suivre tout ça. Comprenez, si vous avez par exemple dix malades, ça veut dire que derrière vous avez dix fois plus de contacts à suivre qui sont potentiellement en train d'incuber la maladie. Il faut une logistique humaine et matérielle énorme pour suivre tous ces cas contacts et les isoler dès qu'ils sont malades. On est vite débordé par les évènements. Quand l'épidémie était restreinte en Guinée, il y avait déjà 1 000 contacts à suivre. Imaginez aujourd'hui à combien on est... C'est hallucinant.
Du coup, contrôler une épidémie quand elle est à ce point dispersée, c'est extrêmement compliqué. Surtout dans ces pays où il y a peu de structures de soins, et où les routes sont difficiles d'accès. C'est un vrai challenge !



Etes vous inquiet pour l'Afrique ?
Dr Sylvain Baize : S'agissant de la situation en Afrique, je suis inquiet pour le contrôle dans les pays déjà touchés. Mais surtout inquiet sur le risque de propagation dans les pays limitrophes. A présent, il faut vraiment tout faire pour que le virus ne passe pas dans d'autres pays comme on l'a déjà vu au Nigeria récemment. En ce sens, les mesures de contrôle aux frontières sont bonnes car elles visent à limiter le risque d'introduction dans d'autres pays. D'ailleurs, c'est cette menace qui m'inquiète le plus aujourd'hui. Cela davantage que le risque de propagation dans les pays industrialisés.


Risque-t-on une épidémie en France ?
Dr Sylvain Baize : Concernant les risques d'une épidémie en France, je suis beaucoup moins inquiet. Et ma réponse ne variera pas par rapport au mois d'avril. Même si aujourd'hui la probabilité est plus forte qu'un patient infecté arrive en France, cette hypothèse de voir des foyers d'Ebola en France reste très faible.
Et si un patient infecté venait à atterir sur notre territoire, il serait sûrement pris en charge très rapidement. Car face à ce type d'épidémie, ce qui est le plus important c'est que tout soit mis en oeuvre pour qu'il n'y ait pas de transmission secondaire. Et en France, c'est le cas. Cela grâce à des mesures d'isolement très rapides des patients suspects qui sont heureusement très efficaces.
La France dispose en effet d'un réseau national d'hôpitaux qui sont vraiment très bien équipés. Enfin, la surveillance mise en place depuis le début de l'épidémie va elle aussi dans le bon sens. Bref, chez nous, tout est mis en place pour que cet éventuel cas isolé ne se transforme pas en épidémie.


(1) Responsable du centre national de référence (CNR) des fièvres hémorragiques virales au laboratoire P4 Pasteur-Inserm de Lyon

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