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QUESTION D'ACTU

Pas d'incidence sur la mortalité, surdiagnostic

Cancer du sein : des Français rejettent la polémique sur le dépistage

Selon une étude canadienne, faire une mammographie annuelle, dès 40 ans, ne permet pas de réduire la mortalité par cancer. En France, le dépistage organisé "ciblé" réduit de 21 % le nombre de décès.

Cancer du sein : des Français rejettent la polémique sur le dépistage WIDMANN PETER/TPH/SIPA

  • Publié 12.02.2014 à 20h05
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Une nouvelle étude canadienne publiée ce mercredi dans le British Medical Journal (BMJ) risque de relancer l'éternelle polémique sur le bien-fondé d'un dépistage systématique du cancer du sein. Des chercheurs de l'Université de Toronto viennent en effet de publier de nouvelles données sur l'intérêt d'un dépistage annuel du cancer du sein qui ne mettent pas en évidence de réduction de mortalité due à ce cancer sur un suivi de 25 ans, et confirment l'existence d'un surdiagnostic. Sauf qu'au Canada, et contrairement à la France, ont été dépistées des femmes dès 40 ans, annuellement, et durant à peine cinq ans.

Un dépistage dès 40 ans et sur cinq années ne réduit pas la mortalité 
En détails, cette étude a été réalisée au début des années 80 sur près de 90 000 femmes âgées de 40 à 59 ans, suivies pendant 25 ans. Elle montre que les femmes qui avaient subi des mammographies annuelles pendant cinq ans n’avaient pas moins de risque de mourir d’un cancer du sein que celles ayant seulement bénéficié d’un examen physique. Au bout de 25 ans, 500 décès étaient survenus chez les 44 925 femmes suivies par mammographies contre 505 décès chez les 44 910 femmes du groupe témoin.

Un surdiagnostic de 22 %
Par ailleurs, les tumeurs du sein détectées étaient plus nombreuses dans le groupe ayant bénéficié du dépistage, soit 3 250 au total contre 3 133 dans le second à la fin de l'étude. Mais ce déséquilibre était déjà net au bout de cinq ans, avec 666 cancers détectés chez les femmes sous mammographies contre 524 dans le groupe témoin, soit un "excédent" de 142 tumeurs, pour les chercheurs canadiens.
Cet "excédent" était encore de 106 tumeurs au bout de 15 ans, ce qui, selon les auteurs, "signifie que 22% des cancers diagnostiqués dans le premier groupe ont été surdiagnostiqués". Le surdiagnostic fait ici référence à la détection de très petites tumeurs qui n'auraient pas eu d'impact du vivant de la personne concernée.

En France, le dépistage réduit la mortalité de 21 %
Ces résultats canadiens sont-ils transposables en France ? Chez nous, chaque année, un tiers des 50 000 nouveaux cas de cancer du sein sont détectés grâce au dépistage organisé. En 2012 par exemple, 16 000 cancers ont été détectés dans le cadre du dépistage organisé.
L’Institut national du cancer (INCa) estime qu’il permet de repérer 90 % des cancers avant l’apparition des symptômes. Cette efficacité s’explique par la régularité des examens, tous les deux ans. Et pour l'Institut, la détection précoce réduit la mortalité due au cancer du sein.
"En 2012, d'après les chiffres de l'Inca, elle baisse de 15 à 21 %, soit 150 à 300 décès évités pour 100 000 femmes dépistées ", rapporte ainsi le Dr Daniel Serin, cancérologue à l'institut Sainte-Catherine (Avignon). Car le dépistage organisé est de qualité. Il suppose une seconde lecture systématique des clichés. Sur l’ensemble des cancers détectés, cette double lecture, spécificité du dépistage organisé, en a révélé 6 à 7% l'an dernier. Elle permet aussi de réduire le risque de sur-diagnostic à moins de 20 %, rapporte l'InCa

Ecoutez le Dr Daniel Serin : « A l'exception de cette étude canadienne, toutes les études mondiales montrent que le dépistage permet d'avoir des traitements plus faciles, et moins mutilants. Le pronostic des tumeurs est donc meilleur à long terme...»


Enfin, concernant les recommandations françaises qui conseillent aux femmes âgées de 50 à 74 ans d'effectuer un dépistage organisé tous les deux ans, là encore, le Dr Daniel Serin soutient, comme la majorité des cancérologues européens, que c'est le modèle le plus performant. Car avant 50 ans, la densité des seins impose aux radiologues d’utiliser une dose importante de rayons pour obtenir un cliché lisible, exposant ainsi les femmes jeunes à un risque plus important de cancer radio-induit. 
« C'est pourquoi il n'est pas recommandé aux femmes de moins de 50 ans sans facteur de risque particulier de faire des mammographies de dépistage », précise l’Inca. La Haute autorité de santé (HAS) cite de son côté des estimations très défavorables avec 16 cancers induits pour 13 cancers détectés pour 1000 femmes entre 40 et 44 ans et 27 cancers induits pour 24 cancers détectés pour 1000 femmes entre 45 et 49 ans.

Ecoutez le Dr Daniel Serin : « Avant 50 ans, le sein est beaucoup plus dense, et la mammographie n'a pas la même fiabilité. Lorsqu'on fait un dépistage avant 50 ans, le faux négatifs comme les faux positifs sont plus nombreux. »






 

 

 




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