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QUESTION D'ACTU

Fake news

NON ! L’aubergine ne soigne pas le cancer !

Des experts alertent sur la dangerosité d’une publication Facebook qui présente l’aubergine comme recette miracle au cancer

NON ! L’aubergine ne soigne pas le cancer ! Qwart


  • Publié le 21.04.2022 à 11h05
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L'ESSENTIEL
  • Une publication facebook prône l’efficacité de l’aubergine sur le cancer malgré l’absence de preuves scientifiques
  • Suivre ce genre de conseil est potentiellement dangereux pour les patients d'après les experts

25 000 fois

Elle a été partagée 25 000 fois depuis le 15 avril ! Une fake news sur l’aubergine sauvage qui guérirait tout type de cancer circule activement sur Facebook en Afrique centrale : d’après la page Laplante Luxueuse il suffirait pour se soigner d’un cancer du sein, de la prostate, du foie, de l’estomac, voire des reins, de la boire "sous forme de thé", avec de l'eau chaude. 

Or selon plusieurs experts contactés par l'AFP, il n'existe pas de données scientifiques prouvant l'efficacité de ce légume sur le cancer, quel qu'il soit. 

Pas scientifiquement prouvé

Une version antérieure de cette rumeur avait déjà circulé en 2019 au sujet du cancer du sein. Plusieurs experts contactés à l'époque assuraient déjà que l'efficacité de ce remède n'était pas scientifiquement prouvée. Pour l'ensemble des types de cancers mentionnés dans cette publication, "il n'existe aucune donnée scientifique probante" au sujet d'une prétendue efficacité de l'aubergine sauvage en tant que traitement, a assuré à l'AFP le 20 avril Pr. Béatrice Fervers, cancérologue et directrice du département Prévention Cancer Environnement du Centre Léon Bérard, à Lyon (France).

Les cinq cancers cités par la publication - sein, prostate, estomac, foie, rein - sont "très différents de par leur tissu d'origine, leur mode d'apparition et leur évolution", rappelle-t-elle: "en conséquence, les traitements sont différents, par exemple la plupart des cancers du sein et des cancers de la prostate sont des cancers dits hormonodépendants sur lesquels l'action des hormones rentre en ligne de compte et fait partie du traitement; ce n'est pas le cas du cancer de l'estomac, du rein et du foie".

Pas de traitement miracle

Même si la relation entre l'alimentation et le cancer existe puisque certains facteurs nutritionnels réduisent le risque ou ont un effet protecteur et que d’autres sont délétères,  "il n'y a pas de traitement miracle contre le cancer", confirme Serpos Dossou, cancérologue et radiothérapeute au Centre de cancérologie de Cotonou (Bénin) contacté par l'AFP le 19 avril. "Chaque traitement contre le cancer est bien codifié, pour chaque type de cancer il y a différents types d'histologies [étude de la structure des tissus], et selon le type d'histologie, différents types de traitement", confirme ce spécialiste.

De plus, "pour le même organe, des sous-types de cancers différents peuvent se développer", ajoute le cancérologue, ce qui induit des "traitements différents, même [quand on traite un même] organe".

Impossible donc qu'un seul aliment puisse guérir plusieurs cancers touchant des organes différents, selon tous les experts contactés par l'AFP. 

Promotion dangereuse

La promotion de tels "remèdes miracles" peut également se révéler dangereuse pour la santé des patients touchés par le cancer, qui est l’une des principales causes de mortalité dans le monde - 10 millions de décès en 2020, d’après l’Organisation Mondiale de la Santé.

En 2020, le cancer le plus courant était le cancer du sein, avec 2,26 millions de cas recensés, précise encore l'OMS, bien avant celui touchant la prostate (1,41 million de cas) ou l'estomac (1,09 million de cas).

Au sujet du cancer du sein, Xavier Cormoul, professeur de toxicologie à l’université de Paris Descartes, assurait déjà à l'AFP en décembre 2019 que consommer de l'aubergine sauvage comme traitement pouvait être "dangereux, parce que certains légumes contiennent des composés toxiques et d'aucuns pensent à tort qu'ils détruisent les tumeurs".

Suivre des conseils, tel que celui suggéré par la publication, "s'oppose à [ce] qu'on [découvre] la maladie à un stade précoce", alerte par ailleurs Serpos Dossou, du Centre de cancérologie de Cotonou au Bénin. "La maladie va se retrouver à un stade très développé", ce qui peut être "très dangereux", poursuit ce spécialiste, qui s'alarme de la propagation de fausses informations au sujet du cancer.

C'est aussi la crainte de Béatrice Fervers, du centre Léon Bérard de Lyon: la promotion d'un "aliment miracle" risque selon elle d'inciter certains patients qui viennent d'être diagnostiqués ou dont le cancer est réapparu à se tourner vers ces conseils dangereux et "d’aggraver leur situation en négligeant des traitements efficaces".

"Au mieux, cela risque de perturber les patients; au pire, cela peut conduire à une perte de chance [de guérison] ou, selon les produits, à des effets néfastes ou toxiques", résume-t-elle.

 

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