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QUESTION D'ACTU

Mars Bleu

«Si 100% de la population participait au dépistage, on réduirait de 50% la mortalité du cancer colorectal»

Alors qu'arrive à son terme l'édition 2022 de l'opération Mars Bleu lancée pour améliorer le dépistage du cancer colorectal qui touche près de 45 000 personnes en France chaque année, la participation de la population concernée à cette opération de prévention atteint à peine 35%. "Un vrai problème", pour le Pr Jean-Baptiste Bacher, gastro-entérologue à l'hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière.

\ ThitareeSarmkasat/iStock


  • Publié le 27.03.2022 à 09h00
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- Pourquoi Docteur : nous arrivons au terme de "Mars Bleu" qui vise à inciter au dépistage du cancer colorectal. Pourquoi cette opération est importante?

Pr Jean-Baptiste Bachet : Le dépistage, c’est la meilleure façon de réduire la mortalité par cancer colorectal en faisant des diagnostics plus précoces, que ce soit de cancers ou de lésions prénéoplasiques comme les polypes. Cela permet soit d’éviter la survenue de cancers en traitant des polypes qui n’auraient pas encore dégénéré ou de faire des diagnostics de cancer à un stade plus précoce avec davantage de possibilité de les guérir en combinant chirurgie et chimiothérapie adjuvante. On dispose de plusieurs études épidémiologiques nationales et internationales qui ont démontré que cette stratégie de dépistage par un test immunologique suivi d’une coloscopie permettait de réduire la mortalité par cancer colorectal.

- Comment expliquer cette faible adhésion à ce programme ?

C’est un vrai problème. Les Français sont moins compliants que les habitants des pays nordiques ou anglo-saxons, ce qui pose un vrai problème puisque ce dépistage représente au niveau national un investissement assez conséquent de la part de l’Etat et parce que c’est, il faut le répéter, la meilleure façon de réduire la mortalité par cancer colorectal. Pourtant il y a beaucoup de communication sur ce dépistage mais malgré cela les gens ne participent pas assez. Est-ce que c’est en rapport avec la problématique des selles…

- Quelles sont les différentes techniques utilisées pour ce dépistage ? 

Actuellement, pour les modalités de dépistage, il y a plusieurs choses : premièrement on, définit les populations selon différents risques, les personnes qui ont des antécédents personnels ou familiaux de polypes ou de cancer colorectal, les gens qui sont atteints de syndromes génétiques rares qui favorisent le cancer colorectal, doivent avoir des coloscopies. Pour eux le risque est relativement élevé et on ne peut pas se baser sur le test immunologique pour le dépistage. Ensuite on a la population à risque moyen et on ne peut pas faire de coloscopie à tout le monde parce que c’est un acte invasif avec anesthésie générale, qu’il y a des risques de complication. Pour cette catégorie, il y a le test immunologique avec recherche de présence de sang dans les selles et seules les personnes chez lesquelles on trouve du sang dans les selles vont être amenées à passer une coloscopie.

Le test immunologique n’est pas un dépistage à l’échelon individuel, c’est ce que l’on appelle un dépistage en base de population. On peut avoir des patients avec un cancer et un test négatif et inversement on peut avoir ceux qui ont un test positif et qui vont avoir une coloscopie normale parce que le sang vient d’autres anomalies bénignes.

- C'est au moment de la coloscopie que l'on voit si le patient a des polypes intestinaux. Sont-ils forcément des signes annonciateurs d'un cancer colorectal ?

Il y a différents types de polypes. Il y a des polypes qui sont bénins et qui ne dégénèreront jamais et puis il y a les polypes à risque de dégénérescence et ceux-là, on sait que si on les enlève on réduit le risque de cancer colorectal. Ce retrait des polypes se fait pendant la coloscopie et l’intérêt de cet acte est justement à la fois diagnostique et thérapeutique.

- Le dépistage est fait pour repérer un éventuel cancer à un stade précoce pour pouvoir le traiter. Mais comment soigne-t-on un cancer colorectal ?

Toutes les étapes de la stratégie sont possibles. Si vous faites une coloscopie et que l’on trouve un polype avec un petit cancer, on peut le guérir en enlevant le polype durant la coloscopie. La deuxième étape, c’est lorsque l’on trouve un cancer qui est limité au côlon et là on a recours à la chirurgie pour supprimer la tumeur qui sera selon les cas plus ou moins suivie d’une chimiothérapie. C’est comme cela que l’on peut guérir les cancers colorectaux.

- Combien de vies pourraient être sauvées si les objectifs du dépistage étaient atteints ?

Plus il y a de personnes qui participent au dépistage, plus on va réduire le taux de mortalité par cancer. L’objectif européen a été fixé à 45% et des simulations pont été faites : si 100% de la population participait aux tests de dépistage, on réduirait de 50% la mortalité par cancer colorectal et si ce sont 50% des personnes qui participent, on réduit de 25% et s’il n’y a que 10% qui participent, on ne réduit que de 5%. On voit bien que plus la population participe plus on réduit la mortalité par ce cancer mais on voit bien que l’on, est en-deçà des recommandations par rapport aux autres pays européens, ce qui est un vrai problème.

- Pourrait-on mieux mobiliser sur ce dépistage avec des messages plus anxiogènes ?

Peut-être mais je ne sais pas si faire peur aux gens les amène à participer ou pas. Ce sujet pourrait faire l’objet d’un vrai débat ! Il y a aussi le problème de ces maladies qui font peur... Mais des choses ont été testées récemment, comme fournir aux médecins traitants la liste de leurs patients qui n’auraient pas fait le dépistage pur qu’ils les recontactent en tentant de les motiver, il y a eu des envois directs au domicile des patients de tests de dépistage. Tout ceci a permis d’augmenter un petit peu la participation mais ce sont des opérations qui nécessitent du temps et de l’argent. Peut-être faut-il surtout rappeler que lorsque l’on a un cancer du colorectal qui est métastatique, les chances de guérison sont extrêmement limitées, qu’il y a eu peu de progrès ces dernières années en termes de gain de survie à ce stade de la maladie. De nouvelles immunothérapies ne concernent que 4% des cancers colorectaux et pour les autres les chimiothérapies ne permettent de gagner que quelques mois de survie …

https://www.pourquoidocteur.fr/MaladiesPkoidoc/922-Cancer-colorectal-9-cas-sur-10-sont-gueris-au-stade-precoce

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