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QUESTION D'ACTU

Interview

Polypose nasale : «Une maladie bénigne ... qui peut avoir de grandes répercussions»

Maladie mal connue, la polypose nasale a des répercussions importantes sur la vie quotidienne des patients. Notamment parce qu'elle peut provoquer une perte de l'odorat. Le point sur ce trouble des voies respiratoires avec le Dr Elsa Darnal.

Polypose nasale : \ monstArrr_/iStock

  • Publié le 16.06.2021 à 15h45
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Pourquoi Docteur - La polypose nasale, comme le montre un sondage réalisé pour Sanofi Genzyme, est une maladie mal connue. Pouvez-vous nous expliquer de quoi il s’agit ?

Dr Elsa Darnal : La polypose nasale, que l’on appelle polypose naso-sinusienne, est une forme de sinusite chronique. C’est une inflammation des muqueuses au niveau de l’arbre respiratoire haut, c’est à dire le nez et les sinus. Elle concerne environ un million de patients en France et c’est une maladie qui est effectivement mal connue du grand public. Elle se caractérise en effet par des signes assez peu spécifiques, une obstruction nasale avec une difficulté à respirer par le nez, des écoulements, des douleurs, une sensation de pression au niveau de la face et du front et des troubles de l’odorat qui peuvent aller jusqu’à la perte complète de ce sens, ce que l’on appelle l’anosmie. On parle de rhinosinusite chronique lorsque les troubles durent depuis plus de trois mois.

- Comment peut-on la distinguer d’un rhume ou d’une sinusite non chronique ?

Pour un simple rhume, il n’y a pas de raison que cela dure plus de trois mois ! Donc la durée peut interpeller et en effet, quand on a ces signes-là on n’a pas forcément une polypose nasale. Pour poser ce diagnostic, il faut faire un examen qui permet de visualiser d’éventuels polypes, ce qui se fait à partir d’une endoscopie nasale chez un médecin ORL. Les polypes sont en fait des excroissances qui ressemblent à des petits grains de raison que l’on peut visualiser en regardant l’intérieur du nez. Si on a les symptômes dont on vient de parler et qu’il y a la présence de polypes de l’un ou l’autre côté, on peut parler de polypose nasale.

- Un lien peut-il exister entre la polypose nasale et des réactions allergiques comme le rhume des foins ?

Il y a eu beaucoup de discussions à ce sujet. Dans l’état actuel des connaissances, la réponse est plutôt NON. En revanche, on trouve effectivement davantage de cas de polypose chez des personnes qui ont ce type d’allergies et celles-ci vont ajouter aux symptômes. Mais ce n’est pas l’allergie qui va provoquer la polypose, ni l’inverse.

- La polypose nasale augmente-t-elle le risque d’une infection Covid ?

Des études récentes montrent qu’il n’y a pas plus de risque.

- A partir de quel âge une polypose nasale peut apparaître ?

La polypose naso-sinusienne est plutôt une maladie de l’âge adulte qui survient en fin de trentaine ou en début de quarantaine. Les deux sexes peuvent être affectés mais il y a un tout petit peu plus d’hommes que de femmes.

- Connait-on les causes de cette maladie ?

Les causes sont assez peu connues. Il y a des facteurs qui ont été discutés, notamment le rôle de l’environnement, de la pollution, mais ce n’est vraiment pas sûr, on parle aussi du staphylocoque doré … Ce que l’on sait en revanche, c’est que c’est souvent associé à de l’asthme. A peu près 50% des patients qui ont une polypose nasale ont un asthme associé. Ce qui est certain, c’est que dans les mécanismes sous-jacents, il y a une inflammation qui est chronique, un déséquilibre de la balance inflammatoire qui peut provoquer cette inflammation de l’arbre respiratoire.

- Quel peut être l’impact de cette maladie sur la vie quotidienne ?

C’est une maladie que l’on peut considérer comme bénigne … cependant elle peut avoir de grandes répercussions : le fait d’avoir en permanence le nez bouché, le nez qui coule, déjà cela peut avoir un impact social, on ne se sent pas très à l’aise ; et puis il y a des troubles du sommeil qui sont provoqués par cette congestion des voies aériennes supérieures, on a du mal à respirer par le nez, et qui dit troubles du sommeil dit fatigue, irritabilité, difficultés au travail, et puis il y a des répercussions psychologiques, les patients se sentent isolés et certains deviennent dépressifs, l’anxiété ayant une prévalence importante dans cette affection.

- On dit que la polypose nasale peut entraîner une perte d’odorat. Est-ce que c’est le cas pour tous ceux qui en souffrent ?

La perte d’odorat n’est pas présente chez 100% des patients. Chez certains patients elle peut être permanente mais chez d’autres elle peut être intermittente. Mais les troubles de l’odorat font vraiment partie des signes qui indiquent une polypose nasale et une proportion significative des patients ont effectivement des troubles de l’odorat qui peuvent aller jusqu’à l’anosmie complète. C’est là un des symptômes les plus gênants pour les patients. Ceux dont la polypose provoque l’anosmie sont ceux qui ont le plus tendance à avoir des troubles dépressifs, ils souffrent de sensation d’isolement, du sentiment d’être incompris, de vivre comme dans une bulle … Surtout, ils sont handicapés au quotidien par des questions comme « est-ce que je sens mauvais », par l’absence de plaisir de la table, de ressentir et de pouvoir partager le goût de ce que l’on mange puisque l’odorat et le goût sont très liés, et puis il y a une possibilité de mise en danger avec le fait de ne pas sentir par exemple une odeur de gaz, la fumée d’un incendie ou l’odeur d’un aliment malsain. Beaucoup de patients disent qu’en perdant l’odorat, ils perdent leur boussole et aussi une partie de leurs émotions, de leurs souvenirs, le parfum dans l’air et tout ce qui l’accompagne a fait l’objet de nombreuses œuvres littéraires !

- Dans le sondage qui a été réalisé, certains patients évoquent des tentations suicidaires liées à cette perte d’odorat consécutive à une polypose nasale. Les conséquences peuvent aller jusque-là ?

C’est une des révélations de ce sondage, cette conséquence sort très très fort de cette enquête et il était difficile de penser que cela allait aussi loin. Mais aucune étude ne vient encore aujourd’hui confirmer ou infirmer cet élément. Les chiffres du sondage doivent aussi être interprétés dans le contexte de la crise sanitaire qui a dégradé la santé mentale des Français. Mais rappelons que le lien entre polypose nasale, perte de l’odorat et syndrome dépressif est réel.

- Comment peut-on traiter la polypose nasale ?

Il y a des traitements locaux, des traitements généraux et des traitements chirurgicaux qui ont une efficacité. Le choix du traitement dépend de la sévérité de l’atteinte. Il y a beaucoup de patients qui vont être soulagés par des traitements locaux comme des sprays de corticoïdes parfois associés à des lavages avec du sérum physiologique. Mais il y a des formes plus sévères qui ne seront pas soulagées et qui auront besoin de corticoïdes en cachets qui apportent un soulagement souvent transitoire, des traitements très utiles mais dont il ne faut pas abuser à cause du risque d’effets secondaires sérieux comme les troubles gastro-intestinaux, des maladies cardiovasculaires, du diabète ou même de l’ostéoporose. Un autre palier de traitement, c’est la chirurgie dont l’objectif est d’enlever les polypes pour désobstruer les voies respiratoires. Mais tous ces traitements ne soignent pas le mal à la racine et le risque de récidive existe pour certains patients y compris après une chirurgie.

- Les traitements chirurgicaux consistent-ils en des interventions lourdes ?

Dans l’immense majorité des cas, cela se fait par voie endo-nasale avec une anesthésie générale. Les suites opératoires sont surtout des saignements dans le nez mais ces interventions peuvent comporter des risques avec des complications oculaires ou cérébrales en raison de la proximité des sinus avec ces organes.

- En cas d’anosmie, quelle est la prise en charge ?

Le mécanisme de l’anosmie dans la polypose n’est pas encore complètement élucidé. Il y a plusieurs composantes : d’abord l’obstruction nasale et le phénomène inflammatoire qui affecte la muqueuse. La chirurgie va permettre de libérer l’obstruction, les corticoïdes peuvent, eux, traiter l’inflammation. Il y a de nouvelles thérapies qui devraient être bientôt disponibles, pour la polypose avec un effet lorsqu’elle provoque l’anosmie, ce sont des biothérapies qui vont viser un élément précis dans le dysfonctionnement inflammatoire. Elles montrent une efficacité sur les différents aspects de la polypose. Ces traitements par injections sous-cutanée au long cours s ’adresseront aux patients atteints de formes particulièrement sévères qui ne sont pas soulagés par les soins existant actuellement.

Ci-dessous : l'émission Questions aux Experts sur le tournant thérapeutique des biothérapies dans la polypose nasale :

 

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