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QUESTION D'ACTU

Chimérisme

Test de paternité négatif : conjointe infidèle, bébé échangé, erreur dans la PMA ? Pas forcément, et voici pourquoi

Dans des cas extrêmement rares, le résultat d'un test de paternité peut révéler un "chimérisme". Explications. 

Test de paternité négatif : conjointe infidèle, bébé échangé, erreur dans la PMA ? Pas forcément, et voici pourquoi Svetlana Ivanova / istock.

  • Publié le 02.04.2021 à 20h00
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L'ESSENTIEL
  • Une centaine de cas de chimérisme ont été recensés dans le monde.
  • Le chimérisme est lié à une anomalie qui survient très précocement, probablement lorsque les embryons d’une grossesse gémellaire dizygote ne sont qu’au stade de quelques cellules.

En Juin 2014, un couple accueillait avec joie son premier petit garçon, issu d’un long parcours de PMA. Tout se passait bien, jusqu’à ce qu’une banale analyse de sanguine vienne semer le trouble : le bébé n’avait pas le même groupe sanguin que ses parents. Confus, les biologistes ont alors demandé au père de faire un test de paternité, qui s’est avéré… négatif.

Un individu, deux ADN différents

Un gouffre s’ouvrit alors pour le jeune couple : la femme avait-elle été infidèle ? La maternité avait-elle échangé par erreur deux bébés à la naissance ? Les responsables de la PMA s’étaient-il emmêlé les pinceaux ?

Des recherches plus poussées permirent heureusement d’évacuer les trois premières options : il s’agissait en fait d’un cas extrêmement rare de "chimérisme", soit l’existence au sein d’un même individu de deux patrimoines génétiques différents. "Le chimérisme a été initialement décrit pour les plantes. L’avénement de la génétique humaine a montré que des cas de chimères étaient possibles chez l’homme et pouvaient survenir en cas de grossesse gémellaire dizygote, c’est-à-dire pour des faux jumeaux. Les vrais jumeaux, dits monozygotes, ont nécessairement le même patrimoine génétique", explique dans l’Obs Philippe Deruelle, gynécologue-obstétricien. "Ce phénomène est beaucoup plus fréquent suite à l’utilisation de méthodes de procréation médicalement assistée, sans que la raison en soit connue", poursuit le spécialiste.

Le père et son fils n’avaient en commun que 25 % de leur ADN

Normalement, un parent biologique partage 50% de son ADN avec son enfant. Mais dans notre histoire, le père et son fils n’avaient en commun que 25 % de leur ADN, soit la même quantité que celle partagée par un oncle avec une nièce ou un neveu.

Lors de sa conception, le père avait partagé le ventre de sa mère avec un faux jumeaux, mort au cours de la grossesse. Il a alors récupéré une partie du patrimoine génétique de son frère disparu, pour finalement concevoir à lui tout seul deux types de spermatozoïdes différents : les siens et celui de son faux jumeau. Théoriquement, ce papa n’est en fait que l'oncle de son propre fils.  

Les généticiens n'en reviennent toujours pas

Et l’histoire ne s’arrête pas là. Le couple décida quelques années plus tard de faire un deuxième enfant. Cette fois-ci, le second fils fut conçu avec le spermatozoïde de son père, et partagea donc classiquement la moitié de son ADN.

Cela signifie que ces deux enfants ne sont pas techniquement des frères et sœurs, ni des demi-frères et sœurs, mais plutôt des cousins : ils partagent environ 37,5 % de leurs gènes (les frères et sœurs ordinaires partagent environ 50 % de leur ADN, et les demi-frères et sœurs environ 25 %). De quoi souffler les généticiens, qui n’en reviennent toujours pas.

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