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Covid-long : “Des symptômes chez beaucoup de jeunes qui étaient en bonne santé avant l'infection”

Ce jeudi, l'Assemblée nationale a adopté une résolution qui reconnaît les personnes souffrant de symptômes prolongés du Covid-19 mais la maladie n'est toujours pas prise en charge par le système de santé. Yousra Gabr est médecin généraliste à Paris et s'occupe de la prise en charge de plusieurs patients Covid long.

Covid-long : “Des symptômes chez beaucoup de jeunes qui étaient en bonne santé avant l'infection” Yousra Gabr




Vendredi 12 février, la Haute autorité de santé (HAS) a pour la première fois émis des recommandations pour la prise en charge des Covid long. Ce mercredi, l’Assemblée a fait un nouveau pas en adoptant une résolution qui reconnaît les personnes souffrant de symptômes prolongés du Covid-19. Yousra Gabr est médecin généraliste à Paris et suit depuis de nombreux mois plusieurs patients atteints de Covid long.

- Pourquoi Docteur - Depuis quand prenez-vous en charge des patients souffrant de Covid long ?

Yousra Gabr – Depuis le début de la première vague je reçois beaucoup de patients infectés par le virus. Quelques semaines plus tard, certains de ces patients se sont plaints de symptômes qui se prolongeaient. J’ai passé beaucoup de temps à les écouter sur ces conséquences du virus que l'on ne connaissait pas. Mes patients ont échangé avec d’autres durant l’été et j’ai été contacté par de nombreux autres malades qui se sentaient un peu perdus.

- De quoi se plaignaient-ils ?

Ils souffraient d’une fatigue très intense, d’un brouillard cérébral avec des troubles de la concentration et des difficultés pour trouver leurs mots. Cette fatigue était à la fois physique et mentale. Il y a ensuite tout un tas d’autres symptômes qui s’apparentent à une forme aiguë d’infection avec une toux qui persiste, une gêne respiratoire, des palpitations, de la tachycardie, des troubles des voies ORL. Des patients atteints de formes bénignes se sont plaints de douleurs articulaires et neuromusculaires, de signes dermatologiques, d’engelures. Il y a un éventail très large de symptômes qu’il a fallu prendre en charge.

- Comment s’est passé la prise en charge à un moment où l’on ne parle pas ou peu des Covid longs ?

Il y a eu beaucoup de questionnement sur ces symptômes qui persistent ou des nouveaux qui apparaissent. J’ai essayé d’être la plus à l’écoute possible. Les patients se questionnaient beaucoup et se renseignaient de leur côté. J’ai prescrit des examens complémentaires par symptômes et organes ciblés avant d’adresser les patients vers des spécialistes pour qu’ils fassent un bilan plus poussé pour tenter de trouver des causes à ces symptômes. J’ai remarqué que ces symptômes évoluent beaucoup sous forme de rechutes sur une durée plus ou moins longues et avec une intensité plus ou moins variable. Le suivi doit vraiment se faire au long cours et il faut s’adapter au jour le jour.

- Bientôt un an après la première vague, qu’avez-vous constaté sur l’évolution des Covid longs ? 

Même si nous n’avons qu’une petite année de recul, je remarque une évolution positive chez mes patients. Elle est très lente et nécessite une prise en charge sur le long cours. Avec le temps, j’observe une diminution des rechutes et certains patients voient certains symptômes disparaître. Je prends des pincettes en disant cela parce que l’on n’en sait pas assez sur l’évolution de la maladie. On n’en connaît pas sa durée moyenne. Des études sont en cours pour nous apporter plus d’éléments.

- Y a-t-il un profil particulier de patients qui développent des Covid longs ?

De ce que j’observe chez mes patients qui souffrent de Covid long, il y en a très peu qui ont souffert d’une forme grave initialement. Il y a beaucoup de jeunes qui étaient en bonne santé avant l’épisode infectieux et chez qui il n’y avait pas de facteurs permettant de prédire que cela allait évoluer comme cela. Nous ne sommes pas capables de prévoir quand ils font des formes aiguës s’ils vont avoir des séquelles et des symptômes qui persistent ou de nouveaux qui apparaissent. Au début, on pensait que les patients à risques étaient ceux qui finissaient en service de réanimation et qui souffraient de graves atteintes pulmonaires. Avec le recul que l’on a aujourd’hui, on voit que ce n’est pas le cas. J’espère que l’on sera bientôt capable de trouver des facteurs explicatifs à ces Covid longs.

- Après les recommandations faites par la Haute autorité de santé vendredi dernier, avez-vous l’impression d’avoir les outils nécessaires pour prendre en charge les patients ?

Ces recommandations constituent un bon début. C’est important que cette maladie soit reconnue. Il a fallu presque un an pour que ce soit mis en place mais, maintenant, ça y est. Dans un premier temps, c’est important pour guider l’ensemble du monde médical parce que beaucoup de médecins sont désormais au fait de cette maladie et cela permet d’éviter l’errance médicale que subissent certains patients. C’est positif d’avoir cette prise de conscience et ce guide. Après, il faudra l’améliorer avec les nouvelles connaissances que l’on aura. 

Je ne considère pas avoir aujourd’hui tous les outils nécessaires pour prendre en charge les patients et j’espère que cela va se mettre en place progressivement. Entre-temps, nous avons conçu nos propres outils mais grâce aux questionnaires qui vont être mis en place, ce sera plus simple. La difficulté est de bien adresser le patient dans la bonne filière de prise en charge et d’avoir les bons avis des spécialistes et ça n’est pas encore bien mis en place. L’idéal serait de créer des filières de prise en charge dans les hôpitaux avec des avis pluridisciplinaires pour permettre une prise en charge globale des patients. Cet accès doit être simplifié et il y a certaines régions de France où c'est compliqué pour les malades.

- Quelles sont vos recommandations pour les patients qui souffrent de la persistance de leurs symptômes ?

La première chose est de consulter son médecin traitant qui le connaît bien et qui pourra intervenir dans un premier temps. Ensuite, il faut faire une évaluation globale des symptômes pour être orienté rapidement vers les spécialistes adaptés. Il faut également que soit proposé un soutien psychologique aux patients qui en ont souvent besoin. C'est bien que l’on parle de ces patients qui ont besoin d’être reconnus. Ils ne doivent pas hésiter à consulter si 4 à 5 semaines après leur infection, ils ont toujours des symptômes parce qu’une grande majorité d’entre eux ne comprennent pas ce qui leur arrive et n’ont pas le réflexe de consulter leur médecin.

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