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QUESTION D'ACTU

Système immunitaire

Greffe : pourquoi une grossesse peut augmenter le risque de rejet

En sollicitant le système immunitaire pour que le fœtus puisse se développer dans l’utérus, la grossesse peut contribuer au rejet d’un organe transplanté, révèle une nouvelle étude.

Greffe : pourquoi une grossesse peut augmenter le risque de rejet Blue Planet Studio/iStock

  • Publié le 09.01.2021 à 14h00
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L'ESSENTIEL
  • Lors d'une grossesse, les cellules-B mémoires qui produisent des anticorps, réagissent contre les antigènes de l'organe transplanté pour protéger l'immunité du foetus, ce qui provoque souvent le rejet de l'allogreffe

Bien qu’il soit possible de mener à bien une grossesse quand on a bénéficié d’une greffe d’organe, il existe un risque de rejet du greffon auquel il faut être préparée. Mais comment l’expliquer ?

Des chercheurs de l’université de Chicago (Etats-Unis) se sont penchés sur la question. Dans une étude publiée dans le Journal of Clinical Investigations, ils expliquent que lors d’une grossesse, les lymphocytes-T deviennent tolérants au fœtus pour que ce dernier puisse se développer. Dans le même temps, la partie du système immunitaire qui produit des anticorps (appelée réponse humorale) est sensibilisée, créant des lymphocytes-B mémoire qui peuvent ensuite contribuer au rejet d'un organe transplanté. Ces résultats aident ainsi à comprendre pourquoi le système immunitaire peut tolérer un fœtus pendant la grossesse, mais qu'il est plus susceptible d'être sensibilisé à une transplantation d'organe et de la rejeter par la suite.

Quand la grossesse bouleverse le système immunitaire

Le système immunitaire est conçu pour répondre et se protéger contre les envahisseurs étrangers. Il le fait en reconnaissant les cellules étrangères, appelées antigènes, et en mettant en place une réponse immunitaire adaptée : la production de cellules-T qui ciblent et attaquent les cellules étrangères, ainsi que ces cellules-B mémoire qui produisent des anticorps pour marquer les cellules étrangères en vue de leur destruction par d'autres cellules sanguines.

Pendant la grossesse, ce système demande une adaptation pour empêcher le rejet du fœtus, qui partage la moitié de ses gènes avec la mère et présente donc des antigènes étrangers au système immunitaire de la mère. Cela a pour effet d’augmenter le risque de rejet d'un organe transplanté (ou allogreffe) après l'accouchement, en particulier si l'organe transplanté, tel qu'un rein, provient du père de l'enfant.

"C'était paradoxal dans le domaine de la transplantation, où nous considérons la grossesse comme un événement sensibilisant, explique Anita Chong, professeure de chirurgie à UChicago et co-autrice principale des travaux. Je voulais savoir pourquoi la grossesse entraînait une sensibilisation à une allogreffe (organe transplanté) du partenaire masculin, mais une tolérance accrue à un fœtus exprimant les mêmes antigènes."

Éviter le rejet de l’allogreffe

Pour le savoir, les chercheurs ont examiné la réponse immunitaire de souris femelles après avoir reçu un cœur transplanté d'un de leurs descendants. En suivant à la fois la réponse des cellules-T et la réponse humorale, ils ont pu suivre les deux bras de la réponse immunitaire et étudier leurs effets sur le rejet de la transplantation. Ils ont vu que les cellules-T ne réagissaient pas à l'allogreffe, mais que les cellules-B mémoires le faisaient, produisant des anticorps contre les antigènes étrangers du cœur transplanté.

Comment expliquer cette particularité ? D’après la chercheuse et son équipe, les deux bras du système immunitaire seraient sensibilisés à l'organe transplanté apparié à la progéniture. "Mais il y a quelque chose dans le fait que le fœtus favorise la tolérance des cellules-T qui est également préservée pour l'allogreffe. D'autre part, les anticorps qui sont produits pour le fœtus ne nuisent pas au fœtus, mais provoquent le rejet de l'allogreffe", poursuite la Pr Chong.

"La grossesse ne peut pas évoluer pour éliminer complètement la réponse humorale, car il est essentiel pour une mère de pouvoir produire des anticorps contre les agents pathogènes infectieux pendant la grossesse et l'allaitement ; c'est la seule immunité qu'une mère peut transmettre à son enfant. Ainsi, le système immunitaire est prêt à produire des anticorps contre tout ce qui est étranger pendant cette période, y compris ceux exprimés par le fœtus, développe la chercheuse. En conséquence, le placenta a développé des moyens de manipuler ces anticorps afin de prévenir le rejet du fœtus lors des grossesses suivantes."

De multiples pistes thérapeutiques

L’enjeu est désormais de mettre au point des thérapies qui préviendraient le rejet des greffes chez les femmes après une grossesse. "Cela permettrait d'uniformiser les règles du jeu pour les femmes ayant des enfants. Nous pourrions éliminer les anticorps et les cellules-B avant la transplantation et éliminer le problème, tandis que les réponses des cellules-T aux antigènes partagés par le fœtus et la transplantation seraient déjà spontanément partiellement supprimées", explique la co-autrice Maria-Luisa Alegrez, professeure de médecine à UChicago.

L’autre défi que souhaite relever l’équipe est "d’exploiter cette capacité de la grossesse à tolérer les cellules-T pour qu'elles soient mieux acceptées non seulement par les personnes qui ont été enceintes, mais par tout le monde". "En dehors de la grossesse, les gens peuvent être sensibilisés avant la transplantation de différentes manières, par des maladies ou des antigènes environnementaux, et il peut être difficile de protéger la transplantation des cellules-T à mémoire à réaction croisée. Nous cherchons maintenant à savoir comment la grossesse peut tolérer ces cellules-T mémoire qui sont autrement difficiles à immunosupprimer avec les médicaments actuels."

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