• CONTACT
Publicité

QUESTION D'ACTU

Dyslipidémie

L'autisme aurait un lien avec le cholestérol

Des scientifiques américains ont découvert que des anomalies lipidiques, à l'origine du cholestérol, se retrouvent chez de nombreux enfants autistes.

L'autisme aurait un lien avec le cholestérol iStock

  • Publié le 19.08.2020 à 18h00
  • |
  • |
  • |
  • |


L'ESSENTIEL
  • L'équipe de chercheurs a identifié les racines moléculaires partagées entre le dysfonctionnement lipidique, à l’origine de taux graisses trop élevés dans l’organisme entraînant le cholestérol, et l'autisme grâce à l'analyse ADN d'échantillons de cerveau.
  • les mères présentant des anomalies lipidiques sont 16% plus susceptibles d'avoir un enfant autiste que les mères sans anomalies lipidiques, un chiffre qui affiche 13% du côté des pères.
  • Avoir un taux de lipides anormal est à l’origine d’autres troubles : épilepsie, troubles du sommeil et hyperactivité avec déficit de l’attention.

Tout est lié et parfois même des maladies qui paraissent n’avoir rien en commun. C’est le cas de l’autisme et le cholestérol qui auraient un groupe de gènes en commun qui entraînerait un sous-type d’autisme et jouerait le rôle de régulateur du métabolisme du cholestérol et du développement du cerveau. C’est la conclusion d’une étude menée par des chercheurs d’Harvard, du Massachusetts Institute of Technology (MIT) et de la Northwestern University (États-Unis). Ils ont publié leurs résultats le 10 août dernier dans Nature Medicine.

Une étude comme une carte Google

L'équipe de chercheurs a identifié les racines moléculaires partagées entre le dysfonctionnement lipidique, à l’origine de taux graisses trop élevés dans l’organisme entraînant le cholestérol, et l'autisme grâce à l'analyse ADN d'échantillons de cerveau. Les enfants autistes présentent des altérations prononcées du sang lipidique comme l’a révélé l’analyse. “Nos résultats sont une illustration frappante de la complexité de l'autisme et du fait que l'autisme englobe de nombreuses conditions différentes qui proviennent chacune de différentes causes - génétiques, environnementales ou les deux, avance Isaac Kohane, chercheur principal de l’étude. Identifier les racines du dysfonctionnement dans chaque sous-type est essentiel pour concevoir à la fois des traitements et des outils de dépistage pour un diagnostic correct et rapide.”

Pour identifier précisément les différents sous-types d’autisme, les chercheurs ont utilisé une nouvelle approche basée sur l'entrelacement de plusieurs couches de données, y compris le séquençage complet de l'exome, les modèles d'expression des protéines et les dossiers médicaux. “Pensez à une carte Google et à la façon dont elle superpose différents types d'informations les unes sur les autres — villes, rues, parcelles, utilisation du sol, réseaux électriques, élévations — pour une représentation plus détaillée, image Yuan Luo, qui co-dirigé l’étude. C'est ce que nous avons fait avec nos données pour obtenir une vue complète des gènes qui ont de multiples fonctions de régulation et sont impliqués dans l’autisme.”

Les parents avec des anomalies lipidiques plus susceptibles d’avoir des enfants autistes

L'équipe a commencé par analyser les modèles d'expression génique à partir d'échantillons de cerveau, en se concentrant sur les gènes qui fonctionnent en tandem pendant le développement cérébral prénatal et postnatal. L'autisme étant quatre fois plus fréquent chez les hommes que chez les femmes, ils se sont concentrés sur les gènes qui présentent les plus grandes différences entre hommes et femmes au cours du développement, notamment les exons pour rechercher des mutations qui se produisaient plus souvent chez les patients autistes. Grâce à ce zoom progressif, les chercheurs ont identifié un nœud de fonction partagée jusque-là méconnu. Il s’agit d’un groupe d'exons régulant à la fois le développement neurologique et le métabolisme des graisses.

Ensuite, les chercheurs ont étudié deux vastes référentiels de dossiers cliniques dont un qui contient plus de 2,7 millions de dossiers de patients vus au Boston Children’s Hospital. Ils ont identifié des altérations lipidiques notables chez les enfants autistes, y compris des changements dans les niveaux de leur mauvais cholestérol (LDL), bon cholestérol (HDL) et triglycérides. L'autre ensemble de données contient les dossiers médicaux de plus de 34 millions de personnes vues dans plusieurs établissements médicaux américains dont plus de 80 700 personnes avec un diagnostic d'autisme. Dans l'ensemble, 6,5% de ceux qui avaient un diagnostic d'autisme ont également des niveaux de lipides anormaux. Les personnes autistes étaient presque deux fois plus susceptibles d'avoir des résultats de tests lipidiques anormaux que celles non autistes.

Un lien familial a été mis en évidence dans le risque d’avoir un enfant autiste. L’analyse de toutes ces données a révélé que les mères présentant des anomalies lipidiques sont 16% plus susceptibles d'avoir un enfant autiste que les mères sans anomalies lipidiques. Le risque d'avoir un enfant autiste chez les pères présentant des anomalies lipidiques est 13% plus élevé que chez les hommes ayant des taux de lipides normaux. Au sein des familles avec plus d'un enfant, les enfants diagnostiqués avec l'autisme sont 76% plus susceptibles d'avoir des profils lipidiques anormaux que leurs frères et sœurs.

La dyslipidémie, origine de nombreux troubles

Au-delà de l’autisme, avoir un taux de lipides anormal est à l’origine d’autres troubles. Ainsi, cela augmente le risque de faire de l'épilepsie, des troubles du sommeil et de l'hyperactivité avec déficit de l’attention. Cette découverte suggère que la dyslipidémie peut altérer le développement neurologique en général, affirme les chercheurs. Les personnes atteintes d'autisme et de dyslipidémie sont également plus susceptibles de présenter certaines conditions hormonales et métaboliques, notamment l'anémie, l'hypothyroïdie et une carence en vitamine D.

Ce lien entre la dyslipidémie et l’autisme offre une explication moléculaire à l'observation selon laquelle une mutation dans un gène impliqué dans le métabolisme du cholestérol est également trouvée chez les personnes atteintes du syndrome de Rett, un trouble neurodéveloppemental étroitement lié à l'autisme. Une autre observation qui peut être expliquée par le lien nouvellement trouvé est qu'entre 50 et 88% des enfants nés avec le syndrome de Smith-Lemli-Opitz, causé par un défaut de synthèse du cholestérol, sont également autistes.

Vous aimez cet article ? Abonnez-vous à la newsletter !

EN DIRECT

Publicité

LES MALADIES

J'AI MAL

Bras et mains Bras et mains Tête et cou Torse et haut du dos Jambes et pied

SYMPTÔMES

Publicité