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Danger

Apnée du sommeil : la maladie des routiers ?

D'après une nouvelle étude italienne, de nombreux conducteurs de camion seraient atteints d'apnée obstructive du sommeil sans le savoir, ce qui peut s'avérer très dangereux. L'association ayant mené l'étude réclame que les entreprises de transports routiers soumettent leurs conducteurs à un test de dépistage. 

Apnée du sommeil : la maladie des routiers ? Smederevac/iStock

  • Publié 30.09.2019 à 20h00
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L’apnée obstructive du sommeil (AOS), qui concerne 6 à 17% de la population, consiste en des arrêts involontaires de la respiration pendant la nuit car l’air ne passe plus normalement dans les poumons. Ces pauses durent plus de 10 secondes (elles peuvent atteindre jusqu’à 30 secondes) et se produisent plusieurs fois par nuit à une fréquence variable. Dans les cas graves, il arrive qu’elles surviennent jusqu’à plus de trente fois par heure. Elles peuvent alors se traduire par une fatigue au réveil, des maux de tête et une somnolence dans la journée. A terme, cette affliction peut entraîner des maladies cardiovasculaires, du diabète, des dépressions ou encore des complications lors d’opérations sous anesthésie générale. Par ailleurs, des études ont montré qu’une personne privée de sommeil à cause de cette maladie a 12 fois plus de risque d’être victime d’un accident de la route, faute de vigilance. C’est pourquoi, l’Union européenne a mis en place une directive pour limiter les risques d’accidents liés à l’AOS : les conducteurs atteints de cette maladie sous forme modérée ou grave doivent consulter un médecin avant que leur permis ne soit délivré ou renouvelé. On peut par ailleurs leur conseiller de ne pas conduire tant que le diagnostic n’a pas été confirmé et que des mesures médicales n’ont pas été prises.

Cependant, à l’heure actuelle, de nombreuses personnes ignorent souffrir de cette maladie (en France, selon une étude, six personnes atteintes sur dix ne se soignent pas) et c’est notamment le cas de beaucoup de chauffeurs routiers. D’après une enquête italienne menée sur 905 camionneurs et présentée ce lundi 30 septembre au Congrès international de l’European Respiratory Society, la moitié d’entre eux souffrirait au moins d’un problème respiratoire lié au sommeil pouvant potentiellement les endormir au volant. Ils étaient par ailleurs nombreux à l’ignorer avant l’étude. Par conséquent, l’association italienne des patients souffrant d'apnée du sommeil réclame désormais à ce que les transporteurs routiers soumettent leurs conducteurs à un test de dépistage pour repérer d’éventuels problèmes respiratoires liés au sommeil.

L’association en est arrivée à ces conclusions après avoir mené une enquête sur la santé des conducteurs à la demande de Federtrasporti, une coopérative italienne de chauffeurs de camion. Pendant 44 jours, des patients experts bénévoles, des médecins et des infirmières ont suivi des chauffeurs dans des entreprises de transport appartenant à Federtrasporti. Ils ont mesuré leur taille, leur poids, leur tour de taille et se sont informés sur leurs conditions médicales ainsi que sur des facteurs liés au mode de vie comme la consommation de cigarette ou de drogue. Ils les ont également interrogés sur la durée de leurs trajets, les distances parcourues, le type de marchandise transportée et de voie empruntée. Et ils leur ont bien sûr posé des questions sur leur sommeil. Parmi elles : "Ronflez-vous?" , "Etes-vous insatisfaits de la façon dont vous avez dormi ?", "Vous réveillez-vous souvent avec un besoin urgent d’uriner ?" ou encore "Ressentez-vous fréquemment le désir ou le besoin de dormir pendant la journée (sauf après le déjeuner) ?".

De la responsabilité "morale et civique" des entreprises

Résultats : près de 10% des conducteurs (90) ont déclaré que leur partenaire avait remarqué qu’ils s’arrêtaient parfois de respirer lors de leur sommeil. Par ailleurs, 55% avaient pour habitude de ronfler (508) et 43% (387) ont répondu "oui" à au moins deux des questions sur le sommeil et sont donc à risque d’AOS. Qui plus est, 17% des personnes interrogées souffraient d’hypertension et 6% de diabète. Et sur les 508 ronfleurs habituels, 15% (78 conducteurs) souffraient également d'AOS, ont remarqué les chercheurs. Ainsi, la proportion de conducteurs souffrant de ce trouble serait bien plus importante que les 10% au courant de leur condition. Autre observation intéressante : 35 % des ronfleurs habituels se disent insatisfaits de leur sommeil et 21 % se plaignent de somnolence pendant la journée. Enfin, les chercheurs ont également constaté que le nombre de ronfleurs augmentait avec l’âge.

"Cette étude d'observation a souligné la prévalence élevée de l'apnée obstructive du sommeil chez les conducteurs de camions, qui est supérieure à la prévalence dans la population générale. Ceci est dû à un mode de vie qui oblige les conducteurs à s'asseoir plusieurs heures par jour, avec peu d'activité physique et une mauvaise alimentation, ce qui augmente le risque de somnolence diurne excessive et de somnolence inattendue au volant", explique M. Luca Roberti, président de l’association. En effet, le surpoids fait notamment partie des facteurs de risques pour développer l’AOS.

"Considérant que les conducteurs sont responsables de véhicules de transport de plusieurs tonnes, les entreprises ont une grande responsabilité morale et civique pour s'assurer que leurs employés peuvent conduire en toute sécurité et qu'ils ne risquent pas de s'endormir soudainement au volant. Cela serait également conforme à la législation de l'Union européenne qui réglemente le renouvellement des permis de conduire des personnes souffrant d'apnée obstructive du sommeil", déclare donc Roberti. Et de conclure: "Les entreprises de transport devraient obliger leurs conducteurs à se soumettre à des examens pour diagnostiquer tout problème respiratoire lié au sommeil, et elles et leurs conducteurs devraient accorder une attention particulière à l'alimentation de ces derniers" .

Les camionneurs "pourraient avoir une prévalence plus élevée d’apnée obstructive du sommeil"

Désormais, les chercheurs veulent étudier le débit respiratoire, les niveaux d'oxygène dans le sang, le ronflement et la position pendant la nuit de 5 % des 905 conducteurs de la première étude. Pour ce faire, ils ont attaché des dispositifs à ces derniers. Les résultats seront utilisés pour vérifier l’exactitude de ceux obtenus à partir des questionnaires.

"Cette étude fournit des données intéressantes sur les troubles respiratoires du sommeil chez les conducteurs de camions et suggère que, en tant que groupe, ils pourraient avoir une prévalence plus élevée d'apnée obstructive du sommeil que la population générale. Cependant, nous pouvons traiter et améliorer l'AOS ; des mesures comme arrêter de fumer, perdre du poids et être plus actif physiquement peuvent aider à améliorer la condition, ce qui peut contribuer à réduire le risque d'accidents de la route dus à la somnolence des conducteurs (…) Pour les cas plus graves d'AOS, des traitements efficaces comme une pression positive continue dans les voies respiratoires peuvent être fournis. Cela aide les personnes atteintes d'AOS à respirer plus facilement la nuit, ce qui peut améliorer la qualité de vie des patients et permettrait également de réduire la somnolence au volant", commente le Professeur Anita Simonds, consultante en médecine respiratoire et du sommeil à la Royal Brompton and Harefield NHS Foundation Trust (Royaume-Uni) et vice-présidente de l'European Respiratory Society, extérieure à l’étude, en réaction à cette dernière.

En France, un accident mortel de la route sur 3 est dû à la somnolence sur les autoroutes, selon une étude IFOP parue l’été dernier. Cela en fait la première cause de décès sur ces axes (26%) au cours des cinq années précédant le rapport. Tous les ans dans l’Hexagone, 90 000 accidents sont dus à la somnolence.

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