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QUESTION D'ACTU

Renforcer le dépistage

Cancer du col de l'utérus : vers l'auto-prélèvement vaginal

Le cancer du col de l'utérus a causé la mort de 1 117 de personnes l'an dernier, notamment parce que le dépistage est trop faible en France. Afin de le renforcer et de cibler plus de femmes, la Haute Autorité de Santé recommande un test à partir de l'auto-prélèvement vaginal. 

Cancer du col de l'utérus : vers l'auto-prélèvement vaginal bee32/iStock

  • Publié 27.09.2019 à 16h00
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Le cancer du col de l’utérus est une maladie qui se développe sur la muqueuse du col de l’utérus, soit le tissu qui le recouvre. Elle est majoritairement provoquée par une infection persistante par le papillomavirus humain ou HPV, un virus qui se transmet par voie sexuelle. L’an dernier, en France, cette affliction a causé la mort de 1 117 de personnes et 2 920 cas ont été diagnostiqués, selon le Bulletin épidémiologique hebdomadaire de Santé Publique France paru le 17 septembre. Pourtant, ce cancer pourrait pourrait être facilement évité s’il était mieux dépisté, déplorent les spécialistes. Car si à l’heure actuelle, les autorités sanitaires conseillent vivement le dépistage par frottis cervico-utérin tous les trois ans pour toutes les femmes âgées de 25 à 65 ans, seules 62% d’entre elles suivent ces recommandations.  

"De tous les cancers, celui du col de l'utérus est celui qui peut être le plus efficacement contrôlé par un dépistage, lequel permet la détection et le traitement des lésions précancéreuses, prévenant ainsi son développement", expliquent Françoise Hamers(Santé publique France) et Anne-Sophie Woronoff (Réseau français des registres de cancers) à Slate.

C’est pourquoi, dans le dernier BEH, Santé Publique France plaide pour une amélioration du dépistage. Pour renforcer l’efficacité du frottis, la Haute Autorité de Santé (HAS) a d’ailleurs recommandé, au mois de juillet, un test en complément pour chercher la présence ADN des virus chez les femmes de plus de 30 ans.   

Des résultats entre une et trois semaines plus tard 

"Chez les femmes de plus de 30 ans, ce test s'avère nettement plus efficace pour réduire l'incidence du cancer du col de l'utérus. De plus, en cas de test négatif, le recours au test HPV permet d'allonger l'intervalle entre deux dépistages, de tous les trois ans à tous les cinq ans après 30 ans. En revanche, avant cet âge-là, il n'est pas recommandé car ce type d'infections transitoires sont très fréquentes chez les femmes jeunes. Leur détection exposerait de fait à des traitements inappropriés, augmentant ainsi les risques de complications lors de grossesses ultérieures", expliquent Françoise Hamers et Anne-Sophie Woronoff. 

Autre avantage et pas des moindres : ce test peut être pratiqué à partir d’un auto-prélèvement vaginal (APS). La HAS le recommande surtout pour les femmes qui ne se font pas dépister régulièrement, qui sont éloignées du système de soins ou n’ont jamais le temps d’aller chez le gynécologue. Précisons toutefois qu’il ne s’agit pas d’un auto-test au résultat immédiat mais d’un auto-prélèvement dont les résultats seront obtenus après analyses entre une et trois semaines plus tard.

Comme l’explique Slate, cette méthode avait déjà été expérimentée avec succès en 2014 par une équipe française de médecins et virologues dirigée par le professeur Alain Goudeauet le docteur Ken Haguenoer. "Nous étions partis du constat qu'environ 50% de femmes ne réalisent pas, ou pas assez souvent, leur frottis. Certaines ont des difficultés d'accès ou des réticences vis-à-vis de cet examen. Des études avaient aussi montré que ce test était une alternative possible au frottis en tant que test de dépistage du cancer du col", explique le Dr Haguenoer.

Et de préciser : avec l’auto-prélèvement, "nous avons alors fait une première étude, qui s'est avérée concluante. Une deuxième a suivi, pour voir si des femmes qui ne réalisaient pas leur frottis répondaient mieux à une invitation à réaliser un auto-prélèvement envoyé à leur domicile, plutôt qu'à une relance les incitant à faire appel à un professionnel. Cette étude fut également concluante". 

"Les femmes sont fatiguées des frottis"

A l’heure actuelle, l’Institut national du cancer (Inca) finance des projets de recherche et des études médico-économiques sur ce test. "Les femmes sont fatiguées des frottis. Nous sommes nombreux à nous poser des questions sur la légitimité de continuer à leur en imposer tous les trois ans, alors qu'elles pourraient pratiquer un auto-dépistage. La Hollande vient d'ailleurs de l'instaurer", expliquait par ailleurs le Pr Israël Nisand, président du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (Cgnof) au site Medscape cet été.

Rappelons toutefois que le meilleur moyen d’éviter de développer un cancer du col de l’utérus reste encore la vaccination contre les HPV. En France, elle est aujourd’hui recommandée pour toutes les filles âgées de 11 à 14 ans, avec un éventuel rattrapage entre 15 et 19 ans, ainsi que pour les hommes de moins de 26 ans ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes.

Toutefois, cette vaccination reste mal organisée. L’injection est surtout prescrite par des médecins généralistes et malgré des incitations publicitaires régulières et des recommandations de l’OMS, le taux de couverture vaccinale complète des jeunes filles de 16 ans dépasse à peine les 20% dans l’Hexagone. Soit l’un des plus faibles taux dans les pays qui la recommande.

"La mise en place d'un programme organisé de vaccination en milieu scolaire, comme il en existe dans de nombreux pays comme l'Australie, le Canada ou la Suède, permettrait d'augmenter la couverture vaccinale", expliquaient Catherine Sauvaget et Elisabete Weiderpass, chercheuse et directrice du Circ, l'agence spécialisée de l'OMS pour la recherche sur le cancer, à France Info il y a quelques semaines. En mars, un collectif réunissant Académies de médecine, Collèges et Syndicats a par ailleurs lancé un appel aux pouvoirs publics afin d’élargir le vaccin à tous les garçons à partir de 9 ans.  

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