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QUESTION D'ACTU

Journées européennes de l’obésité

Quand des médecins stigmatisent les obèses

Peu fiables et incapables d’être observants avec un traitement, c’est le préjugé de 39% des étudiants américains en médecine à l’encontre des patients obèses. En France, les mentalités changent petit à petit.

Quand des médecins stigmatisent les obèses   DURAND FLORENCE/SIPA

  • Publié 24.05.2013 à 13h29
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Janvier 2012, le nutritionniste le plus célèbre de France, le Dr Dukan crée un tollé en proposant des points supplémentaires au bac pour les élèves parvenant à maintenir leur poids d’équilibre. Spécialistes en nutrition, ministère de l’Education nationale et associations dénoncent en cœur une inadmissible stigmatisation des adolescents en surpoids ou obèses. Mais Pierre Dukan est loin d’être le seul médecin que sa formation n’a pas protégé de l’idée reçue du gros qui peut se laisser aller.
Une équipe américaine, qui publie aujourd'hui dans la revue spécialisée Journal of Academic Medicine, a interrogé 300 étudiants en 3e année de médecine sur leurs perceptions des personnes obèses. 39% d’entre eux ont révélé des préjugés anti-gros, souvent inconsciemment admis. Par exemple, pour ces futurs médecins, un patient obèse est beaucoup moins susceptible de suivre correctement les traitements qui lui sont prescrits qu’un patient de poids normal. Ces étudiants reconnaissent même témoigner moins de respect à un malade obèse, qu’il s’agisse de paroles ou d’actes.

Ces préjugés sont loin d’être l’apanage des étudiants en médecine américains. Ils persistent une fois que les médecins sont diplômés et sont aussi bien répandus de notre côté de l’Atlantique. « Les médecins ont les mêmes a priori que tout un chacun. La blouse blanche ne protège en rien de l’ostracisme anti-gros », dénonce le psychiatre Gérard Apfeldorfer, fondateur du Gros, le groupe de réflexion sur l’obésité et le surpoids. Plusieurs études ont déjà montré que les médecins ont tendance à avoir moins d’empathie et de compréhension pour un patient souffrant d’obésité plutôt que d’une autre pathologie. Un trop grand nombre d’entre eux sont encore persuadés qu’un patient qui n’arrive pas à contrôler son poids souffre juste d’une carence de la volonté. « Le discours médical est donc volontiers moralisateur, culpabilisant et ponctué d’ultimatums, regrette le Dr Apfeldorfer. Une jeune femme obèse qui confie à son gynécologue un projet de grossesse a de fortes chances de s’entendre dire  "maigrissez d’abord, vous serez enceinte après", c’est scandaleux car elle n’a pas plus de risques qu’une autre si elle est correctement surveillée ! »

Ecoutez Anne-Sophie Joly, présidente du Collectif national des associations d’obèses (CNAO) : « Les a priori jouent encore contre nous mais le Plan Obésité a fait avancer les choses dans le corps médical »


« Actuellement, on peut diviser le corps médical en 2 : une moitié qui manifeste la même grossophobie que le grand public et une moitié qui est allée plus loin que ses préjugés, certains commencent même à suivre des formations spéciales sur les patients obèses », résume Anne-Sophie Joly, la présidente du Collectif national des associations d’obèses (CNAO). La marge de progression reste donc importante d’autant plus que la parole des soignants est encore plus blessante pour la personne obèse que les préjugés rencontrés au quotidien. Il y a effectivement des difficultés de prise en charge propres à l’obésité. En chirurgie par exemple, l’anesthésie et la cicatrisation sont plus délicates « mais on peut parfaitement dire les choses sans chercher à culpabiliser ni être gratuitement blessant »,  souligne la présidente du CNAO.

« Le danger, c’est que cette attitude stigmatisante nourrit la réticence des personnes obèses à aller consulter un médecin quel qu’il soit. C’est un facteur important de mauvaise prise en charge », poursuit Gérard Apfeldorfer. Ce qui peut conduire à des situations dramatiques lorsque des patients souffrant parfois de plusieurs pathologies autres que l’obésité restent plusieurs années sans aucun suivi médical.

Ecoutez Anne-Sophie Joly : « C’est le SAMU, appelé pour un infarctus, qui découvre des patients de 250 kilos alités depuis des mois »


« Ce sont très souvent des patients qui ont été abîmés par une prise en charge médicale dégradante il y a 15 ou 20 ans », raconte Anne-Sophie Joly. La prise de conscience et le changement d’attitude en cours au sein du corps médical devraient donc permettre d’éviter ces situations dramatiques à l’avenir.

 

La 4e édition des journées européennes de l’obésité se déroule les 24 et 25 mai dans toute la France avec pour mot d’ordre « Stop aux diktats ».    

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