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Nouveau scandale sanitaire ?

Androcur : les tumeurs du cerveau et le scandale des prescriptions hors AMM

Le plus souvent prescrit hors-AMM, comme contraceptif ou traitement contre l’acné et l'endométriose, l’Androcur® multiplie par 20 le risque de tumeur cérébrale. Il s'agit du même principe actif que la pilule Diane®, 25 fois plus dosée, mais sans forcément les mêmes risques thrombo-emboliques. Explications.

Androcur : les tumeurs du cerveau et le scandale des prescriptions hors AMM man_at_mouse/iStock

  • Publié 13.09.2018 à 09h46
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Après les pilules de 3e et de 4e génération, c’est au tour de l’Androcur® de faire l’objet d’une nouvelle crise du médicament, voire d'un futur scandale sanitaire.

Grâce à l'acharnement de neurochirurgiens qui ont fait assez tôt le lien entre ce médicament et l'augmentation du risque de méningiome (il y a 10 ans quand même), une enquête a été menée par l'ANSM et celle-ci révèle que cet anti-androgène assez couramment prescrit comme contraceptif ou traitement contre l’acné et l'endométriose, multiplie par 7 le risque de méningiome au bout de 6 mois et par 20 au-delà de 5 ans de traitement.

Une tumeur plus fréquente chez les femmes

Le méningiome est une tumeur dite "bénigne", qui se développe au niveau des méninges, et compresse la partie du cerveau en regard, puisque la boite crânienne est en os et est donc inextensible. Les méningiomes représentent un tiers des tumeurs intracrâniennes et sont plus fréquents chez les femmes en raison de leur hormonodépendance à la progestérone : il existe des récepteurs à la progestérone sur les méningiomes et ceux-ci seraient stimulés sous acétate de cyprotérone.

Le développement des méningiomes, habituellement lent, serait anormal sous ce traitement, avec un développement plus rapide et des méningiomes multiples. Il est possible de voir régresser les méningiome à l'arrêt de l'Androcur. La gravité de cette tumeur tient à son volume et à sa localisation, avec par exemple un risque de cécité si un méningiome est situé près des voies optiques.

Un risque de méningiome multiplié par 20

Sur son site Internet, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) reconnaît que depuis 2009, "l’acétate de cyprotérone fait l’objet d’une surveillance particulière suite au signal émis par la France au niveau européen sur le risque d’apparition de méningiome. L’évaluation de ce signal par l’Agence européenne des médicaments (EMA) a conduit à faire figurer ce risque dans la notice du médicament en 2011".

Selon une étude pharmaco-épidémiologique menée par l’Assurance maladie en collaboration avec le service de neurochirurgie de Lariboisière, le risque de méningiome est multiplié par 7 pour les femmes traitées par de fortes doses sur une longue période (plus de 6 mois) et par 20 après 5 années de traitement. Il existe, en effet, une forte relation entre la dose et l’effet, le risque étant multiplié par plus de 20 au-delà d’une dose cumulée de 60 g, soit environ 5 ans de traitement à 50 mg/j ou 10 ans de traitement à 25 mg/j (lorsque le traitement est pris 20 jours par mois).

Des chiffres qui pourraient être sous-estimés, explique à L’Express le Dr Isabelle Yoldjian, chef de pôle des médicaments en endocrinologie à l'ANSM. "Ces chiffres reposent sur l'analyse des seuls cas opérés. Or les médecins ne retirent pas toujours les tumeurs, car elles peuvent régresser après l'arrêt du traitement. Et certaines peuvent aussi passer longtemps inaperçues." Selon l’étude de l’Assurance maladie, plus de 500 femmes prenant de l'Androcur ou un de ses génériques ont subi une intervention pour un méningiome entre 2007 et 2015. 

Un anti-androgène surtout prescrit "hors-AMM"

Commercialisé depuis les années 80 par les laboratoires Bayer, l'Androcur (et ses génériques) est un anti-androgène prescrit pendant des années à des milliers de femmes (57 000 en 2017, selon l’Assurance maladie). Appartenant à la classe des anti-androgènes stéroïdiens, l'acétate de cyprotérone, le principe actif de l’Androcur, est utilisé normalement pour traiter le cancer de la prostate ou les hirsutismes, un développement extrême de la pilosité, à la dose de 50 mg par jour. Par ailleurs, l'acétate de cyprotérone est indiqué à la dose de 100 mg par jour dans le traitement des paraphilies. Mais ce n’est pas son seul usage.

Puisque l'acétate de cyprotérone bloque les effets de la testostérone, l'Androcur et ses génériques sont régulièrement prescrits aux femmes souffrant d’acné rebelle, d’endométriose ou en guise de contraception (en particulier en cas d'hyperandrogénie). Pourtant, l’Androcur n’a jamais reçu de validation de ces trois dernières indications de la part des autorités de santé (autorisation de mise sur le marché ou "AMM"): ce sont des prescriptions "hors-AMM", c'est-à-dire non-validées, même si quelques publications scientifiques permettent aux médecins de penser que l'acétate de cyprotérone y est efficace.

Un scandale qui monte

Les risques concernant le médicament sont connus depuis longtemps (2008), les médecins informent déjà les malades mais il pourra toujours leur être reproché de ne pas en faire assez, et surtout que la majorité des prescriptions semblent être hors-AMM. Déjà, de nombreuses voix s'élèvent pour demander pourquoi l'Androcur® et ses génériques ont continué à être prescrits à des patientes sur le long terme pour des acnés "avec plus ou moins de poils".

L’Androcur fait l'objet d'une surveillance particulière depuis 2009 par l’EMA et la notification du risque de méningiome est sur la notice du médicament, avec une contre-indication en cas d'antécédent ou de présence d'un méningiome. En terme d'information patient, c'est ce qui est considéré comme le minimum ! Dans une enquête citée par la HAS en 2012 (enquête IMS), lors du renouvellement du remboursement, l'hirsutisme et le cancer de la prostate ne représentaient que 30% des prescriptions ! Les chiffres peuvent avoir changé, mais il serait bien qu'on nous les fournissent. Dans la mesure où l'Androcur® est largement génériqué, le laboratoire Bayer peut difficilement être considéré comme responsable des prescriptions hors-AMM actuelles. Qui le sera ?

Un scandale qui suit celui de la pilule Diane 35®

Enfin, l'acétate de cyprotérone est le principe qui est aussi contenu dans la pilule Diane 35®, pilule qui avait défrayé la chronique en raison d'une augmentation des risques de phlébite et d'embolie pulmonaire, voire d'accident vasculaire cérébral.

Des études ont montré que le risque thromboembolique veineux est 1,5 à 2 fois plus important chez les utilisatrices de Diane et des pilules de 3e et 4e génération que chez les utilisatrices de contraceptifs oraux combinés (COC) contenant du lévonorgestrel. De ce point de vue, le risque thrombo-embolique sous Androcur® est clairement signalé dans la notice, mais certaines études et revues bibliographiques énoncent que le risque thrombo-embolique serait plus faible.

L’ANSM a créé au mois de juin "un comité scientifique spécialisé temporaire (CSST) qui a pour objectif de discuter des conditions d’utilisation et de prescription de ces médicaments afin de limiter ce risque". De nouvelles recommandations élaborées avec les sociétés savantes concernées devraient être émises "d’ici la fin de l’année" en précisant les indications qui justifient un sur-risque éventuel, les doses et les durées maximales, ainsi que la surveillance. En attendant, les "patients et les professionnels de santé peuvent déclarer tout effet indésirable suspecté d’être lié à un médicament, directement sur le portail de déclaration du ministère en charge de la santé" : signalement-sante.gouv.fr

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