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QUESTION D'ACTU

Signature cérébrale universelle

Anesthésie générale : pourquoi et comment perdons-nous conscience ?

Des scientifiques ont percé à jour les mécanismes du cerveau qui permettent au patient de perdre conscience lors d'une anesthésie générale. 

Anesthésie générale : pourquoi et comment perdons-nous conscience ? SerhiiBobyk / istock

  • Publié 22.08.2018 à 08h40
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L’anesthésie générale est une opération médicale des plus banales. Pourtant, le mécanisme neurologique qui fait perdre conscience au patient était jusqu’ici un mystère pour les scientifiques. Pour le percer, une équipe a acquis des images de l’activité cérébrale de macaques pendant l'éveil ou sous anesthésie générale au propofol, à la kétamine ou au sevoflurane. Les données publiées dans Anesthesiology ont été obtenues par imagerie par résonnance magnétique fonctionnelle (IRMf) et par électroencéphalographie (EEG).

Une anesthésie générale rigidifie le cheminement de l’information

Quelque soit le produit utilisé pour endormir les singes, les chercheurs ont découvert une "signature cérébrale universelle" de l’anesthésie générale au sein du cerveau. "Pour mieux comprendre la découverte, imaginez que notre cerveau soit notre planète terre et que l’IRM fonctionnelle soit un satellite surveillant les axes routiers. Nous avons constaté que, dans l’état conscient, le réseau routier est fluide et flexible : les axes autoroutiers et secondaires voient une bonne circulation et une bonne flexibilité dans la gestion des évolutions du flux rencontré par le réseau. En revanche, en cas d’anesthésie générale, le réseau est cantonné aux axes autoroutiers. Il ne permet ni une bonne flexibilité et ni une bonne répartition du flux, générant en quelque sorte des embouteillages", décrit Béchir Jarraya, professeur de médecine à l’université Versailles-Paris-Saclay, neurochirurgien à l’hôpital Foch de Suresnes et chercheur à Neurospin à Saclay, qui a dirigé ces travaux avec Lynn Uhrig, anesthésiste-Réanimateur, Hôpital Sainte-Anne Chercheur en neurosciences chez CEA.

En d’autres termes, une anesthésie générale rigidifie le cheminement de l’information au sein du cerveau. Seule les activités du cerveau liées aux fonctions anatomiques sont maintenues. Ce phénomène explique la perte de conscience induite par l’anesthésie générale chez un patient. "Quel que soit le mécanisme moléculaire, l'anesthésie a conduit à une reconfiguration massive du répertoire des états fonctionnels du cerveau qui sont devenus principalement façonnés par l'anatomie du cerveau, donnant lieu à une signature corticale bien définie de la perte de conscience induite par l'anesthésie", concluent les auteurs de l’étude. L’équipe a rassemblé des chercheurs du CEA, de l’Inserm, des Universités de Versailles Saint-Quentin en Yvelines, Paris Sud/Paris Saclay, et Paris Descartes et de l’hôpital Foch.

Développer de nouveaux produits pharmacologiques

Cette découverte pourrait induire des changements dans la manière d’aborder les anesthésies générales et les sédations en réanimation des patients comateux. Elle pourrait aussi permettre de développer de nouveaux produits pharmacologiques plus sélectifs.

En France, 9 millions d'anesthésies générales sont pratiquées chaque année. Le taux de mortalité varie de 0,4 pour 100 000, dans le cas de patients bien portants, à 55 pour 100 000 pour ceux porteurs des pathologies les plus graves. "Avoir une anesthésie générale présente plus de risques que de voyager en train, mais c'est plus sûr que de monter dans sa voiture", résume dans Le Monde André Lienhart, chef du service d'anesthésie-réanimation du CHU Saint-Antoine à Paris.

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