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QUESTION D'ACTU

Cancérologie

Les nouveaux mots du cancer : qu'est-ce que la biopsie liquide ?

La prévention, le dépistage et le traitement du cancer évoluent vite. Les cancérologues du monde entier, réunis à l’ASCO 2018, parlent une nouvelle langue dont les expressions parviennent vite dans le langage des patients. Pourquoi Docteur vous fait partager ces nouveaux mots du cancer. Aujourd’hui : la biopsie liquide.

Les nouveaux mots du cancer : qu'est-ce que la biopsie liquide ? anyaivanova / istock

  • Publié 07.06.2018 à 19h00
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Entretien avec le Pr Frédérique Penault-Llorca, Directrice générale du centre Jean-Perrin à Clermont-Ferrand et présidente déléguée d’Unicancer. 

Dr Jean-François Lemoine : Le mot "biopsie" n’est pas très nouveau ?

Pr Penault-Llorca : La biopsie, c’est le fait de retirer un petit fragment de la tumeur cancéreuse pour l'analyser. C’est-à-dire que ce n’est pas toute la tumeur, juste un fragment. En général soit pour faire un diagnostic, soit sur une lésion secondaire, soit avant d’opérer quelqu’un.

Dr Jean-François Lemoine : On comprend qu’aller chercher une tumeur au niveau du foie, c’est assez simple, mais quand il s’agit d’aller chercher la tumeur à l’intérieur d’un poumon, problème. Que fait-on ? 

Pr Penault-Llorca : C’est en effet un acte que l’on appelle "invasif". C’est-à-dire que l’on pénètre à l’intérieur du corps pour retirer un fragment de tumeur. Dans certains cas, on est obligé de le faire sous scanner ou sous IRM. Parfois avec une anesthésie générale ; il y a des risques d’hémorragie… C’est donc un acte lourd. La parade aujourd’hui, est ce que l’on appelle la biopsie liquide. C’est une simple prise de sang, qu’on va traiter d’une façon particulière. On va chercher, dans cette prise de sang, des petits morceaux de l’ADN des tumeurs, et les analyser, comme si on analysait un morceau de cette tumeur sans avoir besoin de faire un prélèvement.

Dr Jean-François Lemoine : Pourquoi ne parle-t-on pas de "une prise de sang" tout simplement ? La médecine aime compliquer à l’extrême ?

Pr Penault-Llorca : La technique est en effet une prise de sang. Mais les prises de sang, habituellement, sont faites pour regarder la glycémie, les globules, etc… Là, nous ne faisons pas les mêmes analyses, nous ne traitons pas de la même façon le prélèvement sanguin. Nous regardons spécifiquement l’ADN de la tumeur qui circule dans le sang. Et cet ADN de la tumeur, qui se promène dans le sang, va nous permettre de nous dire qu’il y a des tumeurs, on ne sait pas forcément où... Cela permet de suivre l’évolution, de quantifier la masse tumorale qui est présente, et probablement le plus intéressant aujourd’hui, dans la limite des technologies que l’on a, d’analyser ces caractéristiques, sans être obligé de prélever, de refaire des biopsies. C’est un plus énorme pour les patients…

Dr Jean-François Lemoine : Nous pourrions rêver un peu en nous disant qu’avec une prise de sang nous pourrions prévenir ! Et dire à quelqu’un qui va bien: "attention, vous avez une tumeur qui ne parle pas encore, mais qui est présente". 

Pr Penault-Llorca : Aujourd’hui, pas encore. Mais j’espère qu’un jour, ce sera le cas et que nous arriverons à anticiper par exemple chez des personnes à très haut risque de cancer, des fumeurs, ou des gens qui ont un risque génétique… la survenue de leur cancer grâce à ces prélèvements. Mais aujourd’hui, les tests ne sont pas encore assez sensibles, nous ne savons peut-être pas encore regarder exactement ce qu’il faut. Donc nous allons dire, qu’aujourd’hui, ce n’est pas encore le cas. 

Dr Jean-François Lemoine : Aujourd’hui, certes, mais quand ?

Pr Penault-Llorca : Pour moi, dans 5 à 10 ans.

Dr Jean-François Lemoine : Ce n’est quand même pas dans très longtemps ! Donc, si je résume, on ne sait pas encore dire : "attention, il y a un cancer qui arrive". Mais plutôt : "il y a un cancer qui est là". Les résultats de cette biopsie liquide, ce sont des chiffres ? Et est-ce que l’on peut quantifier l’évolution de ce cancer ?

Pr Penault-Llorca : Pour le moment on ne dépiste pas des cancers. On fait cette biopsie à des patients qui ont des cancers connus, et qui sont dans des stades avancés, avec des métastases. Donc la biopsie liquide va nous aider à suivre cette métastase, à regarder en fait s’il y a une progression, si on voit une augmentation de l’ADN, et surtout si cet ADN change, ce qui pourrait nous indiquer une résistance au traitement qu’on est en train de faire. 

Dr Jean-François Lemoine : Parlons justement de ce facteur qui me paraît essentiel : vous pouvez dire, prédire l’efficacité d’un traitement ?

Pr Penault-Llorca : Exactement. Ce n’est pas de la science-fiction ! On utilise aujourd’hui les biopsies liquides dans le cancer du poumon. Certains cancers du poumon qui sont traités par des médicaments qui s’appellent les anti-EGFR. Normalement, l’ADN tumoral circulant doit diminuer, voire disparaître. Mais il peut aussi réapparaître, ce qui montre une progression, et dans certains cas, des mutations apparaissent, donc un changement de cet ADN montre que la tumeur est en train de devenir résistante au médicament.

Dr Jean-François Lemoine : Il faut donc arrêter le traitement… ?

Pr Penault-Llorca : Oui et en donner un autre.

Dr Jean-François Lemoine : Est-ce qu’on pourra dire un jour – de la même façon qu’on peut prédire, mais cela paraît peut-être plus simple –, qu'il n’y a plus d’ADN circulant, donc qu'on est guéri ? 

Pr Penault-Llorca : Oui, mais dans la limite de la sensibilité. C’est-à-dire qu’aujourd’hui, une biopsie liquide a de la valeur si elle est positive, si on identifie de l’ADN tumoral circulant. Mais il faut savoir que certaines tumeurs diffusent très peu d’ADN tumoral circulant, et aujourd’hui, on n’a peut-être pas des techniques assez sensibles. Mais là aussi, c’est une question de mois ou d’années. La technologie va très, très, très vite.

Dr Jean-François Lemoine : Qui peut en France bénéficier de cette avancée technologique majeure ?

Pr Penault-Llorca : Aujourd’hui, cette technique, comme elle est associée à des médicaments, s’est développée sur les plateformes de l’Institut National du Cancer, l’INCA. Il y en a 28 en France. Comme ce n’est qu’un simple prélèvement sanguin, que l’on met dans un tube spécial, on peut le faire chez un médecin, ou dans un hôpital, et l’adresser à une de ces plateformes qui a les appareils pour faire les biopsies liquides.

Dr Jean-François Lemoine : C’est-à-dire que tous les gens qui ont un cancer du poumon et qui sont traités avec ces médicaments-là bénéficient de la biopsie liquide ?

Pr Penault-Llorca : Ils peuvent en bénéficier mais cela va dépendre du médecin. Dans la grande majorité des cas, ils sont informés et vont faire les biopsies liquides pour suivre ces patients.

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