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QUESTION D'ACTU

Mauvaises graisses

Que sont les acides gras trans que l'OMS veut bannir de notre alimentation ?

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) vient de prendre l’initiative d’éliminer les acides gras trans de notre alimentation et ce, partout dans le monde. Mais que sont les acides gras trans ? Quels sont les dangers liés à leur consommation ?

Que sont les acides gras trans que l'OMS veut bannir de notre alimentation ? airdone /istock

  • Publié 16.05.2018 à 10h10
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Chips, pop corn, beurre, fritures... Les acides gras trans sont présents dans les produits laitiers, la viande de ruminants, ainsi que dans certains aliments transformés par l'industrie alimentaire. Les graisses trans se forment lors de l'hydrogénation d'huiles végétales, un procédé qui vise à améliorer l'aspect esthétique des plats industriels commercialisés. Chaque année, ces graisses seraient responsables de plus de 500 000 décès par maladie cardiovasculaire. On parle ici des pathologies qui concernent le cœur et la circulation sanguine. Dans les pays occidentaux, leur expression la plus courante est la maladie coronarienne, responsable de l'angine de poitrine ou encore des infarctus. 

Il existe deux sources principales d’acides gras trans : naturelles (produits laitiers et viande de ruminants telles que vaches et brebis) et industrielles (huiles partiellement hydrogénées). Les huiles partiellement hydrogénées ont été introduites dans l’alimentation au début du 20e siècle en remplacement du beurre, et ont gagné en popularité des années 50 à 70, parallèlement à la découverte de leurs bonnes capacités de conservation des aliments et des conséquences négatives des acides gras saturés sur la santé.

Les acides gras trans produits industriellement se retrouvent dans les graisses végétales durcies, comme la margarine et le beurre clarifié. Ils sont souvent également présents dans les produits de grignotage, les aliments cuits au four et frits. "Les fabricants les utilisent fréquemment car ils ont une durée de conservation plus longue que les autres graisses. Mais d'autres produits plus sains pourraient être utilisés sans affecter le goût ni le coût des aliments", écrit l'OMS dans un communiqué.

Le plan d'action de l'OMS

"Les acides gras trans sont un produit chimique toxique inutile et meurtrier. Il n’y a aucune raison pour que les habitants de la planète continuent d’y être exposés", résume le Dr Tom Frieden, Président-Directeur général de Resolve to Save Lives. Le remplacement des acides gras trans industriels par des acides gras insaturés ne modifient en effet ni le goût, ni le prix des aliments.

Concrètement, le plan de l’OMS se décline en six mesures stratégiques :

1/examiner les sources alimentaires d’acides gras trans et les changements de politiques nécessaires.

2/Promouvoir le remplacement des acides gras trans produits industriellement par des huiles et des graisses plus saines.

3/Adopter des lois, ou prendre des mesures réglementaires, pour éliminer les acides gras trans produits industriellement.

4/Evaluer et suivre la teneur en acides gras trans dans l’alimentation et l’évolution de la consommation d’acides gras trans dans la population.

5/Sensibiliser les décideurs politiques, les producteurs, les fournisseurs et le grand public aux conséquences sanitaires des acides gras trans.

6/Veiller à la bonne application des politiques et des réglementations.

Les acides gras trans aux Etats-Unis

Depuis 2006, la ville de New York a interdit aux restaurants d'utiliser des acides gras trans dans leurs plats. Une étude parue dans le JAMA Cardiology en 2017 affirme que cette initiative a eu des répercussions positives sur la population : depuis cette interdiction, le nombre d’infarctus et autres incidents cardiovasculaires a chuté dans la métropole.

Les chercheurs de l’université de Yale (Etats-Unis), ont comparé les données de santé des plus de 8 millions d’adultes vivant dans la zone où allait être appliquée l’interdiction des acides gras trans à celle de 3,3 millions de personnes vivant dans une autre zone d’influence non soumise à cette interdiction. Au bout de 3 ans, cette restriction a permis un recul de 6 % des incidents cardiovasculaires. Les scientifiques ont découvert que l'impact était particulièrement marqué dans le cas de l’infarctus du myocarde. Les hospitalisations sur ce motif étaient 8 % moins nombreuses en 2009.

Une avancée majeure quand on sait que les Etats-Unis sont de gros consommateurs d'acides gras trans. Une étude de l'ONG américaine EWG a démontré qu'aux Etats-Unis, un tiers des aliments des supermarchés contient des huiles hydrogénées. Plus précisément, ils seraient présents dans plus de 27 % des 84 000 produits de supermarché testés. L’organisation EWG a aussi relevé que seulement 2 % des aliments recensés indiquaient la présence de ces acides gras trans sur leur étiquette. Plus grave encore, les produits à destination des plus jeunes qui indiquaient "zéro acide gras trans", contenaient dans 10 % des cas, des doses allant de 0,5 à 1 %.

Les normes en Europe

Certains pays les ont également interdits comme la Lettonie, le Danemark ou encore la Hongrie. Le Danemark est "le premier pays à avoir imposé des restrictions sur les acides gras trans produits industriellement", précise l'OMS. "La teneur en acides gras trans des produits alimentaires a fortement baissé et les décès par maladie cardiovasculaire ont baissé plus rapidement que dans les pays comparables de l'OCDE". Il n'existe à ce jour aucune réglementation à l'échelle européenne.

En 2016, le Parlement européen avait regretté "l'absence d'une approche harmonisée" au niveau de l'Union Européenne concernant l'utilisation et la consommation d'acides gras trans. Il estimait essentiel "de prendre des mesures, non seulement au niveau national, mais au niveau de l'Union si l'on veut réduire considérablement la consommation générale d'AGT".

La Commission européenne avait lancé "une analyse d'impact sur une éventuelle initiative de l'UE visant à limiter les apports en acides gras trans d'origine industrielle dans le régime alimentaire des consommateurs de l'Union". Une décision pourrait être prise fin 2018. Affaire à suivre. 

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