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QUESTION D'ACTU

Par le Conseil départemental

Saône-et-Loire : comment seront recrutés les 30 médecins

ENTRETIEN - Pour faire face à la désertification médicale, la Saône-et-Loire va salarier 30 médecins, répartis selon les besoins territoriaux.

Saône-et-Loire : comment seront recrutés les 30 médecins IgorTishenko/Epictura

  • Publié 20.06.2017 à 17h18
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Pour combler le manque de médecins dans les déserts médicaux, pourquoi ne pas, tout simplement, embaucher des médecins ? C’est le projet du conseil départemental de la Saône-et-Loire, qui devrait lancer, dès la rentrée prochaine, le recrutement d’une trentaine de généralistes, qui seront donc directement salariés par le département.

L’idée paraît simple, mais c’est la première initiative de cette envergure, en France. En Saône-et-Loire, la densité de généralistes est faible, autour de 84 praticiens pour 100 000 habitants (contre 104 pour la moyenne nationale). Les mesures mises en place pour favoriser l’installation de médecins (notamment les incitations financières), n’ont pas donné pleine satisfaction. Ce « centre médical départemental » devrait favoriser l’accès aux soins.

Un contrat de 35 heures, 5 000 euros net par mois, et une pratique déchargée des tracas administratifs, qui seront gérés par le département. Pour les médecins qui seront embauchés, la promesse est alléchante. Plus que la simple perspective d’installation dans un désert médical, qui s’accompagne irrémédiablement d’une surcharge de travail. Seul bémol : la mobilité. En étant salariés du département, ils seront invités à exercer là où les besoins seront les plus importants, et pourraient être amenés à se déplacer.

André Accary, président du Conseil départemental de la Saône-et-Loire, vient d'annoncer officiellement le lancement de ce projet qu’il prépare depuis deux ans. Il le détaille pour Pourquoidocteur.

La Saône-et-Loire est-elle touchée par la désertification médicale ?
André Accary : Nous sommes encore sur une situation que l’on peut qualifier de « tolérable ». Mais elle va se dégrader d’ici trois ou quatre ans, à cause de la moyenne d’âge des praticiens, d’une part, mais aussi du vieillissement de la population, qui est au-dessus de la moyenne française.
Les dispositifs déjà mis en place apportent quelques améliorations, mais elles sont finalement très sommaires. Nous ne sommes pas loin du mercurochrome sur la jambe de bois. Je les ai confirmés, j’ai essayé de les adapter. L’État a aussi mis en place des dispositifs fiscaux attractifs pour certains territoires, et pas pour d’autres. On rentre alors dans la concurrence déloyale entre les territoires. Ce n’est pas une solution pérenne, et ça ne règlera en rien la désertification médicale du département de Saône-et-Loire.
Avec ce nouveau projet, nous allons travailler avec tous les intervenants – Ordre des médecins, ARS, élus – pour construire un rapport complet pour le mois de septembre, et ensuite lancer les recrutements. Je n’ai pas de baguette magique, je propose juste une solution. Ce sera peut-être un fiasco total, mais j’espère répondre aux attentes des praticiens et de la population.

 

Ecoutez...
André Accary, président du conseil départemental de Saône-et-Loire : « Il faut lancer une opération, unique dans le sens où ça ne se fait pas ailleurs, pour éviter la concurrence entre territoires... »

 

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Pourquoi recruter 30 médecins ?
André Accary : Nous avons tenu compte de la situation démographique, de l’organisation territoriale, des dispositifs de l’Etat, de l’évolution de l’âge de la population. Pour parler comme un médecin, c’est un diagnostic complet du territoire qui a été fait. J’en suis arrivé à la conclusion selon laquelle il faut lancer une opération, unique dans le sens où ça ne se fait pas ailleurs, pour éviter la concurrence entre territoires.
Mais c’est un premier chiffre, qui va évoluer. Pour l’instant, c’est 30 médecins. Mais si, d’un coup, 5 généralistes s’en vont, ça sera 35. J’espère procéder aux premiers recrutements après septembre. L’objectif, c’est de régler la question de la désertification médicale des médecins généralistes d’ici 2 ou 3 ans.

Comment les sites d’installation seront-ils choisis ?
André Accary : Aujourd’hui, le chantier est lancé. Je souhaite mettre tous les partenaires autour de la table (ARS, médecins libéraux), avec les élus du territoire, et décider des sites.
Ce ne seront pas des maisons de médecins. Les autres collectivités en ont, et ce n’est pas ce que je veux faire. Nous voulons remplir ces maisons. Je ne parle que de recrutement de médecins.
Notre dispositif sera le plus souple possible. Si nous installons des médecins départementaux dans un secteur géographique, et qu’ensuite, il y a un projet d’installation de libéraux, nous nous retirerons pour nous installer ailleurs. Je ne veux pas déshabiller Pierre pour habiller Paul. Nous ne recruterons pas de médecins libéraux du département de Saône-et-Loire pour constituer l’organisme. Nous visons une solution complémentaire et non-concurrentielle.
C’est tout l’avantage d’un dispositif départemental, qui permet cette souplesse : une commune ne peut pas le faire.

Qui va salarier ces médecins ?
André Accary : C’est le département, ce qui offre une vraie sécurité aux médecins qui pourraient être recrutés. Nous avons l’accord de la CPAM et des autres acteurs, qui ont été consultés sur le projet. Les médecins seront des salariés du département, et ils auront sans doute aussi, au moins pour quelques-uns, d’autres missions. Le département gère par exemple les centres de Protection maternelle et infantile (PMI). Les soucis administratifs seront pris en charge par le département.
Nous visons des médecins récemment diplômés, qui souhaitent poursuivre une activité en secteur hospitalier, en situation de burn-out dans d’autres départements, ou qui ont 15-20 ans de carrière et souhaitent retrouver leur vraie profession, la consultation médicale, sans passer un tiers de leur temps sur des prouesses administratives.

Quel est l'opinion de l’Ordre des médecins sur le travail salarié ?
André Accary : Il est très ouvert. Il m’a donné quelques recommandations, dont nous tiendrons compte. Je tiens d’ailleurs à l’associer à notre travail, avant la publication du rapport au mois de septembre. Ils souhaitent en particulier que nous ne fassions pas rentrer les médecins et les territoires en concurrence. Et ça, je le garde bien en tête.

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