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QUESTION D'ACTU

Dr Patrick Légeron

Burn-out : "la prévention occupe une place très faible"

ENTRETIEN – La HAS a émis des recommandations pour prendre en charge le burn-out. Selon le psychiatre Patrick Légeron, elles restent insuffisantes.

Burn-out : \ londondeposit/epictura

  • Publié 23.05.2017 à 07h51
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Le burn-out, cette notion fourre-tout, fait l’objet de nouvelles recommandations de la Haute Autorité de Santé. L’instance a souhaité guider les médecins de travail et les généralistes, confrontés à un syndrome très courant et malgré tout, particulièrement difficile à diagnostiquer tant ses symptômes, variés et transversaux, peuvent s’apparenter à ceux d’autres maladies.

Alors que les législateurs du précédent mandat planchaient sur un projet de reconnaissance comme maladie professionnelle, la France s’engage davantage sur ce terrain complexe de la médecine du travail. Toutefois, selon le psychiatre Patrick Légeron, fondateur du cabinet de conseil « Stimulus » et co-auteur du rapport de l’Académie de Médecine (2016) sur le burn-out, les dernières recommandations ne permettent pas réellement de prendre le mal à la racine.


Les médecins avaient-ils vraiment besoin que la HAS se positionne ?

Dr Patrick Légeron : Oui, d’abord parce que c’est une problématique dont on parle énormément et dont la réalité, même si elle est mal cernée, est assez inquiétante. Par ailleurs, il s’avère que le corps médical est très mal formé. C’est vrai des médecins du travail : même s’ils se forment de plus en plus et sont aujourd’hui plutôt bien au courant, on peut améliorer leur expertise dans ce domaine. Mais c’est surtout vrai des médecins généralistes, qui sont un peu perdus. D’ailleurs, quand on fait des enquêtes, il est étonnant de constater que les médecins généralistes expliquent qu’une très grande partie des problèmes qu’ils sont amenés à voir avec leurs patients sont d’ordre psychologique.

Il s’agit bien d’une nouvelle pathologie. On parle beaucoup des maladies du 21e siècle, cela est juste et le stress en fait partie, tout comme il y avait les nouvelles pathologies infectieuses au Moyen Âge. Il fallait ce guide de la HAS, qui montre que la question est prise en compte par les instances sanitaires et non pas seulement par le seul ministère du Travail, comme ça a été le cas pendant longtemps. Le rapport de l’Académie de Médecine avait d’ailleurs conclu à la nécessité de former les professionnels de santé, dès leurs études de médecine.
 

Ces recommandations permettent-elles de répondre aux besoins ?

Dr Patrick Légeron : En partie, seulement. Le reproche que je peux faire, c’est que l’on reste dans une culture très française, où la prévention occupe une place très faible. On voit dans ce rapport à quel point l’accent est mis sur la prise en charge et le retour au travail, qui sont des domaines fondamentaux. Mais la prévention est mise de côté, hélas.

Je crains que l’on réitère l’erreur faite avec le suicide en entreprise il y a dix ans. A l’époque, le débat avait surtout porté sur la reconnaissance, la responsabilité, l’imputabilité, mais si peu sur la prévention. Aujourd’hui, il y a toujours autant de suicides dans le monde du travail qu’il y a dix ans, et les entreprises ne sont pas plus avancées pour prévenir le suicide au travail. J’ai peur que ce soit de nouveau le cas dans ce rapport. Ceci dit, il s’adresse aux médecins. Or, la prévention est affaire d’organisation du travail, de management… Cela se passe incontestablement au niveau des entreprises, mais malgré, tout les médecins ont un rôle à jouer dans la prévention.

Ecoutez...
L'intégralité de l'entretien avec Patrick Légeron, psychiatre  


Est-ce que malgré tout, ces recommandations permettent aux médecins d’affiner leur diagnostic ?

Dr Patrick Légeron : Certainement, mais il reste une difficulté de taille. A mon sens, on n’arrive pas à distinguer très clairement les aspects purement pathologiques et les aspects infracliniques, c’est-à-dire ce qui est sans doute de la souffrance, mais qui ne peut pas être considéré comme une pathologie. Le « simple » épuisement, la « simple » fatigue, ne peuvent pas être assimilés à un burn-out au sens pathologique. C’est un peu comme distinguer ce qui relève de la tristesse et de la dépression au sens psychiatrique du terme. Je pense qu’on aurait pu aller un peu plus loin dans les recommandations pour aider les généralistes à faire la différence.

Il existe quand mêmes quelques échelles, quelques repères pour évaluer ces symptômes. Je pense que la France a une difficulté majeure par rapport aux pays de langue anglaise, c’est que nous avons traduit un peu rapidement le mot « burn-out » par épuisement. Or, ce n’est pas cela, la traduction. Dans le mot « burn-out », il y a la notion de brûlure. L’une des dimension importantes du burn-out, au-delà l’épuisement, c’est le « cramage », la brûlure interne des émotions.

En fait, le burn-out correspond à un trépied symptomatologique : l’épuisement, bien sûr, accompagné d’une destruction des émotions (déshumanisation), et du sentiment de non-accomplissement de soi (perte de l’estime de soi).

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