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QUESTION D'ACTU

Dr Pierre Parneix

Hygiène des mains : "L'observance est de 60 % en moyenne"

ENTRETIEN. Le lavage des mains systématique permet de sauver des millions de vie chaque année. Mais ce geste n'a pas encore été adopté par tous les soignants. 

Hygiène des mains : \ SimpleFoto/epictura

  • Publié 05.05.2017 à 16h57
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Se laver correctement les mains contribue à lutter contre l’antibiorésistance. C’est le message de la 9e édition de la Journée mondiale de l'hygiène des mains organisée par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Si cette campagne s’adresse au grand public, elle vise tout particulièrement les soignants. Car au moins 70 % des professionnels de santé et 50 % des équipes chirurgicales dans le monde ne passent pas par cette étape indispensable, déplore l’OMS.

Pourtant confrontés à de multiples germes dans une journée, les soignants sont des vecteurs de choix pour les maladies si leur hygiène des mains laisse à désirer. Pour preuve, en France, un patient hospitalisé sur vingt contracte une infection nosocomiale. Cela représente 750 000 cas d’infections par an, qui provoqueraient la mort de 4 000 malades.

Parmi les bactéries incriminées, plusieurs présentent des résistances à des antibiotiques. Or comme le rappelle le Dr Pierre Parneix, président de la Société Française d’Hygiène Hospitalière (1), le bon usage des solutions hydro-alcooliques permet de diminuer considérablement la fréquence des infections nosocomiales par des bactéries résistantes.

Comment expliquer que le lavage des mains soit insuffisamment pratiqué par les soignants ?
Dr Pierre Parneix : Je crois que la raison principale est la récurrence de la pratique. Autour de chaque soin, au moins en entrant et en sortant de la chambre d’un patient, il faut se laver les mains. La fréquence des soins implique que cela ne soit pas observé de manière parfaite. L’organisation des soins est aussi capitale car à chaque interruption comme un coup de téléphone, le soignant peut perdre le fil et omettre son hygiène des mains.

Ecoutez...
Pierre Parneix, président de la Société Française d’Hygiène Hospitalière 

 

Connaît-on la proportion de soignants observant ?
Dr Pierre Parneix : C’est très variable selon les services. L’observance de 100 % est un idéal dur à atteindre. On peut parfois arriver à une proportion de 80 % mais la moyenne est généralement de 60 %. En général, il y a une meilleure observance dans les services très sensibilisés, comme la réanimation. A l’inverse, les services qui prennent en charge des patients moins porteurs de bactéries multirésistantes ont une compliance moins bonne. On observe également qu’au sein même d’un service le respect de l’hygiène des mains fluctue selon les individus.

Et que font les établissements hospitaliers pour améliorer ces mesures d’hygiène ?
Dr Pierre Parneix : Il y a d’abord les multiples campagnes organisées, comme celle d’aujourd’hui. Mais je crois que dans l’hygiène des mains, la visibilité et la mise à disposition des produits sont des élément importants. Il faut bien positionner les flacons de solutions hydro-alcooliques afin qu’ils soient dans le champ visuel direct du soignant lorsqu’il entre dans la chambre mais aussi quand il en sort. Il peut aussi y avoir des produits de poche.

En parallèle, il faut une sensibilisation permanente des personnels soignants concernant l’apport de l’hygiène des mains en matière de prévention des infections. C’est le rôle premier des équipes d’hygiène. Celle-ci passe notamment par l’évaluation des consommations de solutions hydroalcooliques lors d’audit.

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Les innovations technologiques peuvent-elles les inciter ?
Dr Pierre Parneix : Pendant des années nous avons eu « les boîtes à coucou » qui permettaient de regarder grâce à un système d’UV les zones des mains couvertes par la solution hydroalcoolique. Aujourd’hui, des caméras font la même chose : elle colore en vert les zones désinfectées et en rouge celles où le produit n’a pas été passé. Je crois que cela est très pédagogique et visuel.

Il existe aussi des systèmes de surveillance de l’observance qui sont plus difficiles à mettre en place. Nos collègues marseillais ont imaginé un système de capteurs placés à la fois sur les distributeurs de solution hydro-alcoolique et autour du patient. Si le soignant n’a pas réalisé son lavage des mains, il peut y avoir une alerte. Ce système est débutant chez nous mais il a montré son efficacité aux Etats-Unis. Je pense qu’il ne faut pas le voir sous un angle pédagogique et non coercitif.

Et comme améliorer l’hygiène des patients et des visiteurs ?
Dr Pierre Parneix : Pour ce public, l'agence nationale de santé publique réalise des campagnes d’affichage grand public notamment pour la grippe ou les gastro-entérites. Normalement, dans les établissements des affiches invitent les visiteurs à se désinfecter les mains avant d’entrer dans une chambre. Et pour les patients eux-mêmes, la sensibilisation fait partie des prérogatives des équipes soignantes ou d’hygiène. On se doit de leur expliquer comment se protéger et protéger les autres.

La politique de l’hygiène des mains a-t-elle déjà donné des résultats visibles en matière de lutte contre l’antibiorésistance ?
Dr Pierre Parneix :
 En 2000, le Pr Didier Pittet a démontré qu’un bon usage des solutions hydroalcooliques diminuait la fréquence des infections à Staphylococcus aureus résistant à la méticilline (SARM), ces bactéries sont l’emblème de l’antibiorésistance.

En France, on peut dire que dans les 10 dernières années nous avons multiplié par 4 la consommation de ces produits et en parallèle nous avons diminué par 4 les infections à ce fameux SARM.

Aujourd’hui nous faisons face à des bactéries encore plus résistantes localisées non pas sur la peau mais dans le tube digestif. Il est donc plus dur d’avoir un impact. Mais il est évident que plus la politique de l’hygiène des mains est porté haut, moins il y a de maladies infectieuses.

 

(1) Le Dr Parneix est aussi directeur du Centre de Coordination de Lutte contre les Infections Nosocomiales du Sud-Ouest (CCLIN Sud Ouest).

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