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QUESTION D'ACTU

Témoignage du Dr Yves-Marie Ducrot

Guyane : des heures de pirogue pour se faire soigner

ENTRETIEN - La population dénonce les retards du système de santé et le manque d'accès aux soins. Certaines personnes sont très isolées.

Guyane : des heures de pirogue pour se faire soigner Les rives du Maroni en Guyane (gillyan9/Flickr)

  • Publié 27.03.2017 à 18h28
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Premier département de France, la Guyane s’étend sur une surface équivalente au Portugal. Elle se distingue souvent par ses indicateurs de santé, dans le rouge. Ce 27 mars, ses habitants ont décidé de se battre. Emmenés par l’Union des travailleurs guyanais, qui rassemble 37 syndicats, ils ont déclaré la grève générale à durée illimitée.

Les Guyanais sont déterminés, à raison. Dans ce département d’outre-mer, où un habitant sur cinq est isolé de tout soin de santé, obésité et maladies infectieuses sont légion. Ils ont demandé à parler à un ministre du gouvernement. Celui-ci leur a envoyé une délégation menée par un ancien préfet. Le collectif « 500 frères contre la délinquance » a refusé tout entretien. Le Premier ministre, Bernard Cazeneuve, a donc annoncé le déplacement d’une délégation de ministres, avant la fin de la semaine.

Parmi les objets de la crise, le système de santé dont les moyens sont largement insuffisants par rapport aux besoins de la population. Le Dr Yves-Marie Ducrot, médecin coordinateur adjoint des centres de santé de Guyane, témoigne pour Pourquoidocteur.

Comment s’organisent les soins en Guyane ?

Dr Yves-Marie Ducrot : Comme en métropole, il existe de gros problèmes d’implantation des médecins généralistes, encore plus criants dans les communes de l’intérieur. Elles se situent principalement à la frontière avec le Suriname – des pays amérindiens à Apatou puisque tout le fleuve est égrené de petites communes –, et du côté de la frontière brésilienne avec le village reculé de Trois Sauts jusqu’à Saint-Georges et Ouanary.
Sur le littoral, on a aussi quelques communes isolées, mais il y a plus de généralistes sur cette zone. La Guyane a des centres de santé gérés par le CH de Cayenne.

 

Ecoutez l'intégralité de l'entretien avec le Dr Yves-Marie Ducrot :

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A quels problèmes êtes-vous confrontés ?

Dr Yves-Marie Ducrot : La difficulté d’accès aux soins. C’est-à-dire qu’on a des centres de santé répartis dans des petites communes. Mais la distance entre les campou et les centres de santé peut représenter plusieurs heures de pirogue, ce qui peut être accentué en saison sèche où les pirogues ont beaucoup plus de mal à circuler.

L’autre problème, ce sont les droits sociaux. Beaucoup de patients français n’ont pas de droits sociaux car ils n’ont pas fait les démarches. En outre, de nombreux patients étrangers sont sur le territoire en situation irrégulière et peuvent bénéficier de l’AME mais n’ont pas fait les démarches nécessaires.

Une fois au centre de santé, sur certaines pathologies graves, il faut les évacuer sur Cayenne ou Saint-Jean-du-Maroni. Mais cela ne peut se faire que par hélicoptère, ou par pirogue pour les urgences relatives. Or, il n’y a qu’un ou deux hélicoptères pour toute la Guyane. On peut donc parfois attendre plusieurs heures, voire vingt-quatre heures, avant de les évacuer.

Comment le système de santé guyanais peut-il s’améliorer ?

Dr Yves-Marie Ducrot : On a des centres de santé parfois vétustes, qui ont besoin d’être reconstruits ou rénovés. Cela exige des besoins financiers importants, surtout que tout doit être amené par pirogue pour les constructions. Cela augmente les coûts, le temps d’effectuer les travaux.

Concernant le recrutement, c’est un département peu attractif. La richesse culturelle, la population, font qu’on aime beaucoup le département une fois sur place.
Mais travailler en Guyane fait peur, d’autant que les postes sont souvent en situation isolée. Médecins et infirmiers ne se sentent pas forcément à l’aise de travailler dans ces conditions de vie un peu rudimentaires. Dans certains villages, il n’y a qu’une petite épicerie, voire rien du tout. Cela a un certain charme, mais cela peut rebuter certaines personnes.

Et puis, dans les hôpitaux, il y a un manque de postes ouverts. En ce moment, il y a de gros problèmes financiers. Nos patients sont transférés sur deux hôpitaux, à Cayenne et Saint-Jean-du-Maroni. Quand on les évacue pour des situations d’urgence ou dans le cadre d’hospitalisations programmées, c’est parfois compliqué car ils manquent de lits pour hospitaliser ces patients.

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