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QUESTION D'ACTU

Stress post-traumatique

Attentats : les soignants n’osent pas demander un soutien psychologique

L'impact psychologique des attentats est important parmi les professionnels de santé. Des dispositifs ont vu le jour, mais les soignants hésitent encore à les solliciter. 

Attentats : les soignants n’osent pas demander un soutien psychologique GEAI LAURENCE/SIPA

  • Publié 27.11.2015 à 09h40
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Ce sont les héros discrets des attentats qui ont touché la France ce vendredi 13 novembre. Pendant des heures, ils ont secouru, opéré, assisté, et tenté de sauver la vie de ces jeunes victimes prises pour cible par les assaillants. Les professionnels de santé ont joué un rôle clé au cours de ces événements – parfois au détriment de leur santé mentale.

En effet, à l’image du reste de la population, les soignants impliqués dans les attentats accusent le coup. Beaucoup ont été exposés à des scènes traumatiques auxquelles nulle formation n’aurait su les préparer. Pour éviter l’émergence de troubles psychopathologiques durables, l’AP-HP (Assistance Publique des Hôpitaux de Paris) a déployé un dispositif exceptionnel de prise en charge psychologique.

Une souffrance jugée « illégitime »

« Au début, des initiatives locales ont émergé dans les hôpitaux, de manière plus ou moins officielle et organisée, explique le psychiatre Thierry Baubet, spécialiste des traumatismes collectifs et coordinateur du dispositif. Puis, nous avons mis en place un système plus institutionnalisé pour permettre à la parole de se libérer ».

Ainsi, à l’Hôtel-Dieu, une cellule médicopsychologique spécifiquement dédiée aux soignants a vu le jour. Des consultations individuelles s’y déroulent sept jours sur sept, sans rendez-vous. D’autres méthodes thérapeutiques se mettent également en place – des groupes de parole pour les professionnels exposés, mais aussi pour ceux qui n’ont pas directement soigné des victimes ni assisté à des scènes d’horreur, mais qui ressentent tout de même une forme de souffrance psychique.

« L’idée, c’est d’être créatif et de multiplier les moyens pour permettre aux soignants de s’exprimer », précise Thierry Baubet. Et ce n’est pas une mince affaire… En effet, les professionnels de santé semblent réticents à demander un soutien psychologique. « Ce n’est pas vraiment ancré dans leur culture. Beaucoup estiment qu’ils n’ont fait que leur travail, que leur souffrance n’est pas légitime et qu’ils n’ont pas le droit de se plaindre, alors que tant de familles sont en deuil. Il y a presque une forme de culpabilité ou de honte à se dire qu’ils ont besoin d’aide ».

Et pourtant, le risque que certains développent des atteintes psychiques durables est réel. Le nombre de victimes, la nature des blessures, le processus d’identification, la culpabilité liée au sentiment qu’ils auraient pu mieux faire, sauver davantage… Autant d’éléments qui peuvent préfigurer l’émergence de stress post-traumatiques.

Ecoutez...
Thierry Baubet, psychiatre, spécialiste des traumatismes collectifs : « Les soignants ont été confrontés à beaucoup de récits d’horreur. Ils ont dû annoncer les mauvaises nouvelles aux familles... »

 

Des secouristes traumatisés

A travers ces dispositifs psychothérapeutiques, l’idée est de repérer les personnes qui pourraient justement garder des séquelles psychologiques à long terme. La même démarche a été initiée auprès des secouristes (Samu et sapeurs-pompiers) qui sont intervenus directement sur les lieux des fusillades.

Car ils ont été particulièrement secoués par ce qu’ils ont vécu. En effet, ce sont eux qui ont découvert ces scènes effroyables ; ils ont été chargés de faire le tri entre les blessés, ont dû chercher les vivants parmi les cadavres. Les équipes du Samu ont été immédiatement prises en charge. Pour les pompiers, le Service de Santé des Armées (SSA) a dû prêter main forte et mobiliser ses psychologues et psychiatres.

« Tout ce qui a été décrit par ces pompiers nous indique un risque élevé de traumatisme psychique, explique le psychologue Laurent Martinez, ancien « psy » des forces spéciales, qui coordonne le dispositif pour la brigade parisienne. Ils ont été particulièrement marqués par le nombre de victimes et leur état – notamment les blessures au visage, qui sont très traumatogènes. L’âge de ces victimes qui correspond à celui des équipes, a contribué au phénomène d’identification. Enfin, lorsqu’ils sont intervenus, il y avait un danger et un risque potentiel pour leur vie, ce qui a pu fragiliser leur psychisme ».

Mais là aussi, il peut être difficile de libérer la parole de ces professionnels, particulièrement habitués aux situations extrêmes, et dont la souffrance peut être perçue comme une manifestation de faiblesse. Pour autant, la plupart semblent avoir accepté les arrêts de travail qui leur ont été prescrits, afin de se reconstruire progressivement et de tourner la page, comme doivent le faire tous les Français.

Ecoutez...
Laurent Martinez, médecin en chef, coordinateur du service médico-psychologique des Armées  : « L’effet de groupe a un rôle très positif et peut avoir un effet protecteur. Mais il peut aussi exclure l’autre, celui qui est considéré comme faible psychiquement. »
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