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QUESTION D'ACTU

Adjuvants, bénéfice-risque, épidémiologie

Le discours anti-vaccinal à l'épreuve des faits

Le discours anti-vaccinal à l'épreuve des faits FRANCOIS MORI/AP/SIPA

  • Publié 15.10.2015 à 01h00
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ENQUÊTE – L’épidémie arrive, mais 70 % des Français ne comptent pas se vacciner contre la grippe. Le discours anti-vaccinal progresse dans la population, alimenté par des crises comme celle de la grippe A H1N1 en 2009. Pourquoidocteur a enquêté sur les raisons de cette crise de confiance qui dépasse le cercle des ligues anti-vaccinales et qui sème le trouble chez les médecins eux-mêmes.

« Notre objectif, c'est de faire connaître l'épidémiologie des maladies concernées par la vaccination. » Jean-Pierre Auffret, président de la Ligue nationale pour la liberté des vaccinations (LNPLV), manie les chiffres avec prudence lorsqu’il parle de vaccination. C’est justement une des caractéristiques du discours sceptique à l’écart de ce geste médical : il a recours aux mêmes armes que les médecins : les études scientifiques et l'épidémiologie. Des arguments plus rationnels qui convainquent puisque, d’après un sondage Odoxa réalisé en juin 2015 pour la Mutuelle nationale des hospitaliers, 1 Français sur 10 refuserait systématiquement de se faire vacciner. Pourquoidocteur décrypte les arguments avancés par les critiques de la vaccination.

Les maladies ont reculé avant la vaccination

La tuberculose a reculé avant que son vaccin, le BCG, ne soit diffusé. Voilà le principal argument des sceptique de la vaccination. « Un article paru dans Pediatrics conclut que sur le XXe siècle, la régression de pas mal d’épidémies n’est pas aussi liée à la pratique des vaccinations qu’une certaine propagande le soutient », avance Jean-Pierre Auffret. Dans le cas de la tuberculose, en effet, la découverte du bacille de Koch a permis de mettre en place une lutte efficace contre la maladie. Pour autant, la vaccination reste la seule option pour protéger les plus fragiles contre des formes graves de la maladie.

 

Ecoutez...
Pr Christian Perronne, infectiologue : « Le BCG est un excellent vaccin pour protéger les jeunes enfants contre les formes sévères qui ont totalement disparu. C’est le seul exemple de vaccin qui ne soit pas parfait, mais tout le monde le dit. »

 

Les maladies à vaccination obligatoire ont disparu

A présent que certaines maladies ont disparu, ne serait-il pas temps de revoir les obligations vaccinales ? Voilà le deuxième argument défendu par les opposants à la vaccination : ouvrir la possibilité de choisir. C’est le plus en vogue, et c’est précisément ce qui s’est passé pour la variole, éradiquée grâce à la vaccination (voir encadré), et la tuberculose. Aujourd'hui, la vaccination est « fortement recommandée » aux enfants vivant en Île-de-France et en Guyane, mais plus obligatoire. Les opposants demandent que cette mesure soit étendue au DT-Polio, qui protège contre diphtérie, poliomyélite et tétanos, seul vaccin encore obligatoire en France.

Ecoutez...
Jean-Pierre Auffret, président de la LNPLV : « Diphtérie, polio : pas de cas en France depuis 30 ans. Le risque de contagion est extrêmement faible. Le vaccin contre le tétanos, qui n’est pas contagieux, n’est pas immunisant. »

 

Mais le tétanos reste bien présent en France : une douzaine de cas surviennent chaque année, chez des personnes non vaccinées. Et si les sceptiques répondent qu'il est impossible de les éliminer, même en vaccinant à 100 %, la menace est bien réelle. Et pour cause : le bacille à l'origine du tétanos est dans la terre. Contrairement à la variole, la maladie ne peut donc pas être éliminée, d'où l'intérêt de maintenir une bonne couverture vaccinale. « Si vous arrêtez de vacciner, vous allez revoir des cas de tétanos, prévient Christian Perronne. Il y avait des milliers de morts du tétanos dans les années 1950, et il n’y en a plus aujourd’hui. »

 

Vacciner tout le monde n'est pas nécessaire

La députée européenne Michèle Rivasi (Europe-Ecologie-Les Verts), qui exprime régulièrement des réserves sur la vaccination, va plus loin dans son argumentation : vacciner tout le monde n’est pas forcément nécessaire, ni même utile.

Ecoutez...
Michèle Rivasi, députée européenne : « Si les gens sont crédibles, lorsqu’il y a une épidémie de rougeole – d’abord peut-être qu’on peut faire sans – à ce moment les médecins vont faire vacciner. Mais ce n’est pas parce que vous vaccinez tout le monde que des épidémies ne vont pas se créer. »

  

Pourtant, que la couverture vaccinale baisse, et des épidémies ressurgissent, contrairement à ce qu’avancent les opposants. C’est le cas en Espagne, où un enfant est récemment mort de la diphtérie – premier cas depuis 1987 -, mais aussi en Alsace, où une épidémie de rougeole s’est déclarée après un voyage à Berlin (Allemagne). Dans la région, sur les 150 cas signalés en juin, 136 n’étaient pas vaccinés.

Les adjuvants aluminiques sont dangereux

Mais l’argument auquel les sceptiques adhèrent le plus, est celui de la possible toxicité des adjuvants. « Pour être efficace, le vaccin doit d’abord stimuler les mécanismes de l’immunité innée qui ont pour rôle d’activer les cellules qui produisent la réponse immune acquise adaptative : c’est le but des adjuvants », explique l’Académie de médecine dans un rapport de synthèse. L’aluminium, utilisé sous deux formes (hydroxyde et hydroxyphosphate) est soupçonné d’être toxique pour l’organisme. Mais les études en question sont controversées.

Ecoutez...
Pr Christian Perronne : « J’ai calculé combien d’aluminium il y a dans un kilo d’aliments qu’on mange tous les jours. C’est l’équivalent de ce que reçoit un enfant dans les vaccins s’ils les faisait tous, ce qui est rarement le cas. »

 

La pharmacovigilance pour encadrer les vaccins

Depuis 1975, la France possède un système de pharmacovigilance. Il consiste en la « surveillance des effets indésirables résultant de l’utilisation des médicaments », selon le code de la santé publique. Ce dispositif met à profit des centres régionaux et l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Les professionnels de santé sont en première ligne pour remonter les effets secondaires. Depuis 2011, les patients peuvent aussi signaler les effets indésirables dont ils sont victimes. Ce dispositif est aujourd’hui complété par un plan de gestion des risques (PGR). Il s’applique notamment aux vaccins, dont l’utilisation à large échelle peut soulever le problème des effets indésirables rares. Un tel plan a été mis en place dans le cas du Gardasil.

 

 

Les décideurs ont des conflits d'intérêts

Michèle Rivasi dénonce également une France trop « pasteurienne », qui s’accroche à ses vaccins avec l’énergie du désespoir. « Qui propose, qui recommande, qui oblige à la vaccination ? Ce sont ces gens du comité technique des vaccinations qui sont bourrés de conflits d’intérêts, dénonce-t-elle. Pour le grand public, ils ne sont pas crédibles. Ça n’est pas possible, on ne peut plus l’accepter. On peut trouver des experts indépendants. »

Ecoutez...
Michèle Rivasi : « Il ne faut pas s’imaginer qu’à toutes les maladies il y aura un vaccin. On culpabilise les filles en leur disant de se vacciner avec le Gardasil. J’ai vu des filles dont la vie était foutue. Or il y avait une possibilité, c’était le frottis cervical ! »

 

Sur le manque de transparence des laboratoires, Serge Blisko, président de la MIVILUDES (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) concède une lacune : les laboratoires doivent être inattaquables. « La personne qui ne veut que vacciner son enfant sur les vaccinations obligatoires puisse le faire. Ce qui n’est sûrement qu’une rupture de stock industrielle devient du coup la preuve d’un vaste complot », explique-t-il. Car c'est bien connu, toutes les théories complotistes circulent sur Internet. L'exemple du DT-Polio risque de devenir un cas d'école : le vaccin d'origine, à trois valences, n'est plus disponible. Une rupture de stock qui survient au moment même où le laboratoire GSK sort sa version à 9 valences. De quoi nourrir quelques soupçons . En revanche, pour ce qui est de défendre le Gardasil, Christian Perronne montre volontiers au créneau.

Ecoutez...
Christian Perronne : « Je voudrais que les gens qui disent ça maintenant soient poursuivis dans 20 ans, quand des milliers de jeunes femmes en France feront des cancers du col de l’utérus. C’est honteux. On voit en Australie ou en Grande-Bretagne une chute du taux de lésions précancéreuses. »

  

La balle est à présent dans le camp des médecins, acteurs fondamentaux de la vaccination. « Au final, la liberté de vaccination, on ne l’a pas vraiment, puisque si on veut inscrire notre enfant à la crèche ou à l’école, on nous oblige à faire certains vaccins. On nous les recommande lourdement, et quand le pédiatre insiste, on ne veut pas passer pour la mauvaise mère », résume Sonia Delomel, jeune maman d’une petite fille de deux mois et demi. Il n'y a qu'en aidant les médecins à mieux dialoguer avec leurs patients que la crise de confiance pourra se résoudre.

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Ce qu’ont apporté 50 ans de vaccination

Les vaccins sauvent chaque année 2 à 3 millions de vies selon l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Cette stratégie efficace a permis d'éradiquer la variole. Au début du XXe siècle, pourtant, elle était encore endémique. C’est en 1966 que l'OMS met au point deux stratégies de lutte contre les maladies infectieuses. La première vise à réduire au maximum l'incidence de celles qui ne peuvent pas être éliminées, comme le tétanos. C'est la stratégie d'élimination. 83 % des nouveau-nés sont protégés en 2014.

La seconde stratégie vise l’éradication, donc réduire à zéro l’incidence des maladies et faire disparaître l’agent pathogène. En 1966, la stratégie d’éradication de la variole est engagée. Les médecins de l’OMS vaccinent massivement, isolent les régions endémiques. En 1980, le dernier cas est déclaré. Plus récemment les Etats-Unis sont parvenus à éradiquer la rubéole de leur sol.

L’Organisation ne s’arrête pas là : elle compte bien éradiquer la polio d’ici 1988. En 2015, l’objectif n’est toujours pas atteint. Mais entre temps, la maladie a reculé de 99 % dans le monde. Seuls 3 pays sont endémiques : l’Afghanistan, le Nigéria et le Pakistan. Grâce au plan d’action mondial pour les vaccins, 82 % de la population est protégée contre l’hépatite B, 85 % contre la rougeole. Il faudra maintenant de lutter contre les disparités régionales. Car en 2014, 18,7 millions de nourrissons n’ont pas eu accès à la vaccination systématique, notamment dans les zones de conflit.

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