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QUESTION D'ACTU

Prescription initiale réservée aux spécialistes

Dépakine : l'ANSM encadre les prescriptions

L’ANSM a renforcé les conditions de prescription des antiépileptiques contenant du valproate de sodium, alors que ces traitements font l’objet d’une procédure judiciaire.

Dépakine : l'ANSM encadre les prescriptions Rafael Ben-Ari/Chameleo/REX/SIPA

  • Publié 27.05.2015 à 19h43
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Une fois de plus, l’actualité a poussé l’ANSM à réagir. Ce vendredi, le journal Le Figaro rappelait dans un article l’existence d’une plainte déposée par une famille contre le laboratoire Sanofi. En cause : un antiépileptique, la Dépakine, connu pour augmenter le risque de malformations fœtales et de retards neurocomportementaux chez l’enfant dont la mère en a pris pendant la grossesse.

Désormais, la prescription initiative annuelle de cette molécule devra être faite par un spécialiste exclusivement (neurologue, psychiatre ou pédiatre selon l’indication). Les médecins généralistes ne pourront que renouveler l’ordonnance et la patiente devra fournir son accord de soins après information complète sur les risques. Sur son site Internet, L’Agence française du médicament rappelle les recommandations en vigueur pour ce traitement, qui ne doit pas « être prescrit chez les filles, les adolescentes, les femmes en âge de procréer et les femmes enceintes, sauf en cas d’inefficacité ou d’intolérance aux alternatives médicamenteuses ».

Des effets tératogènes connus

Les effets tératogènes du valproate de sodium ont été révélés dès les années 1980. La première publication conséquente date de 1982. A l’époque, le Lancet alertait sur les risques de malformations cardiaques ou encore de spina bifida – un surrisque évalué aujourd’hui à 10%. Selon l’avocat des familles, le laboratoire aurait dissimulé ces graves effets secondaires. Avant de tomber enceintes, les mères n’avaient pas eu connaissance des risques liés à leur traitement.

Pourtant, le Vidal mentionnait dès 1986 les risques de malformation fœtale. C’est d’ailleurs l’argument utilisé par le laboratoire français pour sa défense. « Ca fait plus de trente ans que dans tous les documents d’information sur le valproate de sodium, les effets tératogènes sont mentionnés », insiste Pascal Minchon, directeur médical de Sanofi, contacté par Pourquoidocteur. En cas de grossesse, il est fortement recommandé aux femmes de consulter leur médecin et de bénéficier d’une surveillance particulière ». Chose qui, effectivement, figure sur l’ancienne notice.

« Les prescripteurs n’ouvrent pas leur Vidal »

De fait, ce risque est bien identifié par de nombreux professionnels de santé. « Il est relayé au cours des études de médecine et de sages-femmes, lors des formations continues, dans des journaux, des bulletins d’information… Malheureusement, il y a toujours une frange de médecins qui passent au travers de l’information », explique Christine Damase-Michel, pharmacologue et chef de l’Unité « Médicaments, Grossesse et Allaitement » au CHU de Toulouse.

Le message ne semble effectivement pas avoir été perçu par tous les prescripteurs, qui ont mis du temps à prendre connaissance de ces effets sur le fœtus. « Au cours des études de médecine, ce médicament est présenté comme l’un des plus efficaces contre l’épilepsie, ce qui est vrai, explique Arnaud Biraben, neurologue spécialiste de l’épilepsie au CHU de Rennes. Du coup, il y a peut-être moins de méfiance. Chez les neurologues, le risque tératogène est bien renseigné depuis une dizaine d’années environ, mais pas forcément chez les généralistes. » Par ailleurs, selon les données de l’Assurance Maladie, le médicament a été essentiellement prescrit par des médecins de ville, et peu par des hospitaliers.

Ecoutez...
Arnaud Biraben, neurologue spécialiste de l’épilepsie au CHU de Rennes : « C’est le genre de molécules tellement prescrites qu’on n’ouvre pas son Vidal avant de faire une ordonnance !  »

 

L'AMM modifiée

Comme le souligne l’avocat des familles, l’AMM (Autorisation de Mise sur le Marché) du Valproate de sodium a été modifiée en 2006 pour faire apparaître d’autres effets sur le fœtus. A l’époque, la littérature fait en effet état de troubles neurocomportementaux chez les « enfants Dépakine », avec un surrisque de 30 à 40% et une perte de Q.I entre 7 à 10 points. « Nous avons été la première agence au monde, et la seule, à demander que soit rajouté cet aspect de retard psychomoteur et d’autisme chez les enfants, explique Elisabeth Elefant, responsable du Centre de Référence sur les Agents Tératogènes, qui siégeait en tant qu’expert externe à la commission d’AMM de l'ex-Afssaps (ANSM) au moment de la révision. Maintenant, est-ce que les gens étaient au courant ? C’est une question… ».

En tout cas, lors de la révision d’AMM, le message figurant dans le Vidal devient plus explicite. Alors que l’ancienne version précise qu’au vu d’une fréquence des effets « pas clairement établie », « il ne semble pas légitime de déconseiller une conception », la nouvelle préconise, en cas de grossesse envisagée, que « toutes les mesures [soient] mises en œuvre pour envisager le recours à d'autres thérapeutiques », ce que recommande la HAS depuis 2006.

Ecoutez...
Elisabeth Elefant, responsable du Centre de Référence sur les Agents Tératogènes : « A l’époque, l’Afssaps devait envoyer un courrier pour prévenir les prescripteurs de la modification. Mais bon, d’expérience, les courriers de l’agence finissent souvent dans les poubelles des médecins  »



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