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    Ronflements, apnées, comment gérer ? Les réponses du Pr Patrick Levy

    Publié le 2 Avril 2014
     Trois millions de personnes en France souffrent d'apnée du sommeil. Ce syndrome peut perturber la vie sociale et professionnelle et être à l'origine de maladies. Des solutions existent.
    Ronflements, apnées, comment gérer ? Les réponses du Pr Patrick Levy
    WIDMANN/TPH/SIPA

    Si vous êtes sujet à l’embonpoint, que vos ronflements nocturnes irritent votre conjoint, que vous êtes fatigué dès le réveil, que vous redoutez de vous endormir au volant, vous souffrez probablement d’apnées du sommeil, comme trois millions de personnes en France. Ce syndrome ne fait pas seulement courir des risques d’accident du travail et de la circulation, il est aussi responsable d’infarctus du myocarde, d’accidents vasculaires cérébraux et de mort subite. Comment le dépister et le soigner, exite-t-il un traitement efficace ? 


    Les réponses du Pr Patrick Levy, spécialiste du sommeil au CHU de Grenoble.

     

    pourquoidocteur : Quand on souffre du syndrome d’apnées du sommeil, combien de fois s’arrête-t-on de respirer au cours de la nuit ?

    Pr Patrick Lévy : Nous prenons en charge les patients à partir de 10 fois par heure, mais en général, c’est plutôt de 20 à 50 par heure, ce qui doit faire 300 à 400 fois dans la nuit.

    300 à 400 fois où l’organisme manque d’oxygène ?

    Pr Patrick Lévy : La principale difficulté, effectivement, c’est que l’oxygène va baisser très significativement.

    Pourquoi s’arrête-t-on de respirer ?

    Pr Patrick Lévy : La principale raison, c’est parce que l’on ferme son pharynx. Quand vous ouvrez votre bouche, vous voyez la luette, qui est l’appendice conique qui pend au fond et en dessous, il y a la base de la langue. Et bien c’est la zone des voies aériennes qui peut se fermer. Et on n’en est pas conscient, parce que l’on dort.

    Y a-t-il des gens qui s’asphyxient ?

    Pr Patrick Lévy : Absolument, il y a un risque de mort subite chez des gens qui ont des apnées du sommeil.


    Cela commence à quel âge ?

    Pr Patrick Lévy : Cela peut commencer chez les enfants, 2 % ont des apnées. Après, il y a la forme de l’adulte, qui va débuter aux alentours de 20 ans. Il y a une plus grande prévalence chez l’homme que chez la femme avant la ménopause ; après la ménopause, c’est la même fréquence. Chez l’enfant, le problème est simple, il est dû essentiellement aux amygdales ou aux végétations. Ceci dit, tous les enfants avec de grosses amygdales ou de grosses végétations ne font pas des apnées.

    Y a-t-il des familles d’apnéiques ?

    Pr Patrick Lévy : Oui, parce que souvent on ressemble à son père ou à sa mère. Donc, on a la même tendance à la surcharge de poids mais aussi la même forme de visage, des éléments prédisposant aux apnées. Car des mandibules un peu reculées, l’inverse du menton en galoche, vont amener la base de la langue vers l’arrière et ainsi réduire la taille du pharynx.

    La façon dont on dort peut-elle influer ?

    Pr Patrick Lévy : Oui, absolument. C’est aggravé par le fait de coucher sur le dos, puisqu’à ce moment-là, la langue chute plus en arrière, et donc, ferme plus le pharynx.

    Y a-t-il des médicaments qui peuvent être responsables ?
    Pr Patrick Lévy
     : Aggravants en tout cas, par exemple les dérivés de l’opium pour soulager les douleurs, les myorelaxants et tous les anesthésiques.

    Pourquoi ce syndrome concerne-t-il plutôt les gens enveloppés ?

    Pr Patrick Lévy : La surcharge de poids est un facteur aggravant, parce qu’il y a une infiltration graisseuse au niveau des voies aériennes, du pharynx et de la base de la langue. En fait, cela ne concerne aujourd’hui qu’un patient sur deux. Cela veut dire qu’il y en a quand même un sur deux qui n’est pas en surcharge de poids.

    Et les ronfleurs ?
    Pr Patrick Lévy : En revanche, les apnéiques sont pratiquement tous ronfleurs. Si vous prenez une population de ronfleurs, ils ne sont pas tous apnéiques mais il y en a beaucoup qui s’ignorent. Il va y avoir de 20 à 40 %, cela dépend de l’âge, qui vont être des apnéiques.

    Y a-t-il des astuces modérer ce ronflement ?
    Pr Patrick Lévy : Oui, ça marche, quand vous dormez sur le dos, vous allez ronfler plus que quand vous êtes sur le côté.


    Et siffler pour que l’autre cesse de ronfler ?
    Pr Patrick Lévy : C’est effectivement un grand classique. Quand vous sifflez, vous réveillez un peu la personne qui ronfle, et du coup, elle change de stade de sommeil, elle allège son sommeil, et donc elle ronfle moins. Parce qu’il faut se rappeler qu’on ronfle plus quand le sommeil est très profond.


    Et des médicaments contre les ronflements ?

    Pr Patrick Lévy : Malheureusement, non. Pour lutter contre les ronflements, on peut perdre du poids, on peut essayer de changer de position de sommeil, mais il existe surtout deux techniques de traitement : la radiofréquence et l’utilisation d’une orthèse d’avancée mandibulaire. La radiofréquence consiste à mettre une aiguille dans le voile du palais pour appliquer une énergie micro-ondes.
    Cette technique marche assez bien pour soigner le ronflement. L’autre solution est de se faire prescrire une orthèse que l’on met dans la bouche pour dormir. Si elle est correctement réglée, cette orthèse va vraiment supprimer le ronflement.

    Comment savoir si on est un simple ronfleur ou un ronfleur apnéique ?

    Pr Patrick Lévy : Un simple ronfleur n’a pas de symptômes. Si un ronfleur est somnolent et fatigué le matin, il est probablement apnéique.

    Est-ce que le fait de se faire observer par son conjoint peut apporter la réponse ?

    Pr Patrick Lévy : L’apnée est un signe qui inquiète beaucoup les couples, notamment les femmes, parce que c’est assez impressionnant. Les gens cessent de respirer et il y a souvent une reprise bruyante de la respiration. Mais il faut savoir que c’est un signe qui n’est pas très fiable. Si vous arrêtez de respirer une seule fois, c’est tout à fait différent que si vous le faites 500 fois dans la nuit ce qui change tout. Seul un examen qui enregistre la respiration pendant le sommeil peut faire le diagnostic avec certitude.

    Si on est en surpoids, fatigué l’après-midi et sujet aux ronflements, est-il urgent de faire cet examen ?

    Pr Patrick Lévy : Cela dépend vraiment de l’intensité des symptômes. Un des symptômes essentiels dont on se préoccupe, c’est la somnolence, qui peut d’ailleurs apparaître dès le matin, en milieu de matinée, qui va évidemment être aggravée en début d’après-midi, qui peut aussi exister en fin d’après-midi. Evidemment, ces symptômes altèrent la qualité de la vie, et surtout représentent un risque, notamment pour la conduite automobile avec six fois plus d’accidents. Il y a aussi deux fois plus d’accidents du travail et 40 fois plus de risques de somnolence sur les lieux de travail.

    Y a-t-il un retentissement sur d’autres organes ?
    Pr Patrick Lévy : En plus de la baisse de l’oxygène qui agit sur le cerveau, d’autres organes souffrent. Ce sont essentiellement les vaisseaux, les apnées étant une cause d’athérosclérose et donc d’hypertension artérielle, d’infarctus du myocarde, d’insuffisance cardiaque et d’accidents vasculaires cérébraux. Il y a également une modification du métabolisme avec un risque de diabète.

    Revenons à l’examen qui permet le diagnostic ?

    Pr Patrick Lévy : Pour faire ce diagnostic, il faut mesurer la respiration au cours du sommeil. On peut le faire en ne mesurant que la respiration, ou bien en faisant un enregistrement à la fois du sommeil et de la respiration. Cet examen peut maintenant se réaliser à la maison. On mesure le nombre d’apnées, leur durée et les baisses de l’oxygène qui sont associées aux apnées.

    Comment soignez-vous ce syndrome d’apnée du sommeil ?

    Pr Patrick Lévy : Il va d’abord être utile de perdre du poids, d’éviter l’alcool le soir, mais on sait que c’est rarement suffisant sauf dans des cas de symptômes très légers. Pour les formes pas trop graves, s’il y a 15 ou 20 apnées par heure, on va proposer le port d’une orthèse. Sa prise en charge par la sécurité sociale n’est pas complète, cela va coûter 500 € minimum, il y a donc une part à la charge du patient. L’orthèse est prescrite par le médecin, elle est faite par le prothésiste.

    Si cette première solution ne suffit pas ?

    Pr Patrick Lévy : Le principal traitement aujourd’hui est d’utiliser pendant son sommeil un appareil de ventilation à pression positive continue, la CPAP (Continuous Positive Airway Pressure). Il est constitué d’un masque, d’un tuyau et d’un compresseur d’air. Le masque est généralement posé sur le nez, ou sur le nez et la bouche.

    Que fait-on quand on part en vacances ?

    Pr Patrick Lévy : Il vaut mieux l’emmener, parce que c’est vraiment un traitement de tous les jours. Si on l’arrête, les apnées réapparaissent systématiquement. Cela peut mettre quelques minutes, quelques heures ou quelques jours, mais cela revient.

    Il faut donc se dire que c’est pour la vie ?

    Pr Patrick Lévy : Tout à fait,  c’est une maladie chronique, avec ce que cela comporte. Donc il faut en parler, faire des essais, apprivoiser les choses. Dans notre pays, aujourd’hui, il doit y avoir à peu près 400 000 machines utilisées, mais en fait, cela devrait être beaucoup plus. Théoriquement, 5 % de la population est concernée. Si on fait le compte, cela fait 3 millions de personnes qui n’auront peut-être pas toutes besoin de cette machine.

    Où en est le projet qui consiste à conditionner le remboursement aà la bonne utilisation de la  machine ?

    Pr Patrick Lévy : Il est logique que les pouvoirs publics s’inquiètent de la durée d’utilisation, puisque l’on sait qu’aujourd’hui, si elle est inférieure à trois heures, l’efficacité de ce traitement va être très faible sur les symptômes et sur les organes. Un décret existe aujourd’hui et son application a commencé ; on va maintenant conditionner le remboursement à cette utilisation quotidienne minimale. Sur le fond, médicalement, c’est juste. Mais d’un autre côté, on aimerait, mais c’est un vœu pieux, que cela s’applique avec un peu de discernement. En d’autres termes, j’ai des patients qui ont utilisé cette machine deux heures par jour pendant des mois. Aujourd’hui, ils l’utilisent six heures, ils ont donc mis un certain temps pour s’adapter. Donc, aucune règle administrative ne permettra jamais complètement de prendre en compte les choses, et il faut un peu de doigté, de sens médical.

     





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