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QUESTION D'ACTU

Entretien avec le Dr Royant-Parola

Sommeil : les gènes ne sont pas seuls responsables de sa durée

Un gène muté influencerait le cycle de sommeil des individus. C'est aussi une question d'âge et d'adaptation à un nouveau rythme de vie, commente le Dr Sylvie Royant-Parola.

Sommeil : les gènes ne sont pas seuls responsables de sa durée POUZET/SIPA

  • Publié 07.08.2014 à 15h00
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Nous ne sommes pas tous égaux face au sommeil. Certains ont besoin de dormir 8 heures tandis que 5 heures suffiront à d’autres. Ces dernières années, des recherches ont mis en évidence le rôle de mutations génétiques. Une étude américaine, publiée dans la revue Sleep, confirme ces découvertes. Mais, selon le Dr Sylvie Royant-Parola, psychiatre et responsable du centre d'exploration du sommeil de la Clinique du Château de Garches contactée par pourquoidocteur, les heures passées à dormir varient aussi selon l'âge et le mode de vie. 

Une résistance au manque de sommeil
Réalisée par une équipe de l'Académie américaine de la médecine du sommeil, l’étude a examiné le sommeil de 100 paires de jumeaux du même sexe ne présentant aucun trouble chronique particulier. Un porteur du gène muté, le BHLE4, dormait en moyenne 5 heures par nuit, contre 6 heures 5 minutes chez son jumeau. Ils étaient aussi plus résistants face au manque de sommeil. Les chercheurs ont empêché les jumeaux de dormir pendant une nuit, et ont mesuré le comportement psychique des participants à partir d'un test psychomoteur de vigilance réalisé toutes les deux heures. Les porteurs du gène muté étaient 40 % plus performants sur le plan physique que leur jumeau non-porteur. Le temps nécessaire pour récupérer après cette privation est également moins long chez les porteurs du gène : 8 heures contre 9,5 heures.

 

Peut-on expliquer la différence entre les courts et les longs dormeurs par une mutation génétique ?
Dr Sylvie Royant-Parola : Oui, absolument, d’ailleurs cela n’est pas nouveau. Les spécialistes du sommeil se sont penchés sur la question dès les années 1970-1980. A cette époque, on se demandait si cette différence était liée à l’environnement ou à la présence d’un gène dans l’organisme. Bien sûr, nous ne disposions pas des moyens actuels, une étude telle que celle réalisée par l’Académie américaine de médecine était donc impossible.

Mais nous avions tout de même observé des familles de « courts » et de « longs » dormeurs, ce qui laissait penser qu’il y avait un lien entre le sommeil et la génétique. Ce n’est que depuis 7 ans que l’on commence à travailler sur la composante génétique du sommeil : pourquoi des personnes sont du matin et d’autres du soir, combien d’heures passent-elles à dormir... Ces recherches ont apporté la preuve concrète que certaines personnes sont effectivement programmées pour dormir peu d’heures, sachant tout de même que la majorité des gens se situe à un type intermédiaire, et ont besoin de dormir de 7 à 8 heures chaque nuit. 


La différence de sommeil entre les individus est-elle liée à d’autres facteurs que celui de la génétique (environnement, rythme de vie...) ?

Dr Sylvie Royant-Parola : L’environnement joue un rôle important sur la réduction du temps de sommeil. Cependant, il n’y a jamais de gros changement : la capacité d’adaptation est d’environ une heure de réduction au temps de sommeil relatif à chaque individu. Ainsi, une personne qui a besoin de dormir 7 heures par nuit pourra s’adapter à un nouveau mode de vie en ne dormant plus que 6 heures par nuit. Cette adaptation se fait rarement dans le sens inverse.

L’âge entre aussi en compte. Encore une fois, cela varie selon les personnes, mais il constitue la plus grande interaction entre l’environnement et la génétique au niveau du sommeil. C’est précisément cette interaction qui produit cette « adaptation » qui varie selon les personnes. Mais qu’elle ait besoin de beaucoup d’heures ou non, une personne en manque de sommeil chronique s’expose à des dangers plus ou moins graves pour la santé : prise de poids, troubles de l’humeur et du métabolisme, accidents cardiovasculaires, etc.

Ces dangers sont-ils moins importants pour les personnes qui n’ont pas besoin de dormir plus de 6 heures par nuit ?

Dr Sylvie Royant-Parola : Il est difficile de répondre à cette question, car nous manquons de données sur le sujet. Les études épidémiologiques réalisées jusqu’à maintenant ont montré que le taux de mortalité des courts dormeurs est plus élevé, mais il s’agit d’études se basant uniquement sur les déclarations d’individus relatives à leur fréquence de sommeil. Or, il y a une différence entre le nombre d’heures que les gens passent à dormir et le temps de sommeil dont ils ont réellement besoin. Ces études sont d'autant plus sujettes à caution que l’on n’a jamais observé les conséquences à long terme sur la santé d’un « vrai » court dormeur. Si l’on peut affirmer les méfaits sur la santé d’une personne en manque de sommeil, on ne peut pas encore se prononcer sur ceux d’une personne ayant besoin d’un court temps de sommeil.

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