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QUESTION D'ACTU

Neknomination, binge drinking, soirées cartable

Alcool chez les jeunes : une prévention à la traîne, selon les experts

Coup de gueule de la Fédération Addiction : les campagnes de prévention sont inadaptées aux nouveaux mode de consommation d’alcool des plus jeunes et doivent évoluer.

Alcool chez les jeunes : une prévention à la traîne, selon les experts Conseil général des Alpes-Maritimes

  • Publié 11.03.2014 à 16h07
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Comas éthyliques après un binge drinking ou une neknomination, un décès la semaine dernière pendant une soirée cartable (1)… L’alcoolisation des jeunes a-t-elle passé un nouveau cap ? La Fédération Addiction a récemment publié un communiqué dans lequel elle rappelle les enjeux d’une prévention plus forte et plus ciblée.

 

Un profil qui a changé

« Un travail plus directement en lien avec la culture adolescente, adapté à son goût des nouveaux médias et aux nouveaux espaces d’échange qu’ils ouvrent [doit] s’imposer », affirme la Fédération Addiction dans un communiqué. Les campagnes de prévention semblent impuissantes face à ces nouvelles consommations. Le ministère de la Santé n’a publié qu’un communiqué alertant contre les risques de la neknomination, trois semaines après le début du phénomène. Et les spots ne tiennent pas compte des nouveaux modes d’expressions des adolescents.

 

« Les jeunes ont une façon différente de se comporter avec l’alcool », explique Jean-Pierre Couteron, président de la Fédération, interrogé par pourquoidocteur. « Ils ne boivent pas les mêmes alcools que leurs parents, ils ne boivent pas de la même façon – ils vont chercher l’alcoolisation avec le "binge" – et maintenant ils n’ont pas les mêmes rituels. » Ces jeunes consomment dans un cadre festif et leurs pratiques sociales ont évolué avec les réseaux sociaux. Les adolescents ne collent plus au profil type du consommateur excessif, alors que les politiques de prévention actuelles s'inquiètent davantage de l'alcoolisme adulte. « Tout cela nous pose problème parce qu’on ne parle pas de cette forme d'alcoolisme de la même façon que d’un alcoolisme chronique chez l’adulte », analyse ce psychologue.

 

Jean-Pierre Couteron, président de la Fédération Addiction : « Aux soirées cartable, il n'y a pas que des jeunes "destroy". Les neknominations n'impliquent pas des jeunes monstrueux, le défis avec l'alcool ont toujours existé. »

 

Faire confiance aux jeunes

Face à ces nouvelles consommations, les différents acteurs de santé tentent de s’adapter. Le site Alcool Info Service possède désormais un espace dédié aux jeunes, le plan gouvernemental de lutte contre les addictions cible les adolescents en priorité, l'INPES (Institut de Prévention et d'Education à la santé) fait de même. Mais ce n’est pas suffisant, estime la Fédération Addiction. Dans les faits, la dernière campagne vidéo s’adressant aux mineurs date de 2011. Et familles, jeunes et acteurs de santé ne connaissent pas toujours les outils à leur disposition.

 

« Il faut s’adresser à ces jeunes autrement, aller les chercher différemment », martèle Jean-Pierre Couteron. Une plus forte présence sur les réseaux sociaux, où toutes les lois ne s'appliquent pas, est nécessaire. La campagne du Conseil général des Alpes-Maritimes est à ce titre un modèle : une série de messages d'avertissement a été postée via les comptes Twitter et Facebook du Conseil (voir photo). Il faut aussi, selon le psychologue, prendre en compte « leur façon de jouer avec les sensations, de jouer avec l’alcool, de jouer avec l’excès. » Car, si l'approche a changé, le fond reste le même : il s'agit d'une prise de risque tout à fait classique chez ce public. Jean-Pierre Couteron estime d’ailleurs qu’il faut faire confiance à ce public pour s’autoréguler. Le forum d’usagers psychoactif.org en est le meilleur exemple. Il ne rassemble que des consommateurs de drogues – licites ou illicites – qui partagent leur expérience et leurs conseils, mais pas les meilleurs moyens de les utiliser.

 

Jean-Pierre Couteron, président de la Fédération Addiction : « On a vu avec les neknominations que des jeunes ont proposé d'autres choses, ont joué avec. Il faut leur faire confiance. »

 

« Il faut assumer un discours de modération », conclut Jean-Pierre Couteron. « Quand on dit à un jeune de 18 ans que, s’il prend un verre d’alcool, il mourra à 99 ans au lieu de 115, ça ne l’intéresse pas. A l’inverse, lui expliquer que, s’il poursuit ses ivresses chroniques, il va se transformer en buveur chronique, ça l’intéresse. »

 

(1) Soirée cartable : soirée étudiante durant laquelle les jeunes sillonnent la ville avec des bouteilles d'alcool dans le sac à dos.

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