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Découverte française

Autisme : l'hypothèse d'un traitement diurétique se confirme

Des résultats observés chez la souris et publiés dans Science montrent qu'un traitement diurétique mimant les effets de l'hormone de l'accouchement permet de réguler le taux de chlore dans les neurones et d'empêcher l’expression du syndrome autistique.

Autisme : l'hypothèse d'un traitement diurétique se confirme  Jake May/AP/SIPA

  • Publié 08.02.2014 à 14h32
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« On ne guérira pas l’autisme avec un simple médicament comme on guérit un mal de tête avec de l’aspirine, c’est absurde ». Yehezkel Ben-Ari, directeur honoraire de l’Institut de neurobiologie de la Méditerranée à Marseille a bien conscience des espoirs démesurés que peuvent susciter les travaux publiés par son équipe dans la prestigieuse revue Science. Sur des modèles de souris dont la descendance est autiste, ces chercheurs de l’Inserm sont parvenus, en administrant un traitement diurétique à la mère pendant les 24h, à rétablir une activité cérébrale et un comportement normaux chez les souriceaux.

 

Ecoutez Yehezkel Ben-Ari, directeur honoraire de l’Institut de neurobiologie de la Méditerranée à Marseille : « L’accouchement permet de graver dans le marbre ou pas des problèmes survenus in utero pendant le développement du cerveau. »

 

Ce traitement diurétique, habituellement réservé aux hypertendus, mime l’action de l’ocytocine et permet de rétablir un mécanisme crucial survenant pendant l’accouchement : la baisse brutale du taux de chlore dans les neurones du fœtus. « In utero, le taux de chlore est très élevé dans les neurones. L’ocytocine, l’hormone qui déclenche les contractions utérines, fait brutalement chuter le taux de chlore, pour protéger les neurones au moment l’accouchement. Mais chez les animaux autistes, cette chute n’a pas lieu. Le taux de chlore dans les neurones reste élevé pendant et après la naissance », explique Yehezkel Ben-Ari. Les travaux de ces chercheurs montrent donc que les taux de chlore neuronaux pendant l’accouchement sont déterminants dans l’apparition du syndrome autistique puisqu’en les ramenant à la normale sous l’effet du traitement diurétique, le syndrome ne se développe pas comme attendu.

 

Le diagnostic de l'autisme ne se fait qu'à partir de 14 mois

Le problème, c’est que l’autisme chez l’Homme n’est pas prévisible comme pour les deux modèles de souris utilisés par les chercheurs. Le syndrome de l’X fragile qui est la mutation génétique la plus fréquente liée à l’autisme n’est retrouvé que chez une toute petite partie des personnes autistes. Autrement dit, il est impossible de savoir en fin de grossesse quelles sont les mères chez qui l’ocytocine va être défaillante et auxquelles il faut donner un traitement diurétique avant d’accoucher pour faire baisser le taux de chlore dans les neurones de leur enfant.

 

Ecoutez Yehezkel Ben-Ari : « Le diagnostic in utero de l’autisme est impossible. Pour le moment, le diagnostic est clinique et n’intervient pas avant les 14 mois de l’enfant. »

 

Déjà des résultats très prometteurs chez 60 enfants autistes

Mais, ce qui suscite tous les espoirs, c’est que ce traitement diurétique efficace préventivement chez la souris continue à être utile après la naissance de l’enfant. En 2012, les équipes de Yehezkel Ben-Ari et du pédopsychiatre brestois Eric Lemonnier ont testé ce diurétique, le bumétanide, contre un placebo chez 60 enfants de 3 à 11 ans, atteints de formes d’autisme de toute sévérité. Les résultats étaient frappants chez plus de ¾ des enfants traités avec le diurétique. L’intensité des troubles autistiques, l’hypersensibilité aux stimuli sensoriels et l’isolement étaient considérablement réduits, sans effets secondaires majeurs.

La deuxième phase de développement du médicament est donc maintenant en cours à Lyon, Nice, Marseille, Brest et San Sebastian en Espagne. Il est testé sur un plus grand nombre d’enfants, qui reçoivent une dose de diurétique ajusté en fonction de leur poids. Les résultats sont attendus pour fin 2014. « Pour un chercheur comme moi qui a fait ses preuves sur le plan fondamental, arriver peut-être un jour à un médicament, c’est vraiment plus qu’une cerise sur le gâteau, c’est un grand plaisir ! J’ai abandonné l’idée de partir en retraite », sourit Yehezkel Ben-Ari, fraichement septuagénaire. Mais même si le recul sur les premiers enfants traités plaide pour l’optimisme, le scientifique ne veut surtout pas faire miroiter l’espoir d’un traitement miracle.

Ecoutez Yehezkel Ben-Ari : « Ce n’est pas nous, avec une petite molécule, qui allons guérir l’autisme. Nous pouvons faire en sorte que le plus tôt possible les enfants autistes puissent communiquer, vivre en société … et c’est déjà pas mal ! »

 

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