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QUESTION D'ACTU

L'interview du week-end

Syndrome d'alcoolisation fœtale : «le problème de l’alcool chez les femmes enceintes est encore tabou»

A l'occasion de la journée internationale de lutte contre les troubles causés par l’alcoolisation fœtale, Pourquoi Docteur fait le point sur ces pathologies avec Denis Lamblin, pédiatre et président de l'association SAF France. 

Syndrome d'alcoolisation fœtale : \ Daniil Dubov / istock.

  • Publié le 12.09.2021 à 09h00
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L'ESSENTIEL
  • Seulement 24% des médecins généralistes déclarent connaître précisément les troubles causés par l’alcoolisation fœtale.
  • 33% ne parlent pas systématiquement de la consommation d’alcool lors d’un suivi de grossesse.

- Qu’est-ce que le syndrome d’alcoolisation foetale (SAF) ?

Denis Lamblin - Le SAF représente la forme majeure des Troubles Causés par l’Alcoolisation Foetale (TCAF) qui peuvent survenir lorsque la future maman a consommé de l’alcool pendant sa grossesse. L’alcool est un toxique tératogène (provoquant des malformations) qui traverse très facilement le placenta et endommage les cellules en développement du bébé, notamment celles du cerveau.

- Quels sont les impacts sur bébé ?

Les atteintes sont multiples et diverses selon le stade de développement du foetus, la quantité et la durée de la consommation d’alcool. Malformations faciales, anomalies du système nerveux central provoquant des retards psychomoteurs, déficit intellectuel, problèmes de comportement et d’apprentissage... Dans la plupart des cas, les troubles ne sont pas visibles sur le bébé qui vient de naître mais apparaissent plus tard, au moment de l’entrée en crèche ou à l’école, parfois même vers 6-8 ans et à l'âge adulte, lorsque le cerveau devient plus mature.

- Suffit-il d’une "cuite" ?

Malheureusement oui, si elle survient au mauvais moment ! Bien que nous soyons tous inégaux face au risque, celui-ci est proportionnel à la quantité d'alcool ingérée.

Voilà pourquoi il faut absolument bannir l’alcool, et plus que tout les comportements de type "binge drinking" (alcoolisation massive), dès lors que vous envisagez une grossesse, pour protéger votre bébé et lui donner les meilleures chances pour l’avenir.

- La consommation d’alcool est-elle plus dangereuse en début ou en fin de grossesse ?

Toute consommation est dangereuse, il n’y a pas un moment où il n’y a aucun risque. C’est la loterie, certains passent au travers, d’autres n’ont pas cette chance. Beaucoup de facteurs entrent en ligne de compte, dont des facteurs génétiques, et l’on ne sait pas dire qui est plus vulnérable. Ce dont on est sûr, c’est que lorsqu’on prend de l’alcool, on prend un risque.

- Et si j’ai bu avant de savoir que j’étais enceinte ?

Si vous avez eu une ou deux prises d’alcool modérées, rassurez-vous, le risque malformatif est très faible. Ne dramatisez pas et surtout, cessez sans attendre de consommer de l’alcool. Si vous êtes inquiète, parlez-en à votre obstétricien qui suivra votre grossesse de près, notamment par l’échographie morphologique.

- Comment savoir si mon enfant est atteint de TCAF ?

S’il est atteint de la forme la plus sévère – le SAF – l’évidence est assez nette : retard de croissance, malformations du visage, retard psychomoteur et troubles cognitifs majeurs.Cela concerne 1 enfant sur 1 000 en France.

Pour les autres, dont l’atteinte est plus légère, le diagnostic est souvent plus difficile. L’enfant présente des troubles de la mémoire et de l’attention (DYS), source de difficultés scolaires. Il présente également des atteintes comportementales : défaut d’empathie, impulsivité, difficulté à se contrôler... C’est un diagnostic d’élimination que doit poser une équipe pluridisciplinaire (généticien, psychomotricien, orthophoniste, neuro-pédiatre, psychologue...) lors d’un bilan complet.

- Peut-on guérir un enfant atteint de TCAF ? Comment le prendre en charge ?

Les TCAF durent toute la vie. Il faudrait accompagner le plus précocement possible les enfants atteints afin de les aider à s’insérer socialement et leur éviter une vie de rejet et d’exclusion.

C’est pour cela que poser le diagnostic au plus vite est indispensable. Pour y parvenir, les professionnels de santé doivent d’être à l’écoute des femmes et non-jugeants.

- Beaucoup de personnes sont-elles concernées par ce problème ?

Aujourd’hui en France, il est estimé que 15 060 enfants par an naissent avec des TCAF, soit un bébé toutes les 30 minutes. C’est beaucoup plus que le nombre d’enfants porteurs de trisomie 21 (400 naissances par an), c’est dire si le problème est de taille !

L’Académie nationale de médecine reconnaît que la consommation d’alcool pendant la grossesse représente la première cause de déficience mentale et d’inadaptation sociale non génétique, et de surcroît évitable.

- Pourquoi une telle ampleur ? Comment prévenir ?

La culture, le regard porté sur les femmes qui boivent, tout cela rend le problème de l’alcool tabou. Il est très difficile aujourd’hui pour les femmes confrontées à cette dépendance d’en parler. Isolées, victimes de maltraitance, elles n’ont souvent plus que l’alcool comme médicament à leur mal- être. La société est jugeante vis-à-vis d’elles.

Mais elles doivent savoir qu’il existe des personnes compatissantes qui sauront les écouter sans les culpabiliser, comme dans notre association par exemple. J’ai côtoyé des centaines de femmes dans ce cas. A nos côtés, certaines mères d’enfant atteint de SAF sont parvenues à vivre une deuxième grossesse sans une goutte d’alcool et mettre au monde un enfant en parfaite santé. C’est la preuve des bienfaits de la solidarité !

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