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QUESTION D'ACTU

Rapport Bégaud-Costagliola

Le mésusage du médicament coûte 10 milliards d'euros

Le mésusage de médicaments coûte plus de 10 milliards d’euros par an à la France. Et selon un rapport remis à la ministre de la Santé, le mal est bien plus ancien que l’affaire Mediator.

Le mésusage du médicament coûte 10 milliards d'euros DUCLOS ALEXIS/SIPA

  • Publié 17.09.2013 à 12h00
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L’exception culturelle française ne se limite pas au 7e art. Elle concerne également notre consommation de médicaments, selon le pharmacologue Bernard Bégaud et l’épidémiologiste Dominique Costagliola. Dans un rapport sur la surveillance et la promotion du bon usage du médicament en France remis lundi à la ministre de la Santé, ils affirment que « la France est l’un des pays dans lequel les prescriptions et l’usage irrationnels du médicament sont les plus prévalents ». Exemples à l’appui, ils démontrent que la France est non seulement une mauvaise élève mais une récidiviste. Si l'affaire du Mediator a révélé au grand public un dérapage de prescription lourd de conséquences, bon nombre des crises qui ont ébranlé notre système de santé ces dernières années puisaient déjà leurs racines dans ce mésusage du médicament.

Vaccination contre l’hépatite B : le fiasco

« Cette affaire, quoique ancienne, est emblématique du particularisme français : une déviation massive d’usage et des conséquences sanitaires graves », écrivent Bernard Bégaud et Dominique Costagliola. La campagne de vaccination lancée en 1994 devait concerner les nourrissons et les collégiens de 10-11 ans. Or en 6 ans, 50 millions de doses du vaccin contre l’hépatite B ont été administrées à des adultes et des adolescents plus âgés que la cible initialement définie. C’est la survenue dans ces tranches d’âge qui n’auraient pas dues être vaccinées, de cas d’atteintes démyélinisantes de type sclérose en plaques qui a créé une crise sanitaire majeure et discrédité durablement la vaccination dans son ensemble.    

Psychotropes : une surconsommation dangereuse

Bernard Bégaud et Dominique Costagliola pointent l’écart entre le niveau de consommation de psychotropes particulièrement élevé en France et les indications et durées de traitement recommandées. La classe des benzodiazépines (somnifères et anxiolytiques) est particulièrement emblématique : les Français en sont les 1ers consommateurs européens, si ce n’est mondiaux, avec des durées de consommation 2 à 7 fois plus longues que les recommandations. Et cette surconsommation n’est pas sans conséquence, notamment pour les personnes âgées chez qui cet abus de somnifères entraine non seulement une perte d’efficacité du médicament lui-même mais surtout des chutes, des fractures, des troubles de la cognition voire des débuts de démence.

Anti-ulcéreux : une épidémie de reflux ?

L’Assurance Maladie a remboursé en 2012 pour 532 millions d’euros d’inhibiteurs de la pompe à protons. Or, cette catégorie de médicaments anti-ulcéreux est censée traiter le reflux gastro-oesophagien et ses complications, les ulcères intestinaux et les lésions de l’intestin dues aux anti-inflammatoires. Trois indications avec des durées de traitement précises qui sont « loin de justifier le niveau de consommation et les consommations inexplicablement prolongées observés en France », soulignent Bernard Bégaud et Dominique Costagliola.

Pilules : une crise pour revenir aux recommandations

Les pilules de 3e et 4e générations, connues pour leur risque thrombo-embolique plus élevé que celles de 2e génération et recommandées en prescription de seconde intention, ne représentent aujourd’hui plus que 32% des ventes contre 51,5% en 2009. « Le fait qu’une bonne part de ces prescriptions de contraceptifs nouveaux était médicalement non justifiée, malgré les déclarations des professionnels, est attesté par l’inversion rapide des pourcentages à la suite de la médiatisation de l’affaire », affirment les 2 spécialistes.   

C’est justement pour éviter de découvrir, au hasard d’une action en justice médiatisée, un dérapage généralisé des prescriptions que les auteurs de ce rapport préconisent de mettre en place une structure chargée de surveiller en temps réel l’usage du médicament, à travers les bases de données de l’Assurance Maladie et des hôpitaux mais aussi les remontées des médecins de terrain et des visiteurs médicaux de l’industrie pharmaceutique. Elle permettrait également de prendre la mesure de l’impact sanitaire et économique des prescriptions et de l’utilisation hors recommandations des produits de santé en France. Pour les auteurs de ce rapport « elle est, de toute évidence, considérable ; tant par le nombre des maladies et complications qui pourraient être évitées par une prise en charge optimisée que par la iatrogénie évitable (respectivement, plusieurs centaines de milliers de cas et certainement plus de dix milliards d’euros par an) ».

Après le rapport Grall sur les vigilances sanitaires remis la semaine dernière et celui-ci sur le bon usage du médicament, un 3e rapport consacré à l’accès aux données de santé doit être remis prochainement à Marisol Touraine. La ministre de la Santé aura donc toutes les cartes en main pour mettre fin à cette exception culturelle française source de nombreuses crises sanitaires.

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