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Santé mentale

Dépression résistante : la kétamine en spray nasal arrive sur le marché

Depuis le 1er octobre, un nouveau médicament contre la dépression sévère a été mise sur le marché. Cependant, son usage est limité à l'hôpital et selon la Haute Autorité de santé, il n'apporte pas de progrès dans la stratégie thérapeutique.

Dépression résistante : la kétamine en spray nasal arrive sur le marché stevanovicigor/iStock

  • Publié le 07.10.2020 à 13h30
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L'ESSENTIEL
  • Un nouveau médicament à base d'eskétamine est désormais disponible aux dépressifs persistant résistants à au moins deux classes d'antidépresseurs différentes et résistants à l'électroconvulsithérapie ou la refusant.
  • Ce médicament disponible depuis le 1er octobre a un effet rapide mais ne peut être donné qu'en milieu hospitalier en raison de ses effets secondaires non-négligeables.

Un nouveau médicament est apparu ce 1er octobre sur les étagères des hôpitaux pour traiter les dépressions résistantes aux antidépresseurs et psychothérapies. L'eskétamine, sous forme de spray nasal (Spravato) doit, selon Janssen, le laboratoire qui le commercialise, permettre de combattre les pensées suicidaires là où la fluoxétine (Prozac) est impuissante. “C’est une évolution majeure dans le traitement de la dépression”, assurait l'année dernière le docteur Pierre de Maricourt, chef de service à l’hôpital Sainte-Anne à Paris, lorsque les autorités sanitaires étasuniennes avaient autorisé sa mise sur le marché outre-Atlantique. Ce médecin avait participé à deux des essais cliniques de phase 3 financés par Janssen, sur les patients atteints de dépression résistante aux traitements habituels et la lutte contre les risques imminents de suicide chez les déprimés. Certaines études affirment que cette molécule agit comme un antidépresseur à action rapide soit en quelques jours et non pas en quelques semaines.

Un avis enthousiaste loin d'être partagé par la Haute Autorité de santé (HAS) qui en juillet dernier a autorisé la commercialisation et le remboursement de ce médicament sous de strictes conditions. Selon l'autorité sanitaire française, cette molécule associée avec les antidépresseurs inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine ou inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline, rend un service médical “faible chez les patients adultes de moins de 65 ans pour le traitement des épisodes dépressifs caractérisés n'ayant pas répondu à au moins deux antidépresseurs différents de deux classes différentes au cours de l'épisode dépressif actuel sévère, et en cas de contre-indication ou résistance à l'électroconvulsivothérapie [traitement par électrochocs qui peuvent provoquer des troubles de la mémoire, NDLR] ou les patients n'y ayant pas accès ou l'ayant refusé.” Ce n'est donc pas la molécule miracle contre la dépression sévère juge la HAS : “Dans d'autres situations clinique SPRAVATO (eskétamine) n’a pas de place dans la stratégie thérapeutique.”

Graves conséquences

Pourquoi tant de méfiance ? Si la molécule a bien un effet supérieur au placebo, la HAS le juge faible même s'il améliore la tolérance aux idées suicidaires, il peut provoquer des complications cardiovasculaires et des troubles dissociatifs ou de la perception. De plus, le Comité d'experts de la HAS note l'absence d'étude sur le long terme ainsi qu'une absence de comparaison avec d'autres produits comparables. Cependant, vu l'impasse thérapeutique où se trouve ces patients, l'autorité sanitaire accepte sa mise sur le marché à condition qu'un suivi soit effectué sur ce patient les cinq prochaines années avant une réévaluation de l'utilité de ce médicament.

Cette molécule, la kétamine, est utilisée en anesthésie générale non-barbiturique détournée aussi dans le cadre d'une consommation de drogue euphorisante. Selon le dictionnaire médical Vidal : “Il entraîne une anesthésie particulière, dite dissociative, par diminution de l'activité au niveau du néocortex et des structures sous-corticales (thalamus) et par augmentation de l'activité au niveau du système limbique et de la substance réticulée. Cet état anesthésique est caractérisé par une analgésie profonde et prolongée, une perte de conscience qui se traduit plus par une déconnexion du patient que par un sommeil véritable, la conservation des réflexes pharyngés et laryngés, le maintien ou une discrète augmentation du tonus musculaire, ainsi qu’une habituelle stimulation cardiovasculaire et respiratoire.”

En raison de cet effet “apaisant”, d'étourdissement et d'hypertension artérielle, la commission d'avis de la HAS conditionne la prise de ce médicament uniquement à l'hôpital afin que la personne puisse être surveillée. “La pression artérielle doit notamment être réévaluée environ 40 minutes après l'administration et le professionnel doit évaluer après chaque séance de traitement, l'état clinique du patient avant que celui-ci ne quitte le milieu de soin” souligne la HAS. De plus, ces experts exigent la présence d'un équipement de réanimation en cas de problèmes cardiaque ou respiratoire. Selon la Fondation Fondmental, 30% des personnes souffrant de dépression sont résistantes aux traitements existants.

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