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QUESTION D'ACTU

Alcool

Les cadres trinquent, les ménages se protègent

L'alcoolisation à risque caractérise les hommes de 25 à 64 ans et les catégories aisées, comme les femmes cadres. 


  • Publié 09.02.2008 à 00h00
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Face aux addictions, la santé publique a marqué des points dans le domaine du tabac. Mais qu'en est-il de l'alcool ? Un homme sur deux, entre 25 et 64 ans, a une consommation à risque, ponctuel ou chronique, en France. Et d'après l'Institut de recherche et documentation en économie de la santé (IRDES), les hommes qui ont une consommation à risque chronique représentent 13% de la population masculine. C'est-à-dire qu'ils boivent en moyenne 22 verres d'alcool, ou plus par semaine, ou plus de six verres au cours d'une soirée.

En revanche, ces modes de consommation sont moins fréquents parmi les femmes : environ 2% d'entre elles sont des consommatrices à risque chronique et 10% présentent un risque ponctuel.   « A partir des enquêtes santé et protection sociale que nous avons menées en 2002 et 2004, nous avons analysé la prévalence des problèmes d'alcool dans la population et les facteurs socio-économiques associés, expliquent les auteurs, Laure Com-Ruelle, Paul Dourgnon, Florence Jusot et Pascale Lengagne (médecins et statisticiens). Et nous avons distingué pour la première fois en France les modes de consommation à risque, la consommation modérée et la non-consommation ».

Premier constat, la consommation varie en fonction de l'âge. L'étude montre qu'en dessous de 35 ans, les Français sont plus nombreux à ne pas succomber à la tentation. Et après 44 ans, le risque d'alcoolisation excessive décroît chez ceux qui consomment. Deuxième constat, la famille protège du risque de consommation excessive. Les femmes qui vivent au sein d'un couple avec un enfant se déclarent en moyenne moins consommatrices que celles qui vivent seules. C'est le même phénomène pour les hommes, mais avec une petite nuance : les hommes vivant en couple sans enfant sont plus souvent consommateurs d'alcool que ceux vivant seuls, mais ils ne tombent pas dans l'excès. «Ainsi, le risque de consommation excessive est surtout concentré chez les personnes vivant seules, expliquent les auteurs.
Cependant cette association entre vie de famille et modération est contrebalancée par le fait que la probabilité de consommation excessive d'alcool s'élève nettement lorsqu'au moins un des membres du ménage présente un usage à risque. »

Quel est l'impact de la situation sociale sur la consommation d'alcool ? Les liens entre risque d'alcoolisation excessive et l'appartenance à une catégorie socio-économique sont contrastés. Mais, contrairement aux idées reçues, ceux qui déclarent le plus ne pas consommer d'alcool, sont les catégories sociales peu aisées : les ménages à bas revenus, les hommes au chômage, les personnes ayant un niveau d'éducation faible. « Ces résultats s'expliquent par l'effet du prix, l'influence de l'état de santé, des aspects culturels et religieux », précisent les auteursl. Cependant, les personnes ayant connu des périodes de précarité, lorsqu'elles se mettent à consommer de l'alcool, le font de manière chronique et excessive.
Parmi les hommes consommateurs d'alcool, les cadres, les artisans, les commerçants et les chefs d'entreprise sont ceux qui consomment le plus de manière excessive. Globalement les actifs occupés consomment plus que les étudiants. Et chez les femmes, ce sont les cadres qui se distinguent. Elles déclarent une consommation excessive d'alcool plus fréquente. « Ceci est cohérent avec d'autres études qui montrent que les femmes cadres fument davantage que les autres », soulignent les auteurs.

Quelle est la répartition géographique des consommateurs excessifs ? Les régions diffèrent les unes des autres en fonction du sexe. Pour les hommes, la consommation à risque se concentre sur les régions Nord, Sud-ouest, Ouest et Méditerranée. Pour les femmes, l'alcoolisation excessive est plus fréquente dans le Nord et le Sud-Ouest. Cependant, ces données ne s'accordent pas tout à fait avec les données de mortalité liées à l'alcoolisme (étude CépiDC-Inserm). Le Sud-Ouest est classé parmi les régions présentant un risque d'alcoolisation excessive important alors que le taux de décès lié à l'alcool dans cette région se situe parmi les plus bas de l'Hexagone. « Cela peut provenir de différences dans la qualité de nos données déclaratives de consommation d'alcool, la sous-estimation étant plus ou moins forte selon les régions », supposent les auteurs de l'étude. Cette étude rappelle l'ampleur de la tâche. La France reste parmi les pays les plus consommateurs, au 4e rang des pays de l'Union européenne et au 6e rang mondial. La dépendance à l'alcool touche en France 5 millions de personnes (soit plus de 7800 personnes pour 100 000 habitants), dont 600 000 femmes.

 

Questions au Dr Philippe Batel, psychiatre à l'unité des malades alcooliques, hôpital Beaujon, Clichy

 Le repérage précoce est fondamental
 

 

Où en est la prise en charge des malades après les Etats Généraux ?
Dr Philippe Batel. En effet, il y a eu des Etats généraux mais ils se sont déroulés dans un contexte un peu particulier, la fin d'un mandat présidentiel, et il y eu de manière concomitante la mise en place d'un plan national de prise en charge et de prévention des addictions (2007-2011). J'ai beaucoup suivi le développement de ce plan parce que je fais partie de la Commission nationale des addictions. On a du mal à voir, pour l'instant, comment ce plan va répondre aux besoins. Il a l'inconvénient d'être très centré sur l'hôpital.
Or, le vrai problème de fond avec les patients malades de l'alcool, c'est d'augmenter le repérage précoce. Et probablement de diversifier les prises en charge. Car il est peu probable que ce soient seulement les alcoologues qui puissent prendre en charge les trois millions de patients alcoolo-dépendants.

C'est un appel aux médecins généralistes ?
Dr P. B. Il faut que chaque médecin, en particulier les médecins généralistes, s'investisse dans le répérage précoce et la prise en charge des sujets en difficulté avec l'alcool, parce le recours ne peut être que les centres de soins archi-spécialisés. Et beaucoup de patients n'ont pas envie de mettre en place un projet de soins trop lourd ou trop spécialisé qui va forcément passer par une hospitalisation.

Avez-vous des problèmes de financement ?
Dr P. B. Ce plan comprend des tas de choses très positives. Comme, par exemple, chaque service d'accueil et d'urgence doit être doté d'une unité de liaison d'addictologie, c'est-à-dire une infirmière, un psychologue et des vacations médicales pour aller voir les patients qui ont des soucis avec l'alcool et de profiter de leur hospitalisation pour engager quelque chose. Cette mesure est un des bons éléments du plan addictologie. Mais ce plan est relativement peu financé. De plus, le financement se fait sur la tarification à l'acte… Et là on arrive à des situations compliquées. La T2A a un effet très pervers. Cela modifie considérablement la façon que l'on a de travailler. Ce système mis en place par souci de bonne gestion et d'économie arrive à faire de la surdépense médicale. L'exemple typique, c'est l'hospitalisation d'un patient pour un sevrage. Il va rester douze ou treize jours, mais vous allez le convaincre de rester trois jours de plus parce que au-delà de seize jours l'acte passe à une tarification nettement plus avantageuse pour l'hôpital, le fameux GHM pour sevrage complexe permet à l'établissement de toucher trois fois plus que s'il n'était resté que treize jour.

Entretien avec M.G

 

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